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La fougue du romantisme alliée à la grandeur
du néoclassicisme, voici la clé de l'uvre
d'Anne-Louis Girodet-Trioson, à qui le Metropolitan Museum
of Art consacre en ce moment une grande rétrospective.
Élève de Jaques-Louis David de 1784 à 1790,
il s'astreint dans un premier temps à imiter son style
néoclassique qui domine la scène parisienne d'alors.
Mais ne pouvant plus refouler ses pulsions créatrices et
sa soif d'exaltation du sentiment, il finit par se révolter,
et brise les chaînes de la rigueur inculquée par
son tuteur. Cette libération aux accents romantiques lui
valut de son vivant une consécration sans égal,
puisque l'élève dépasse même le maître
avec son chef-d'uvre Scène du déluge, qui
est élue meilleure peinture historique en 1810 face à
l'Enlèvement des Sabines réalisé par son
aîné. Hélàs, cette reconnaissance éphémère
sera éclipsée par la postérité au
profit du grand David.
Princes mamelouks et sultans enrubannés se pavanent dans
la galerie de portraits rassemblés par le Met, tandis que
des divinités celtes accueillent les âmes des héros
français dans un monde baigné de mythes, de symboles
et d'allégories dans la série consacrée aux
légendes celtiques. Le romantisme prend forme et se manifeste
dans ce goût pour l'orientalisme et cette ferveur dédiée
à l'imaginaire collectif, le tout agencé selon les
seules lois logiques de l'esprit fécond de l'artiste. Une
invitation donc à faire triompher le sentiment contre la
raison, à s'ouvrir au mystère et au fantastique,
à explorer le morbide et le sublime, l'exotisme et le passé
idéal. Même lorsque Girodet garde de son maître
l'influence néoclassique, ses uvres en acquièrent
une dimension supérieure, majestueuse. La réalisation
des corps et des drappés en constitue une parfaite illustration,
et l'on constate que dans un sursaut classique, il ne peut se
délester du fameux profil grec, directement hérité
de la grande civilisation hellénistique, et qu'on retrouve
tout au long de l'échantillon exposé au Met.
La campagne égyptienne de Napoléon, les mythes et
légendes, les illustrations d'uvres littéraires,
les portraits, sont autant de sujets mis en scène par le
jeune peintre. Les techniques utilisées sont tout aussi
diverses : toiles peintes, gravures ou esquisses, du noir et blanc
aux couleurs éclatantes, on a rarement vu une uvre
aussi complète que celle de Girodet. Le Metropolitan Museum
of Art de New York a su valoriser cette richesse et en jouer pour
le plus grand plaisir du visiteur. Tableaux gigantesques et portraits
à l'expresionnisme saisissant étincellent sous une
lumière franche. Alors qu'au contraire, les uvres
de moindre taille sont éclairées par une lumière
douce qui nous invite à nous en approcher, plongés
dans l'intimité tamisée. Intrigué puis amusé,
tout un chacun pourra reconnaître une scène d'Andromaque,
un mythe celtique, grec ou chrétien, dissimulé sous
les coups d'une peinture qui semble vivante et mouvante entre
les quatre coins du petit cadre.
Le style de Girodet, son double héritage, mais aussi la
finesse du trait et la justesse avec laquelle le peintre capte
des bribes de sentiments et d'émotions qu'il immortalise
sur sa toile, en font un artiste hors pair. Pénétrer
dans cette exposition donne le sentiment d'entrer dans une sorte
de jardin apaisant. Le visiteur semble absorbé par la splendeur
de ces uvres, un silence quasi religieux y règne,
et il fait bon céder aux délices de l'art. Alors
un conseil, quittez le brouhaha de Manhattan et venez vous réfugier
dans ce havre de paix et de tranquillité si vous en avez
l'opportunité. Octroyez-vous un moment privilégié
pour oser l'évasion et le ravissement dans un rêve
romantique.
Virginie POLO DE BEAULIEU
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