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Encore quelques années, quelques mètres,
et le Mont Saint-Michel se retrouvait cerné par les prairies,
rattaché au continent. Redonner toute son âme à
cette " merveille de l'Occident " en lui permettant
de retrouver son caractère maritime, tel est l'objet des
ambitieux travaux dont la fin est prévue en 2012.
Le projet était attendu depuis plus d'un siècle.
" En 1879, déjà, la colère grondait
localement car la digue qui venait d'être achevée
n'avait pas été construite comme prévu ",
assure François-Xavier de Beaulincourt, le directeur général
du syndicat mixte créé pour gérer ce dossier.
" Les projets de désensablement sont très anciens.
Beaucoup ont été refusés parce qu'ils venaient
de Paris. Le premier qui a été entériné
l'a été quatre jours avant la déclaration
de guerre de 1914 ", ajoute-t-il.
D'autres plans lui ont succédé. " Des projets
farfelus avec la réalisation d'immenses complexes hôteliers,
et d'autres plus sérieux. L'ambition a consisté
à s'appuyer sur ces derniers ", précise encore
François-Xavier de Beaulincourt. Il n'en a pas moins fallu
dix ans de préparation et quatre ans de concertation. Le
budget de 164 millions d'euros se répartit pour l'essentiel
entre l'État, les collectivités locales et l'Union
européenne ; 40 millions proviennent d'un montage financier
privé.
La baie du Mont-Saint-Michel se remplit de sédiments à
chaque marée : 700 000 mètres cubes supplémentaires
tous les ans. Au fil des siècles, la côte s'est donc
rapprochée de l'îlot.
L'homme a encore accéléré le comblement de
la baie. Des Hollandais ont construit des polders au milieu du
XIXe siècle pour accroître les terres agricoles ;
la canalisation du Couesnon a diminué sa capacité
à repousser les sédiments au large ; et la création
d'un parking d'une vingtaine d'hectares a encore rogné
sur la mer. " Pendant des années, la seule politique
a consisté à augmenter la taille du parking pour
faire face à la pression touristique ", poursuit François-Xavier
de Beaulincourt.
Le chantier le plus emblématique a démarré
il y a une dizaine de jours. Un nouveau barrage va remplacer l'actuel,
qui empêche l'eau de la mer d'entrer dans le Couesnon. Son
remplaçant favorisera au contraire cette intrusion à
marée haute, la stockera et, lorsque la mer se retirera,
la relâchera de façon suffisamment puissante pour
qu'elle emmène au large avec elle les sédiments.
Le bon fonctionnement de ce système exige en outre qu'on
aménage le lit du Couesnon. Six cent mille mètres
cubes de terre vont être dragués. L'actuelle digue
qui va jusqu'au Mont sera détruite et remplacée
par un nouvel ouvrage qui se terminera par un pont laissant l'eau
circuler. Enfin, le parking va disparaître des abords du
site et sera installé à 2,5 kilomètres environ,
là où se trouvent déjà hôtels
et commerces. Une navette assurera le transfert des touristes
qui ne souhaitent pas marcher.
" Le Mont sera totalement entouré d'eau trois fois
plus souvent qu'aujourd'hui ", se félicite François-Xavier
de Beaulincourt. De quoi non seulement ravir les trois millions
de visiteurs qui viennent chaque année admirer ce joyau
classé au patrimoine mondial de l'Unesco, mais peut-être
en attirer davantage. Le chiffre de cinq millions est évoqué,
même s'il est rappelé de toutes parts que ce n'est
pas une priorité. Le flux touristique ne sera jamais interrompu
durant les travaux.
Pour ce faire, ils seront étalés sur six ans au
lieu de trois si le site avait été fermé.
Seuls quelques habitants, parmi les trente recensés, voient
encore une ombre au tableau.
Ceux-là craignent d'être pénalisés
par une application trop stricte du zéro voiture. De même
que certains commerçants qui redoutent de ne pas se retrouver
sur la voie d'accès.
Pour autant, ces travaux ne font que retarder l'ensablement, rappelle-t-on
dans l'entourage de Nelly Olin, le ministre de l'Écologie.
Certes il faudra encore plusieurs siècles mais un jour,
la baie ne sera plus. À moins que la montée des
eaux due au réchauffement climatique ne vienne à
la rescousse.
Villepin lance les travaux
"Après dix ans d'études et de
travaux préparatoires, le temps est venu de lancer le grand
chantier pour l'aménagement de la baie du Mont-Saint-Michel
". Dans son discours prononcé à l'Abbaye du
Mont vendredi 16 juin, le Premier ministre a estimé que
" l'ambition " était " au rendez-vous".
" C'est un projet qui prend en considération l'ensemble
des dimensions importantes, à la fois la préservation
des paysages, la protection de l'environnement, en même
temps le respect de la biodiversité ".
" On le voit bien, c'est un projet pour l'avenir, pour nos
enfants, pour nos petits-enfants ", a-t-il expliqué.
La cérémonie du lancement officiel des travaux a
été marquée par un geste symbolique du chef
du gouvernement, qui, à proximité du futur barrage
sur le Couesnon, a dévoilé le panneau d'information
de cet élément essentiel du chantier de désensablement.
Il s'est ensuite rendu auprès des ouvriers. " Merci
de travailler pour les générations futures ",
leur a-t-il lancé. Au cur du Mont-Saint-Michel, la
délégation a ensuite pris un immense bain de foule,
les autorités ayant décidé de ne pas fermer
le Mont au public pendant la visite officielle de Dominique de
Villepin. Ce dernier a eu toutes les peines du monde à
rejoindre l'abbaye où la cérémonie officielle
se poursuivait. L'enveloppe financière du projet est fixée
à 164 millions d'euros. Les travaux, qui débuteront
par la réalisation du barrage sur le Couesnon, seront suivis
par la destruction de la digue-route existante ainsi que des parkings
actuellement au pied du mont. Le désensablement de la baie
devrait vraisemblement durer six ans.À l'issue des travaux,
prévue pour 2012, les trois millions de visiteurs annuels
devront oublier leurs habitudes : ils devront désormais
se garer sur des parkings érigés dans les communes
de la baie puis emprunter les navettes qui circuleront sur le
futur pont-passerelle, long de 396 mètres, reliant le continent
au Mont-Saint-Michel.
Les pèlerinages font un timide
retour
Le renouveau des pèlerinages vers le Mont-Saint-Michel
se situe dans la même dynamique que la résurrection
des Chemins vers Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne. Juliane
Hervieu, une des responsables de l'association Les Chemins du
Mont-Saint-Michel, estime cependant que " la saturation touristique
est telle que les marcheurs ne se sentent pas toujours bien accueillis
".
Depuis sa création en 1998, cette association a balisé
près de 2 000 kilomètres de chemins depuis l'arrière-pays
jusqu'au Mont. Si le pèlerin des routes de Saint-Jacques
a son " credencial " (le fameux carnet estampillé
à chaque étape), le marcheur du Mont-Saint-Michel
possède désormais son " carnet du Miquelot
", à faire tamponner dans les villes étapes
ou offices du tourisme, disponible au près de l'association.
" S'ils ne partent pas toujours pèlerins, explique
la jeune femme, les marcheurs arrivent forcément pèlerins.
Non pas au sens purement catholique, mais dans la démarche
intérieure accomplie, qui se termine souvent dans l'émotion
s'ils assistent à la messe célébrée
par les moines sur le Mont. "
Une présence spirituelle qui, regrette-t-elle cependant,
" est souvent étouffée par le tourisme et le
commerce qui en découle ".
Mais elle note avec humour qu'au Moyen âge aussi, les échoppes
étaient foisonnantes. " Même si elles vendaient
plus des coquilles Saint-Jacques que des boules en plastique avec
le Mont à l'intérieur, recouvert de neige, le principe
commercial était le même. "
Du côté de la Fraternité monastique de Jérusalem,
la communauté religieuse qui s'est installée sur
place en 2001 (après Paris et Vézelay), on mesure
mal ce retour des pèlerins. Frère François
de Froberville, à la tête de la petite congrégation,
espère simplement " que les nouvelles conditions d'accès
au Mont ne les décourageront pas ".
Sophie de RAVINEL
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