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INNAUGURATION Au coeur de Soho, à New York, la marque française vient d'ouvrir sa centième boutique

Longchamp rattrapé par la mode

 

Un chef-d'oeuvre architectural qui accueille les sacs légendaires, mais aussi beaucoup d'exclusivités. Un vrai coup de jeune pour l'entreprise familiale qui fêtera ses 60 ans en 2008.

Uma Thurman et son père, Isabella Rossellini et sa fille Electra, Jeremy Scott, Lucy Liu, Susan Sarandon, Marion Wiesel, l'icône arty à la poitrine XXL Amanda Lepore... Un mélange détonant de 1 600 personnalités et journalistes concocté par Longchamp pour l'ouverture, le 23 mai à Soho, au 132 Spring Street, de sa centième boutique baptisée La Maison unique Longchamp. Unique, car l'espace de 800 m 2, imaginé par l'architecte britannique de 36 ans Thomas Heatherwick (un protégé de Sir Terence Coran), n'est pas destiné à être reproduit ailleurs. Un an de travaux, six mois pour construire le paysage en acier laminé à chaud de 55 tonnes, la construction dans un style " d'époque " du troisième étage... Difficile de réitérer l'exploit un peu partout dans le monde.
Conçue comme une " sculpture à vivre " sur trois étages, la boutique est traversée par un puits de lumière dans lequel s'élève un escalier monumental qui semble onduler grâce à des rubans d'acier et des balustrades en polyester (dont on fait les pare-brise d'avion) que l'on croirait liquides. L' oeuvre sert les sacs et bagages, posés ici, suspendus là, le tout formant un ensemble spacieux, luxueux (banquettes en bois sombre et cuir orange sobres et chics), novateur et très new-yorkais. Avec, cerise sur le gâteau, un micromusée dans les toilettes. Aux murs de la minuscule pièce, des images légendaires (affiche des années 50, Paris Hilton portant le modèle de Longchamp pour Agent Provocateur, Elvis et sa pipe...) et sur les toilettes, un ensemble lunette et abattant en croco blanc. Uma Thurman, une amie de la famille, a le même dans un coloris naturel.
Branché, Longchamp ? La marque française, dans les mains de la famille Cassegrain depuis trois générations, ne tient pas forcément à l'adjectif, mais n'a de cesse de chahuter l'image classique qui lui colle au cuir, sans jamais oublier ce qui fait sa force : un joli mélange de pugnacité, de savoir-faire, d'ingéniosité et de sincérité. " Nous fabriquons encore à 80 % en France, explique Jean Cassegrain, petit-fils du fondateur et directeur général, en Converse fuchsia sur sa nouvelle terrasse new-yorkaise. Cela conditionne un certain niveau de prix et un positionnement plutôt haut de gamme, mais comme Longchamp est une entreprise familiale, nous n'avons pas de pression extérieure. Nous suivons notre route à notre façon et nous faisons en sorte de franchir des étapes, sans rupture. "
Et des étapes, la maison en collectionne de décisives depuis l'ouverture par le grand-père, d'un tabac sur les grands boulevards parisiens en 1948. La spécialité de l'époque : les pipes gainées de cuir qui, dès les années 50, se vendaient déjà aux Etats-Unis, au Japon, au Liban, au Maroc... La gamme de produits masculins s'est peu à peu étendue (portefeuilles, pochettes à dragonnes, blagues à tabac...), puis le fils du fondateur - " monsieur Philippe ", l'actuel président - a eu l'idée dans les années 70 d'utiliser le Nylon des tapis de sol de l'armée pour faire des bagages.
Dans la famille, ce ne sont pas les idées incongrues qui manquent. " Mon grand-père a été le premier à ouvrir un magasin de bagages dans un aéroport. Tout le monde trouvait ça bizarre vu que les passagers arrivaient à Orly avec leurs propres valises. Aujourd'hui, plus personne ne se pose la question ", raconte Jean Cassegrain, fils de Philippe. Rebelote avec le Roseau. Personne ne croyait en 1993 à ce sac pour femme qui ne se portait ni à l'épaule, ni en bandoulière et qui ne fermait pas. Les commerciaux de la maison étaient outrés : " Il pleut dedans, vous êtes fous ! ", protestaient-ils. Cela a demandé un peu de temps, mais il s'est transformé en un best-seller colossal, initié en grande partie par les rédactrices de mode qui ont eu envie d'un porter main, et d'une nouvelle allure chic et cool incarnée par le cabas en cuir. La même année, Longchamp accouche, sous l'impulsion de son président Philippe Cassegrain et d'Isabelle Guyon, styliste maison depuis dix-sept ans désormais, du fameux Pliage. Du Nylon, plusieurs tailles et couleurs, un peu de cuir. Il s'en est vendu à ce jour plus de 7 millions dans le monde. Un succès que le temps et les copies pléthoriques ne semblent pas démentir puisque les dernières ventes annuelles dépassent le million et que " de la concierge à la lycéenne en passant par la femme chic, tout le monde l'a et cela semble ne déranger personne ", remarque Jean Cassegrain. Une rente qui permet à l'entreprise (1 300 employés, 6 sites de fabrication d'où sortent 2 millions de pièces chaque année, 2 000 points de vente à travers le monde, 200 millions d'euros de chiffre d'affaires) de prendre quelques risques.
Il y a comme un vent de folie chez les Cassegrain qui empêche la maison de trop ronronner. Ils vont donc souvent fricoter avec les artistes, quel que soit leur domaine de prédilection. Pour ses 50 ans, le maroquinier a ainsi fait appel à dix personnalités qui devaient chacune réaliser un modèle en cuir. Alain Passard, Maud Gruss, Agnès Letestu... ont imaginé un sac à leur image, Longchamp les a fabriqués, en deux exemplaires. En 2004, c'est Thomas Heatherwick (déjà lui) qui frappe à la porte du fabricant français avec une idée de sac à glissière qui pourrait doubler de volume (le Zip est d'ailleurs en vente à la Maison Unique dans un coloris exclusif, aux couleurs de la boutique : gris acier et orange). L'année d'après, Longchamp fait appel à la Britannique Treacy Emin pour une miniligne de sacs. Ce printemps, c'est Jeremy Scott qui s'y colle (voir encadré), mais dans le registre " bagages ".
Qu'ils viennent de l'architecture, de l'art contemporain ou de la mode, les artistes choisis par Longchamp, très pointus, sont rarement connus du grand public. Alors, pour toucher une cible plus large, sans renoncer à sa petite touche rock'n'roll, Longchamp a choisi Kate Moss pour ses dernières campagnes de pub. Un brin culottée, la marque fut même la première à reconduire un contrat avec le top anglais au moment de ses déboires tant médiatisés. Revenue au sommet de sa gloire, la brindille apparaît dans la campagne de l'hiver prochain (au lit avec son sac), plus sexy, plus nue et plus angélique que jamais devant l'objectif de son ami Mario Sorrenti. " Elle est belle, son visage est reconnaissable par tout le monde, dans n'importe quel pays, elle incarne la mode et donne de la fraîcheur et du piment à la marque. C'est elle qu'il nous fallait, et elle a parfaitement joué le jeu ", raconte Jean Cassegrain, visiblement séduit. " Nous essayons sans cesse de faire bouger notre image ", poursuit Sophie Delafontaine, soeur de Jean et directrice de la création chez Longchamp. " Le sac est un accessoire de mode et plus seulement un objet fonctionnel. Toutes les grandes marques de prêt-à-porter en font, elles viennent jouer sur notre terrain."
Avancer pour ne pas être dépassé. Les dernières créations (la ligne Vintage, les modèles Rival, Idole ou Soho Duplex), mais aussi tout un pan du bagage, et notamment les valises en cuir souple de couleur, sont la preuve en 3D de cette mode dont est capable Longchamp : sans arrogance, ni facilité, elles répondent à une exigence de qualité et à l'air du temps. Elles créent du désir.

Caroline ROUSSEAU

 

Une nouvelle ligne de prêt-à-porter

La Maison unique de Longchamp à Soho accueille en exclusivité une toute nouvelle ligne de prêt-à-porter présentée par Isabelle Guyon, styliste, comme " l'accessoire du sac ". Un pied de nez aux marques de luxe qui sortent chaque saison de la maroquinerie, mais aussi une vraie envie de mettre les produits en situation. Au total, moins d'une dizaine de modèles (boléro en mouton, parka en Nylon, blouson motard, top et robe en soie réalisés dans les carrés Longchamp...) qui reprennent les codes matières et les détails des sacs. Cette collection automne-hiver, déjà en vente à Soho, le sera à Paris, rue Saint-Honoré, en juin.

C. R.

 

L'impertinence dans ses bagages

" This is not your bag ". Le ton est donné. Le nom de la collection exclusive dessinée par Jeremy Scott pour Longchamp (notre édition du 22 mai) est à l'image de la mode du créateur américain : impertinente et inventive. Une valisette, un sac plombier et un porte-documents en toile de coton imprimée façon caisse en bois et frappée d'un " fragile " sont en vente actuellement chez Colette et à la Maison Unique Longchamp, à New York. Dans le milieu de la mode, Jeremy Scott est connu pour son extravagance, son sens de l'humour et ses créations avant-gardistes. Après avoir travaillé et défilé plusieurs saisons à Paris, il est retourné aux Etats-Unis en 2001. Désormais, il se partage entre deux casquettes - artiste et styliste - et deux villes - Los Angeles, où il vit et travaille et New York où il expose et défile. Ses clientes s'appellent Björk, Madonna ou Kylie Minogue. Quelques-unes des pièces aux imprimés fous de sa collection printemps-été 2006, pour homme et femme, sont en vente chez Colette, à Paris, ainsi que les lunettes de soleil qu'il a dessinées pour Linda Farrow Vintage.

C. R.

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