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DOSSIER - LES AMERICAINS SONT-ILS ANTI-FRANCAIS ? |
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Business - Des
clichés à la réalité, quelle est l’image de la France dans le « business
» aux Etats-Unis ? |
A la conquête de l’Amérique |
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Avant d’aller passer six mois à Paris dans une banque d’affaires américaine, ses amis avaient mis en garde Jennifer Wilson. « On m’avait parlé des 3 heures que prenaient les Français à l’heure du déjeuner, de la fin de la journée à 18 h, des grèves… ». Il n’en fut rien ; Jennifer, actuellement en MBA à Harvard, n’a jamais autant travaillé de sa vie qu’à Paris. Personne, en revanche, ne lui avait parlé des grivoiseries françaises. « La sexualité occupe une place importante sur le lieu de travail, ce qui n’est pas du tout toléré aux Etats-Unis », se souvient-elle amusée. Si la réalité des 35 heures comme la fréquence des grèves et conflits sociaux intriguent voire énervent beaucoup les Américains, les clichés ne manquent pas non plus. Les Français sont volontiers taxés de paresse, de manque de professionnalisme, d’absence de rigueur et d’inefficacité dans les affaires. Des stéréotypes en partie fondés, de l’aveu même des principaux intéressés. « Lorsque les Français du siège [Paris] viennent à New York présenter un nouveau marché ou des magazines, on sait par avance que leurs exposés vont être plus longs que les nôtres, remarque Dawn Erickson, qui travaille au département marketing des éditions internationales d’Hachette Filipacchi Médias, entreprise française fortement implantée aux Etats-Unis. Nous allons droit au but et simplifions davantage qu’eux ». Les Français installés aux Etats-Unis depuis longtemps observent le même type de décalage entre les pratiques des deux pays. « Les Américains se plaignent beaucoup des délais de livraison non respectés par les Français », note ainsi Jean-Christophe Donnellier, directeur de la Mission économique de l’Ambassade de France à New York. « La dérive française, poursuit-il, consiste à penser qu’on finira par s’arranger, car ça marche comme ça chez nous ». « Si les Américains reconnaissent la créativité des Français et apprécient leur cartésianisme, ils leur reprochent d’être désorganisés et de ne pas avoir le même ‘follow-up’ (ndlr : suivi) que les Anglo-Saxons », estime de son côté Jean-Pierre Garnier, PDG du géant pharmaceutique GlaxoSmithKline. « Ils espèrent que les choses vont se faire naturellement, sans penser à relancer régulièrement leurs clients avec de nouvelles idées », renchérit Jean-Christophe Donnellier. Par ailleurs, les Français sont souvent perçus comme porteurs de bonnes idées mais incapables de les mettre en pratique. Pour preuve, selon les Américains, l’invention du Minitel, précurseur de l’Internet, qui resta au stade embryonnaire. Autre point noir, la question des rigidités sociales — plus que le niveau de taxation — qui continue de rebuter les entrepreneurs américains. La menace de grèves et de conflits sociaux met parfois la France hors jeu. « De nombreux hommes d’affaires sont réticents à travailler avec la France et notamment à ouvrir des usines sur place », confirme un avocat new-yorkais familier du marché français. Un fossé s’est donc creusé entre les deux côtés de l’Atlantique. En raison d’habitudes culturelles distinctes mais aussi de modèles socio-politiques radicalement opposés. Longtemps, seules les entreprises publiques, de Rhone Poulenc à France Telecom, fleurons de l’économie française, ont commercé avec l’Amérique, favorisant l’image d’un pays dirigiste et donc peu dynamique. Toutefois, les Américains reconnaissent que la France a changé au cours des quinze dernières années. Des privatisations à la libéralisation croissante de l’économie. En ouvrant son marché vers l’extérieur, la France a renforcé ses échanges avec les Etats-Unis, s’assurant ainsi une présence honorable en Amérique du Nord. Les Etats-Unis, premier pays d’accueil des investissements directs français avec 22 % du stock en 1999, selon la Direction des relations économiques extérieures, concentrent à eux seuls le quart des effectifs des filiales françaises à l’étranger. Dans le même temps, reconnaissent les Américains, le niveau d’anglais des Français s’est considérablement amélioré, tandis que ceux-ci ont fini par accepter que « le français ne serait pas la lingua franca de l’Europe » ni du monde — notamment dans les affaires. Si elles
ont mis du temps à s’implanter à l’étranger, les entreprises françaises
rattrapent aujourd’hui le temps perdu. « Tandis que les Françaises
Aventis ou Sanofi commencent à faire leur trou, elles ont créé une image
positive, celle d’entreprises pouvant conquérir le monde », analyse
Jean-Pierre Garnier, qui vit aux Etats-Unis depuis plus de quinze ans.
Ainsi, Alstom a vendu l’été dernier pour environ 1,2 milliards d’euros de wagons aux métros de New York et de Washington. United Waters, filiale américaine du groupe Suez-Lyonnaise des Eaux, a remporté fin août l'appel d'offres lancé par Atlanta pour l'épuration, la distribution et la facturation d'eau potable. Airbus, pour sa part, devrait livrer, au cours des 10 prochaines années, 60 appareils à UPS pour un montant de 5 milliards de dollars. Dans la finance, les Français ont également placé leurs pions avec méthode. Pour preuve, la présence non négligeable aux Etats-Unis de BNP-Paribas, Société Générale ou Crédit Lyonnais. Même s’il leur reste difficile de jouer dans la cour des grandes — des JP Morgan et autres Goldman Sachs. Par ailleurs, de plus en plus de Français sont venus se faire un nom sur le continent américain. C’est le cas entre autres dans le secteur des nouvelles technologies de l’information où les jeunes pousses fondées par des Français se multiplient. Même si aujourd’hui encore, c’est dans le domaine du luxe, l’une des dernières chasses gardées de l’hexagone, que les entreprises françaises conservent la plus grande visibilité. Mondialisation oblige, et progrès de l’entrepreneurship à la française aidant, la France s’est progressivement adaptée aux normes américaines et à une « culture du business » qui lui faisait défaut jusque-là. Ainsi, les entreprises françaises présentes aux Etats-Unis, qui emploient environ 700 000 personnes, se sont fortement intégrées au système local favorisant leur compétitivité. Les deux tiers d’entre elles sont dirigées par un Américain. Ces filiales, dont les stratégies de communication sont de plus en plus autonomes à l’égard de la maison-mère, sont souvent l’un des principaux moteurs de l’entreprise multinationale. Ce qui, du fait de leur américanisation, les rend moins porteuses de l’image de la France. Du coup, les Américains se sont montrés plus curieux à l’égard de l’hexagone. Mais dans une certaine limite. « La France n’est pas un pays fondamental dans l’économie mondiale, nuance ainsi Jean-Pierre Garnier. Les Américains l’apprécient à sa juste mesure. Ils ne sont pas obsédés par la France, ni dans un sens positif ni dans un sens négatif ». « Si vous lisez le Wall Street Journal, renchérit un observateur, vous n’allez pas penser à la France comme à un pays majeur dans le paysage économique américain, à la différence du Japon, de l’Angleterre ou du Mexique ». Aussi, dans l’esprit des Américains, la France passe toujours derrière la Grande-Bretagne, partenaire naturel pour des raisons culturelles et linguistiques, et l’Allemagne, qui représente le plus gros marché d’Europe continentale. Sur la bonne voie, la France doit donc encore faire ses preuves pour conquérir l’Amérique.
Keren LENTSCHNER
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