France-Amérique

Abonnements

DOSSIER - LES AMERICAINS SONT-ILS ANTI-FRANCAIS ?


- International
- Politique
- Economie
- Société
- Sports
- Culture
- Magazine
- Sciences
- Multimedia

- Dossiers
- Forum
 
 

- Guide USA
- Education
-
Gastronomie

- Tourisme
- Info Service

 

- Agenda
- Télévision
- Livres

 

- Le courrier français des Etats-Unis
- Circonscriptions consulaires

 

 

 

 

 

UNE NOUVEAUTE FRANCE-AMERIQUE

Contribuez au débat sur notre site Internet en participant à notre forum de discussion


Micro trottoir -
Entre admiration, fascination, méfiance et incompréhension
Ce que les Américains pensent des Français

« La France, Paris, ses lumières, quel merveilleux pays ! », vous dirait en substance tout américain qui se respecte. Partagés entre fascination, indifférence et incompréhension, nos interlocuteurs se sont prêtés, avec gentillesse et légèreté, au jeu du micro-trottoir réalisé à New York. A la question « Que pensez-vous de la France en général et des Français en particulier ? », Nos amis américains nous renvoient une image bien particulière de notre très cher pays.

Distante de 5.800 kilomètres, la France, vue des Etats-Unis, c’est un peu cette contrée lointaine, synonyme d’inconnu et de mystères, avec une probabilité très mince d’atteindre, un jour, le rivage. Alors, pour nombre d’Améri-cains, la France, l’Irlande ou la Thaïlande, c’est du pareil au même.

« Non, à bien y réfléchir, je n’ai vraiment rien à dire sur la France, confie Stephanie Cagley, originaire du Texas. Je n’y suis jamais allée et je ne connais aucun Français » .

« Je ne sais rien d’eux, renchérit Caitlin D. de Seattle (Washington State), et j’avoue ne pas vraiment chercher à m’infor-mer à ce sujet ». Un constat bien triste et oh combien surprenant quand la France, fière de son rayonnement international, figure en tête des destinations touristiques !

A ceux dont les intérêts s’arrêtent aux frontières de leur pays, s’opposent les curieux et les aventuriers auprès de qui la France peut s’enorgueillir d’une jolie réputation.

Reconnue pour sa cuisine, son pain, ses vins, sa culture, sa mode, ses femmes sexy et élégantes, la France est avant tout un condensé de clichés entretenus, à tort ou à raison, par les médias de part et d’autre de l’Atlantique.

« Les Français sont si romantiques et les femmes si belles et si raffinées, se souvient Ashley Willias de Manchester dans le New Hamphire. Et qu’est-ce qu’on y mange bien ! »

Aux clichés réducteurs faiseurs de charme et de ridicule s’ajoute une vision très limitée du pays lui-même, la France devenant Paris et la petite couronne la frontière entre une ville de lumières et un monde d’inconnu.

Alors demander à un américain l’image qu’il a de la France, c’est attendre en retour des considérations sur Paris. « La France, je ne connais pas, mais Paris est une ville merveilleuse.

Les bâtiments sont superbes. On pourrait presque y lire l’histoire du pays sur leurs façades. J’y suis allée une fois, précise Bettey Hintz (Connecticut), et je n’oublierai jamais. Cette ville est si belle et les Français – comprenez les Parisiens – si accueillants. »

Le touriste américain revient généralement de son voyage outre-atlantique avec une assez bonne image de la France. « Accueillants », « chaleureux », « serviables », « sympathiques », les Français s’en sortent plutôt bien. « Ils ont été très sympas avec moi lors de mon séjour en France, explique Rob T. (Pennsylvanie). Je ne parlais pas français, et c’est eux qui ont fait des efforts pour me comprendre en anglais.»

Et Rob d’ironiser : « Parfois, ils parlaient entre eux, je ne pouvais pas compren-dre mais je devinais bien qu’ils se moquaient un peu de moi. Je ne leur en veux pas. Qui sait, en de pareilles circonstances, j’aurais peut-être fait la même chose ! »

La langue, point crucial pour toute entente qui fera regretter à Barry Zaks (Long Island) ses carences linguistiques : « Je ne connais ni la France, ni les Français, mais que leur langue est belle, sensuelle et poétique. J’aimerais tant parler français, pour moi-même et pour mon pays aussi car il est difficile de se comprendre ou de se connaître quand on ne partage pas la même langue. »

Différence culturelle, fossé géopolitique, si cela en effraye certains, d’autres y voient la grandeur de la France. « J’aime ce pays, explique James Stith de Washington DC, car la France a toujours eu une forte identité. Elle est un des rares pays à ne jamais suivre les Etats-Unis. Cette attitude est très louable car on a toujours besoin de critique, poursuit-il. Mais, par cette obstination à vouloir prendre sans cesse le contre-pied des USA, c’est attribuer à la France le pire des rôles, celui du mauvais élevé qui fait dire ensuite aux Américains : Mais pourquoi les Français ne nous aiment-ils pas ? »

Car telle est bien la question que se posent toutes personnes nées sur le sol américain quand il s’agit d’évoquer les relations franco-américaines.

« Il y a beaucoup d’animosité entre nos deux pays, renchérit Brian Hurley (Indiana). Frustration, jalousie ou incompréhension, je ne saurais pas l’expliquer. Mais ce qui est sûr c’est que les Français nous détestent et que nous ne partageons pas les mêmes valeurs. »

Alors d’où vient cette haine qui fait de l’Américain la victime et du Français le bourreau ? Brian, très pragmatique, avance la thèse de l’isolationnisme américain : « Cette situation, nous l’avons peut-être cherchée car nous ne connaissons rien du monde qui nous entoure. Je pourrais parier que 99% des Américains ne savent pas qui est président en France, comme en Grande-Bretagne (où il n’y a d’ailleurs pas de président!). Nous ne nous intéressons pas à eux, alors pourquoi s’intéresseraient-ils à nous? »

Quant à Kay Sheils (Savannah, Géorgie), plus réfléchie, plus posée, elle explique cette relation ambiguë d’amour et de haine qui anime les relations franco-américaines par la méconnaissance de l’autre et le sentiment patriotique de chacun.

« La France est un pays fascinant sur le plan humain, culturel et historique, affirme-t-elle. Les Français possèdent une très forte identité nationale. De part leur système éducatif, poursuit Kay, ils ont une meilleure connaissance du monde qui les entoure. Nous, nous ne connaissons presque rien d’eux.

Notre sens de l’histoire et de la géographie sont déplorables. Alors, la seule image que nous avons de la France c’est celle que véhiculent les medias. Il est donc très difficile de se faire sa propre idée.

Les films français sont noyés dans les super-productions hollywoodiennes, les best-sellers français ne traversant que très rarement l’Atlantique, la culture française aux Etats-Unis est finalement peu accessible ou trop méconnue.

Ce qu’on sait de la France, c’est ce qu’on en dit aux informations. Toujours opposée aux idées américaines, la France, sur le plan politique, social et économique, fait rire (avec les 35 heures par exemple ou les grèves à répétition) et énerve.

Elle énerve car les Américains, répondant à un autre système de valeurs, ne comprennent pas les Français, ce schéma de réflexion fonctionnant aussi pour les Français. Et de cette méconnaissance naît un sentiment de méfiance et d’indiffé-rence. Et Kay de conclure sur ce qui pourrait servir de maxime :

«Les Etats-Unis comme la France sont de grandes nations qui se sont construites sur des valeurs qui leur sont propres. Comme pour tout, il y a à prendre et à laisser. Mais quoi qu’il en soit, nous sommes tous si fiers de nos apparte-nances et nous aimons tant nos pays respectifs que ni les uns ni les autres n’admettrons un jour leur différence. Apprenons alors à nous connaître et le temps fera peut-être le reste. »

Fabienne BOULINEAU
 



 



 

 

IMPRIMER
Copyright (c) FA. 2000.

Pour en savoir plus : l'édition papier de France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi.
ABONNEZ VOUS