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DOSSIER - LES AMERICAINS SONT-ILS ANTI-FRANCAIS ? |
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Entretien - L’ancien
maire de New York (1978-1989) a appelé au boycott de la France |
Ed Koch : |
cette « tradition antisémite »
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Né dans le Bronx en 1924, Edward Koch, avocat, fut le 105e maire de la ville de New York, de 1978 à 1989. Figure politique emblématique de la Côte Est, il a également été parlementaire pendant 9 ans. Ed Koch a répondu aux questions de France-Amérique. En
avril dernier, vous avez appelé au boycott de la France. Etait-ce
principalement dû aux propos de l’ambassadeur de France en
Grande-Bretagne, Daniel Bernard, ou à un ressentiment plus profond à
l’égard de la France ? En fait, ce que j’en ai compris, c’est qu’en réalité le gouvernement francais et les Français ont applaudi sa déclaration. Personne, en effet, n’a demandé qu’il présente des excuses, et le gouvernement francais a prolongé son mandat (ndlr : Daniel Bernard a été remplacé par Gérard Errera, nommé ambassadeur en Grande-Bretagne par décret du 30 août 2002). Ce qui représentait un imprimatur des autorités françaises vis-à-vis de l’action de son ambassadeur. Ce n’est pas l’unique raison de cet appel au boycott. Vous savez, les Etats-Unis sont différents ; au-delà de notre citoyenneté et de notre amour de la patrie, on nous dit de ne jamais oublier d’où nous venons. Ce qui n’est pas le cas de nombreux pays européens où l’inverse est plutôt encouragé. Je ne parle pas seulement comme juif américain, mais comme quelqu’un qui a eu le privilège de servir comme parlementaire pendant neuf ans et comme maire de New York, qui a eu l’occasion de rencontrer à Paris et New York Jacques Chirac lorsqu’il était Premier ministre ; je lui ai rendu visite à la Mairie de Paris. J’étais surpris que ni lui ni le premier ministre socialiste — Lionel Jospin — n’estiment qu’il était important de dénoncer l’antisémitisme en Europe et les attaques physiques commises par des Musulmans, Français ou pas. Ce n’est
que lorsque les élections ont été terminées qu’ils ont condamné ces
actes et apporté à la communauté juive, à ses synagogues et écoles, la
protection de la police. J’ai trouvé que c’était mal. Et vous n’avez pas
besoin d’être juif pour penser ainsi.
Comment expliquez-vous que la communauté juive française se soit opposée
au boycott ? Cela a
été corroboré par les attaques de Chirac contre Israël, disant que les
gens comme moi, qui appelaient au boycott, obéissaient aux ordres de
Jérusalem… Ce qui a enflammé les tensions vis-à-vis des juifs français… Je fais
donc référence à ces événements pour des raisons historiques. Evoquons
par exemple la situation de Drancy, vers où 67 000 juifs ont transité,
arrêtés par les Français qui n’avaient même pas reçu d’ordres des
Nazis... J’espère que la situation changera. Il y a eu des liens importants entre les Etats-Unis et la France. Mais si l’on met de côté ce problème de l’antisémitisme, souvenez-vous que les avions américains n’ont pas été autorisés à survoler l’espace aérien français lorsque Ronald Reagan a décidé de riposter envers la Lybie de Kadhafi. Tout ça
m’a donc amené à considérer l’appel au boycott et à me demander : «
qu’est-ce qui ne va pas avec ces gens-là ? ». Pourquoi des gens, qui ont
de fortes convictions là-dessus, devraient-ils aller en France et
dépenser leurs dollars ? Il y a plein d’autres pays où aller, l’Espagne,
l’Irlande… Je pense que la France est un allié des Etats-Unis, plus aujourd’hui qu’hier, mais moins qu’avant, et plus que l’Allemagne. Cela change en fonction des intérêts électoraux de chacun. Mais je n’ai aucun doute que si nous intervenons en Irak, les Français se joindront à nous. Cela
étant, je pense que les Français, comme les Russes, sont motivés par des
intérêts économiques, par des milliards de dollars de contrats dus et
pas encore payés par l’Irak à la France, et par les milliards qu’elle
peut encore espérer gagner avec ce pays. Puis, dans un deuxième temps, donner aux inspecteurs des Nations unies l’opportunité d’aller sur place. Je pense que le président Bush a parfaitement réussi à susciter l’attention du monde vis-à-vis du terrorisme international et amener ce problème devant l’ONU. J’espère
que le jour viendra où je pourrai dire : « Chirac y était ! ». J’avais
beaucoup d’estime pour lui à l’époque où j’étais maire, j’en ai moins
aujourd’hui. J’espère que le moment viendra où j’aurai des sentiments
plus fraternels à l’égard de la France. Pour le moment, je n’y
retournerai pas comme touriste. Pourquoi irais-je ? Je pense qu’ils
doivent d’abord changer d’attitude.
Propos recueillis par Keren LENTSCHNER
Pour en savoir plus : l'édition papier de
France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi. |