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DOSSIER - LES AMERICAINS SONT-ILS ANTI-FRANCAIS ? |
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Entretien avec
Michael Brenner, universitaire américain |
Brenner : l’ignorance des
officiels à l’égard de la France |
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Comment expliquez-vous la quasi « indifférence », pour reprendre le
terme utilisé dans votre livre —Reconcilable Differences. US-French
Relations in the new era (Brookings Institution press, 2002) — des
Etats-Unis à l' égard de la France ? Mais dans une certaine mesure, on pourrait dire la même chose du gouvernement. Washington voit l’Hexagone comme un pays qui cherche les histoires parce qu’il est jaloux de la puissance américaine, qui a la prétention de se considérer comme une puissance de premier plan. Et qui
par dessus tout, est capable de réagir de façon imprévisible pour
résister aux initiatives américaines. L’effet conjugué d’un manque de
connaissances sur la culture française ainsi que sur sa politique
étrangère a conduit à sa marginalisation aux yeux du gouvernement
américain. Les points de divergence sont nombreux et ne se situent pas tant sur les modalités de l’action que sur les moyens et la façon qu’ils ont d’appréhender le multilatérisme. Et c’est sur ces points précis que les tensions risquent de s'aggraver a l’avenir. Et ce, pas seulement entre les Etats-Unis et la France, mais aussi avec le reste de l’Union Européenne. Car l'actuel gouvernement n’en fait un peu qu’à sa tête, surtout depuis le 11 septembre. Nous traversons une période où les Etats-Unis croient avoir le monopole de la vérité. C’est pourquoi le gouvernement français aura du mal à faire entendre ses vues sur l’Afghanistan et l’Irak, à la différence du conflit au Kosovo où Chirac pouvait au moins donner son avis sur les cibles militaires et la nature des attaques au général Clark, alors en charge des opérations militaires. Sur la
question irakienne, s’est produite une inversion des rôles assez
inattendue. C’est le chancelier allemand Gerhard Schroder qui a formulé
les critiques les plus virulentes, et non pas Jacques Chirac. Ce dernier
a insisté, au contraire, sur la nécessaire implication des Nations
unies. Le gouvernement français s’est d’ailleurs montré plus prudent
qu’à l’accoutumée sur l’opportunité d’une intervention militaire en Irak
pour éviter toute confrontation directe avec l’administration Bush.
Pourquoi ne pas avoir fait traduire ce livre en français puisqu’il
concerne les deux pays ?
Deuxièmement, les intéressés ne parlant pas l’anglais représentent un
cercle trop limité pour que la traduction soit rentable. Si l’élite
française est très sensible à ce qui se passe aux Etats-Unis, l’inverse
n’est malheureusement pas vrai. Même parmi les personnes en charge des
affaires européennes à Washington, l’étendue de leur savoir et
l’attention qu’ils y portent restent — cela a de quoi surprendre — assez
limitées. J’espère d’ailleurs que cet ouvrage sera mis utilement à
profit au niveau politique, y compris dans les plus hautes sphères du
pouvoir, mais aussi dans les médias.
Pour en savoir plus : l'édition papier de
France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi. |