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DOSSIER - LES AMERICAINS SONT-ILS ANTI-FRANCAIS ? |
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Entretien avec Tom
Bishop, universitaire américain |
Tom Bishop : |
vers un « nouveau départ »
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Tom
Bishop, directeur du Département français de la New York University, est
l’un des plus ardents promoteurs, aux Etats-Unis, des échanges culturels
entre les deux pays. La guerre en Afghanistan a lancé cette tendance. Si l'on veut parler d'une période très récente, le fait que l'Amérique de Bush veuille partir en guerre contre l'Irak a été très mal perçu par les Français et cela explique en grande partie ce regain d'antipathie typiquement française à l'égard des Etats-Unis. Ce qui reste par contre plus difficile à expliquer concerne la rapidité avec laquelle le sentiment de grande amitié et de soutien, exprimé au lendemain du 11 septembre, a pu se volatiliser. Une partie des Français a fortement dénoncé la guerre lancée par les Américains en Afghanistan. La France a alors largement laissé entendre que les Etats-Unis avaient mérité cette situation. La presse américaine a bien sûr relayé cet état de fait et la population a ainsi pu développer une certaine animosité à l'égard de la France. Il faut bien reconnaître que le climat est actuellement très pervers et tendu. La France a très mauvaise presse au sein des médias américains qui, je dois le dire, ont tendance à se défouler sur le cas français. Si le sentiment anti-américain a été très largement relayé dans la presse française, ces prises de position n'ont pas pour autant été l'objet d'une réelle orchestration. Il n'y a jamais eu de campagne anti-américaine en France alors que les Etats-Unis ont clairement été pris d'une fièvre anti-française lancée à partir de petits groupuscules qui ont souvent été relayés par les médias. Je pense qu'il y a eu, en effet, au sein de certains journaux et d'une partie de la communauté juive intégrée une véritable campagne anti-française. Un certain nombre de personnalités se sont ainsi présentées ouvertement comme de virulents anti-Français, appelant à un boycott des activités touristiques en France. Le Festival de Cannes en a été la principale cible. Aujourd'hui, cette tendance commence à s'atténuer mais je dois avouer que cela a été un moment particulièrement grinçant. Cela dit,
de manière plus générale, sur le long terme, et en dehors de ces
derniers mois, l'image des Français aux Etats-Unis est plutôt bonne. La
France occupe une place privilégiée dans le cœur des Américains. La
patrie française, surtout au niveau culturel, est une véritable
référence aux Etats-Unis ; elle dépasse de loin les autres pays
européens. En fait, l’Hexagone joue un rôle important parce que souvent agaçant. Cette place particulière de la France trouve principalement ses origines dans la politique menée par le général de Gaulle, qui a toujours souhaité faire valoir la carte d'un pays fort, véritable agitateur au sein des relations internationales. C'est comme ça que la France a d'ailleurs réussi à acquérir une véritable existence sur la scène internationale. Les
rapports politiques entre les Etats-Unis et la France ont actuellement
tendance à se pacifier ; Jacques Chirac, tout en ayant assez clairement
affiché sa réticence à l’égard d'une attaque contre l'Irak, a tout de
même cherché à calmer le jeu. Il a été très largement relayé par son
ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, qui a
véritablement cherché à promouvoir un nouveau départ dans les relations
franco-américaines. Politiquement parlant, les relations s'étaient donc
nettement améliorées jusqu'à l'affaire irakienne lancée il y a quelques
semaines. Le poids du monde culturel français est vraiment considérable en Amérique. En même temps, il y a un système de relations complexes et particulièrement mouvantes entre les Etats-Unis et la France sur le mode du « je t’aime moi non plus ». C’est un sentiment réciproquement partagé même si le sentiment de rejet est nettement plus présent chez les Français. Il y a toujours eu des tensions entre ces deux pays qui se respectent pourtant profondément. L'Amérique de Bush a quelque peu changé la donne. Les Français n'apprécient vraiment pas Georges Bush, je les comprends mais je regrette néanmoins que cette réaction s'exprime à l'égard de la totalité de l'Amérique. L'unilatéralisme américain déplaît fortement et nourrit sans conteste le ressentiment français à l'égard de l'Amérique. Aujourd'hui, fin septembre 2002, force est de constater que les rapports sont extrêmement tendus du fait du cas irakien. C'est ainsi que la confiance mutuelle liant les deux pays depuis longtemps est largement ébranlée. Les Français critiquent vivement ce pays qui agit de manière autoritaire en raison de ses tentations unilatéralistes ; quant à l'Amérique, elle ne peut supporter l'opposition française à ses projets et, plus généralement, les formes d'opposition que peuvent exprimer les autres pays. C'est ainsi que Schröder, qui avait mené une campagne ouvertement anti-américaine, s'est heurté à l'indifférence américaine puisque, une fois les élections gagnées, alors qu'il cherchait à créer des ouvertures avec le gouvernement américain, Washington n'a rien voulu entendre. L'entourage de Bush ne supporte pas la contestation, qu’elle soit française ou autre d'ailleurs. La France n'est donc pas particulièrement visée par l'administration américaine.
Propos recueillis par Audrey EPECHE
Pour en savoir plus : l'édition papier de
France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi. |