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Il y a encore peu, être parent était
une aventure. Aujourd'hui, ce serait un métier. Du moins
à en juger par la multiplication des " écoles
des parents " et de tous ces projets très en vogue
d' " aide à la parentalité " qu'affectionnent
des pouvoirs publics qui y voient depuis peu la panacée
pour tous les maux liés à la délinquance.
Pas un département qui ne compte aujourd'hui un de ces
lieux d'apprentissage, où l'on vient pour " réinvestir
son rôle de père ou de mère ". Béquilles
de parents à l'autorité bancale, ces heures d'échange
et de soutien au sein des services sociaux ou des associations,
pourraient même devenir obligatoires.
C'est en tout cas la volonté récemment affichée
par Ségolène Royal qui, parmi ses mesures chocs,
a préconisé ni plus ni moins qu'une punition pour
parents cancres en voulant leur imposer des " stages de parentalité
" en cas de démission. Drôle de volte-face si
l'on se souvient du tollé qu'a récemment provoqué
à gauche le " contrat de responsabilité parentale
" instauré par la droite, une mesure d'accompagnement
pourtant moins coercitive. " Police des familles ! ",
dénonçait alors le parti de Ségolène
Royal qui voyait là une insupportable injonction éducative.
Quoi qu'il en soit, le " coaching " familial semble
être aujourd'hui non seulement un enjeu politique et social
mais carrément un business en devenir. Déjà
on ne compte plus les cédéroms disponibles dans
le commerce, comme ce programme de formation qui propose de "
renforcer les compétences " des familles ayant des
enfants de 7 à 16 ans. À quand les redresseurs d'éducation
qui interviennent à domicile contre une poignée
d'euros ? La télé y avait déjà pensé.
On se souvient de l'audience que tirait récemment M6 de
sa " Super Nanny ", tuteur cathodique qui intervenait
dans les foyers pour rééduquer parents et enfants
à la dérive.
Tel un grigri brandi pour conjurer le mauvais sort des "
trente piteuses de la famille " - nom donné par certains
observateurs à la période 1975-2005 - la "
parentalité " est désormais servie à
toutes les sauces. L'évolution sémantique du terme
parle d'elle-même. Autrefois simple définition de
la qualité de parent, le mot - qui ne date que de 1985
- s'est ensuite vu accoler une kyrielle de préfixes pour
répondre aux évolutions de la structure familiale
: coparentalité, monoparentalité, homoparentalité,
beau-parentalité, grand-parentalité, pluri-parentalités
pour en citer quelques-unes. Au point de devenir aujourd'hui un
vrai concept et même de décrire une " condition
parentale ", comme il y a une " condition ouvrière
".
Inventer un jargon pour lutter contre les maux c'est une chose,
ne serait-ce que pour les identifier, mais toute l'affaire est-elle
beaucoup plus que du vent ? Car au fond, peut-on apprendre à
des parents à être parents ? À le (re)devenir,
comme aiment à dire les travailleurs sociaux ? Certains
spécialistes le croient très sérieusement.
Surtout après avoir observé les comportements qu'a
induits la crise des banlieues. L'implosion des cités a
fait exploser le besoin des parents de revenir à leur rôle
premier, et le souhait d'être soutenus par la collectivité
pour y parvenir.
Selon les apôtres de l'aide à la parentalité,
comme le Mouvement mondial des mères (MMM) qui propose
des groupes de paroles aux mamans des quartiers sensibles, ou
encore la Fédération nationale des écoles
des parents et des éducateurs (Fnepe), les bienfaits des
stages d'écoute et d'échange sont bel et bien réels
: retour à l'école après absentéisme,
liens renoués entre famille et école, dynamisation
de certains parents relais, prévention de mesure d'assistance
éducative. C'est en tout cas ce qu'ont constaté
deux rapporteurs de l'inspection générale des affaires
sociales (IGAS) en 2004, après avoir fait une évaluation
des réseaux d'écoute, d'appui et d'accompagnement
des parents (Reaap), un maillage national créé lors
de la conférence de la famille de 1998. Selon eux, les
quelques 2 800 microprojets d'aide à la parentalité
montés par an pour ce seul dispositif, touchant entre 130
000 et 200 000 familles, montrent une " évolution
favorable des comportements familiaux ".
En Suisse, au Canada mais aussi et surtout en Suède, pays
qui apparaissent comme des modèles en matière d'aide
aux familles, les résultats sont probants, améliorations
scolaires à l'appui. Il faut dire qu'ils n'ont pas attendu
le glas de l'adolescence et de ses soucis pour mettre en place
des dispositifs. Très en amont, ils se sont dotés
de véritables programmes pour aider les parents à
mieux élever leurs enfants.
Si certains travailleurs sociaux pensent que l'aide à la
parentalité passe par l'instruction des familles, une sorte
de leçon de savoir-faire, beaucoup d'autres croient au
contraire qu'il ne faut surtout pas montrer aux mères comment
faire mais se contenter de stimuler leur prise de conscience par
l'échange d'expériences.
" On n'apprend pas à être parent comme on apprend
l'alphabet, assure une spécialiste, en revanche on peut
apprendre à retrouver confiance en soi pour exercer ce
rôle. " À la seule condition que cette aide
ne soit pas obligatoire, s'empresse-t-elle de préciser,
car " c'est comme l'alcoolisme, la contrainte ne sert strictement
à rien si la personne n'est pas prête à accepter
de se faire soigner. Inutile, donc, de déclencher la grosse
artillerie, il ne faut faire que de la dentelle. " Autrement
dit, continuer de proposer plus que d'imposer de l'aide aux parents,
mais de façon plus significative, par un maillage plus
étendu en régions, plus visible et aussi plus en
amont, dès le plus jeune âge de l'enfant. Renforcer
le rôle de la protection maternelle infantile (PMI) serait
ainsi bienvenu, à en croire les experts. Un chantier que
vient précisément d'engager le ministre de la Famille,
Philippe Bas, dans sa réforme de la protection de l'enfance.
Celle-ci prévoit également le renforcement des réseaux
d'écoute des parents.
* Spécialiste de la famille au service société
du Figaro
Delphine de MALLEVOUE
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