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DOSSIER - LES AMERICAINS SONT-ILS ANTI-FRANCAIS ? |
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Art - Une histoire
d’amour franco-américaine |
Les Sans Culottes : band(e)
révolutionnaire |
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Ils
viennent de sortir leur cinquième opus intitulé « Faux Realism », mais
le premier sur un label (indépendant). Ils sont américains et chantent
en français. Tout le monde se lève — standing ovation — pour… « Les Sans
Culottes ». Comme Bill, les six autres membres composant la joyeuse troupe ont beau vénérer Gainsbourg et France Gall, porter un nom de scène français, chanter en français, ils sont pourtant bien « born and bred » aux Etats-Unis à l’exception de l’une des chanteuses — la bien nommée « Céline Dijon », Venera dans le civil, qui a passé les 18 premières années de sa vie à Paris. Comble du comble, Bill compose les chansons dans la langue de Molière alors qu’il en connaît à peine les rudiments, poussant le vice jusqu’ à parler anglais sur scène avec l’accent parigot. Ils n’entonnent pas encore La Marseillaise pendant leur concert haut en couleur — leur spectacle, faudrait-il plutôt dire — mais qui sait, c’est peut être pour bientôt... ils ont bien chanté leurs mélodies yé-yé lors du Bastille Day ! Ce n’est pas le moindre des paradoxes, reconnaissent volontiers Clermont Ferrand, Céline Dijon et leurs acolytes — aux noms plus excentriques les uns que les autres : « ça fait de nous un groupe unique avec tous les avantages et les inconvénients que cela implique ». Car si certaines expressions françaises telles « Le Coq Sportif », marque de baskets française à la mode qui a inspiré le titre d’une de leur chanson, parlent au public jeune et branché de l’East Village et de Brooklyn — un public qui leur ressemble beaucoup —, 99% de l’auditoire passe immanquablement à côté d’une partie du spectacle. La plus intéressante, en réalité. Car derrière leur désinvolture, que laissent paraître leur accoutrement du dernier kitch et leurs noms fantaisistes, comme ceux de leur chansons (« SOS elephants », « The tongue of romance », « Ecole de merde »…), ils n’ont pas leur pareil pour parler de sujets sérieux avec humour et monter à la tribune quand il le faut. « Contrairement aux apparences, nous sommes probablement plus subversifs que la plupart des groupes américains. Mais le fait de chanter en français nous laisse aussi plus de liberté », reconnaît Clermont-Ferrand, avocat de formation. Morceaux choisis: « oncle Sam, oncle chameau/ la vache qui rit, une vache folle/ taliban économique/ non merci mon oncle d’Amérique/ je ne veux pas un Mc Foie Gras », un couplet digne de Jose Bové qu’entonne Clermont-Ferrand vêtu de sa chemise à jabot. Comme cette chanson — intitulée « Non merci, Oncle Sam » — le montre, ils savent rire, et faire rire avec finesse, des travers franchouillards, mais ne sont pas tendres non plus avec leur compatriotes. « Je suis sûre que beaucoup d’Américains nous apprécient justement parce que nous reflétons la complexité des relations franco-américaines », analyse Céline Dijon, la seule française du groupe. « On ne se fout pas tant de la gueule des Français. Il s’agit en réalité plus d’un hommage que d’une satire ». Hommage ou satire, une chose est sûre : avec « Les Sans Culottes », chacun en prend pour son grade, Français comme Américains. Car ils prennent manifestement un certain plaisir à jouer sur les deux cordes, et leurs deux fibres — en américains amoureux de la France qu’ils sont —, n’hésitant pas à user de certains stéréotypes pour mieux les dépasser. « Tout ce que j’espère, c’est qu’au final, les gens passent un bon moment », conclut Céline Dijon. Pas de crainte de ce côté là, même en français, le message semble bien reçu du public new-yorkais friand de sons rétro. « Les Sans Culottes » ont à leur façon fait leur petite révolution en luttant avec succès contre les canons. Les canons actuels de l’industrie du disque.
Audrey KHALIFA
Pour en savoir plus : l'édition papier de
France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi. |