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Visage séduisant, regard impénétrable,
toujours élégante, avec ce qu'il faut de distance
et d'attention aux autres, Charlotte Rampling est omniprésente
dans l'actualité du cinéma. Personnage central du
troisième film de Laurent Cantet, Vers le sud * (Heading
South dans sa version américaine), elle joue une riche
Américaine en recherche d'affection et de sexe, qui partage
avec une autre les faveurs d'un jeune Noir à Haïti
dans les années 80.
LE FIGARO. - Depuis Sous le sable de François Ozon,
en 2001, votre carrière a pris un tournant.
Charlotte RAMPLING. - Disons que j'ai fait un pas dans
la deuxième partie de ma vie. Ozon qui voulait comme interprète
une femme plus âgée que lui m'a permis de trouver
une forme d'expression intimiste que je cherchais. Ensuite, avec
Swimming Pool, Lemming et ce film, quelque chose change dans la
vie de mes personnages. Ils font un vrai voyage. C'est une riche
continuité !
Mais dans tous ces films vous incarnez des femmes dures, cyniques
voire malfaisantes ?
Ce sont d'abord des femmes fortes qui se protègent avec
une carapace. Il suffit de creuser et d'entamer cette carapace
pour leur trouver quelque chose de fragile et d'humain.
Comment s'est passée votre rencontre avec Laurent Cantet
et le scénario ?
Je les ai rencontrés en même temps. Il est venu avec
un scénario inspiré de trois nouvelles de Dany Laferrière.
Le sujet, des femmes quinquagénaires esseulées en
quête de tendresse et de sexe, était troublant et
m'a tout de suite séduite. C'est un peu un rappel à
l'ordre... Et aussi la rencontre de deux souffrances, l'une affective
et l'autre matérielle.
Vous avez rencontré des femmes qui
ressemblent à ces personnages ?
Oui. Nous avons tourné à côté d'Haïti,
en République dominicaine et, là, beaucoup de femmes
viennent passer un séjour pour s'offrir une parenthèse
affective.
Mais elles restent très discrètes là-dessus.
Pour moi, dans mon vécu, j'y vois une détresse,
un profond désespoir.
Il y a bien la confrontation de deux misères et de deux
profits entre les Américaines et les autochtones qui se
font payer ou entretenir. Certainement. Mais il y a aussi le plaisir,
un cadre de vacances, et l'illusion du sentiment. Une évasion.
Comment voyez-vous votre personnage, Ellen, apparemment fermée
et sarcastique ?
Elle est habitée par une profonde lucidité. Son
cynisme est un refuge. Et, quand elle voit l'intruse Brenda accaparer
Legba, elle est jalouse, comprend qu'elle a une concurrente et
prend conscience de son réel attachement pour le jeune
homme. Elle est abîmée dans son âme. Finalement,
Brenda est beaucoup plus prédateur qu'elle. Je me sens
plus proche d'Ellen.
Vous avez tourné dans des conditions difficiles ?
Très éprouvantes. À cause de la météo.
En République dominicaine, on tournait sous le soleil,
puis l'orage venait brutalement. Le décor construit face
à la mer était balayé... C'était pénible
et cela a duré deux mois.
Votre rapport avec Laurent Cantet était-il facile ?
J'ai découvert, comme avec Ozon, quelqu'un de très
construit et d'impénétrable. Il faut trouver la
voie, un travail de longue haleine où on éveille
des signaux, où on trouve des bribes d'information. Ce
sont toujours des rencontres enrichissantes.
Avez-vous été sensible à
l'aspect politique en toile de fond dans le film ?
Très sensible. Les deux acteurs, Ménothy César
et Lys Ambroise, étaient tous deux haïtiens. Et l'un
comme l'autre ont dû quitter leur pays. Là où
nous étions, on percevait très bien le malaise politique
d'Haïti. Le film se déroule en 1980. Mais peu de choses
ont changé en 25 ans...
On a eu la surprise de vous découvrir dans Basic Instinct
2. C'est assez rare de vous voir dans ce type de production ?
Si le projet est hollywoodien, tout est anglais comme la réalisation
et le film n'est pas un blockbuster, c'est plus adulte. Je joue
le rôle de la directrice d'un hôpital psychiatrique.
Une occasion aussi de rencontrer Sharon Stone. Elle était
comme je l'imaginais : intelligente et fonceuse.
Vous venez aussi de terminer le tournage d'une comédie
d'Antoine de Caunes ?
Le titre devrait être Désaccord parfait. Je joue
une actrice shakespearienne qui retrouve trente ans après
celui qui fut son grand amour : Jean Rochefort. Un bonheur d'avoir
tourné avec lui cette comédie. J'ai encore d'autres
projets, peut-être avec Ozon. Et le désir de refaire
du théâtre. Le répertoire offre une large
gamme.
* Drame de Laurent Cantet, avec Charlotte Rampling, Karen Young,
Louise Portal, Menothy César, Lys Ambroise. Durée
: 1 h 47.
Propos recueilis par Dominique BORDE
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