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Il peut être fruité, boisé ou cuivré

Le vin : la ronde des mots, le plaisir partagé...

 

ENTRETIEN Analyse de la situation avec Jacques Thébault, directeur de Sopexa - Amérique
Les Américains boivent-ils
encore français ?

Oui ! répond avec véhémence Jacques Thébault, directeur de Sopexa-Amérique, société de conseil en marketing et communication ali-mentaires, spécialisée dans la promotion des vins français à l’étranger. Le marché américain des vins et spiritueux est en très nette progression.

Les Américains con-somment désormais jusqu’à 9 litres de vin par an, un record au pays du soda. Entre les vins californiens, européens et ceux du nouveau monde, le consommateur américain a le choix et devient exigeant.

Aux arômes cuivrés ou de terre si chers aux Français, les Américains préférent les saveurs fruitées et les vins qui « explosent dans la bouche » pour un plaisir immédiat. Une autre manière d’apprécier le vin, un autre marché.

Comment les exportateurs français s’y sont-ils adaptés ? Les Américains sont-ils toujours des consommateurs de vins français ? Réponses avec Jacques Thébault.

FRANCE-AMÉRIQUE - Comment se porte le marché des vins et spiritueux aux États-Unis ?
JACQUES THÉBAULT -
Il se porte très bien. C’est un marché en progression constante. La consom-mation augmente de 2 à 3% avec des pointes à 6%. Cette progression est énorme quand on sait que les princi-paux pays producteurs comme la France et l’Italie voient leur consom-mation chuter.

Comment expliquez-vous ce phénomène ?
La France et l’Italie sont des pays traditionnellement consommateurs. Mais aujourd’hui, force est de constater que les Français comme les Italiens consomment moins, mais mieux. A la quantité, s’est substitué le critère de la qualité. En France, on consomme, par habitant, 45 à 50 litres de vin par an contre 120 il y a quelques années ! Ce changement brutal dans le comportement alimen-taire des Français s’explique, en gran-de partie, par l’impact des campagnes de prévention routière. Le slogan « L’alcool au volant tue » et le taux maximal d’alcoolémie dans le sang réduit de 0,8 à 0,5 ne poussent guère les Français à la consommation.

Ces campagnes de prévention routière seraient plus fortes que les lobbies anti-alcool américains ?
Indéniablement. Les images sont toujours plus fortes que les mots.

Revenons aux États-Unis. Quelle est la part des produits français dans le marché américain des vins et spiritueux ?
Elle est énorme et bilatérale. Les États-Unis sont le premier marché à l’export pour la France et les vins français sont parmi les premiers à l’import sur le sol américain.

Des vins, spiritueux et champagne, qu’est-ce qui se vend le mieux ?
De loin, le cognac et le champagne. Viennent ensuite les vins de Bordeaux, des Côtes-du-Rhône et de Bourgogne.

Alors que le marché américain du vin est en nette progression, comment expliquez-vous le fait que les vins (Bourgogne, Bordeaux et Côtes-du-Rhône) soient en chute libre aux États-Unis ?
Les exportations françaises à destination des États-Unis ont chuté en volume de 25% d’avril à août. Mais les chiffres, depuis septembre, remontent, ramenant la baisse entre 10 et 15%. Cette « déprime » s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs. Les tensions diplomatiques entre la France et les États-Unis, la guerre en Irak et une conjoncture économique difficile ont amené les Américains à « désamourer » les produits français — même si cette tendance commence à s’inverser. Cette crise qui a affecté les relations franco-américaines a surtout rappelé aux exportateurs français combien la concurrence est rude sur ce marché et qu’en plus de s’adapter au goût américain, il convient de mettre en place des programmes marketing et des campagnes publicitaires agressifs pour amener le consommateur américain à boire français.

La vente et la consommation des vins français ont-elles été affectées par le « French Bashing » ?
Oui et non. Le vin est un produit d’image et le vin français un produit d’excellence. Ainsi, quoiqu’en disent les politiques ou les économistes, un Mouton-Rothschild restera toujours un Mouton-Rothschild pour les fins connaisseurs. En ce sens, je ne crois pas que le « French Bashing » ait affecté les ventes ou la consommation des grands vins français.

En revanche, il n’en est pas de même pour les vins entre 5 et 15 dollars où les pertes ont été importantes. Dans l’esprit du consommateur moyen, les vins français sont des produits difficiles à acquérir, tant par l’éloignement de la France que par leur prix, souvent élevé. Alors, quand les relations se crispent entre les États-Unis et la France, l’image des vins français devient un peu plus compliquée et inévitablement associée aux Français, et surtout à leur arrogance.

Quand un Américain achète du vin, il regarde avant tout l’étiquette, ses couleurs et son graphisme. Au sérieux de certaines étiquettes françaises, il préférera certainement le petit kangourou joliement dessiné sur les bouteilles de vin australiennes. Son choix se fera, non sur des critères gustatifs, mais sur des critères esthétiques et affectifs. A défaut de pouvoir se rendre en Australie, il goûtera quand même à l’exotisme un verre de vin australien à la main.

La vente des produits français est-elle menacée par la présence, sur le marché américain, de vins étrangers ?
Français, Australiens et Italiens se livrent une véritable bataille. Et dans cette guerre commerciale pour gagner les parts de marché, la France ne dispose pas des mêmes armes que ses concurrents. Car, contrairement à l’Australie et à l’Italie qui ont mis sur le marché des produits marketing adaptés à la consommation de masse, la France ne dispose pas, aux États-Unis, d’alliances stratégiques avec les distributeurs locaux.

Cette faille dans le système, imputable au très petit nombre d’entreprises multinationales implantées en France ainsi qu’à la mentalité française, place les expor-tateurs français dans une situation inconfortable et gêne à l’exportation.

Justement, comment les exportateurs français gèrent-ils cette concurrence ? Et quels sont les efforts de promotion mis en œuvre ?
Pour beaucoup de producteurs français, le marché américain est le marché de l’avenir, et, malgré la concurrence, tous manifestent un intérêt certain à y investir et tous s’attèlent à regagner des parts de marché. Pour cela, nous travaillons avec les producteurs français et les distributeurs américains.

Nous organisons des événements et travaillons sur la communication. Récemment, nous avons emmené 100 acheteurs américains dans la vallée du Rhône dans le cadre d’un programme européen pour leur faire découvrir nos vins. Nous organisons également des événements autour des vins français en partenariat avec des associations caritatives, la prochaine étant à Chicago. 400 personnes sont attendues dont 200 consommateurs leaders d’opinion et 200 professionnels. Quant aux bénéfices, ils iront à la Heart Association.

Parallèlement à ces grands événements, nous allons distribuer, via la presse américaine, plus de 140 000 guides des vins français et toutes les semaines, de Dallas à Chicago, de San Francisco à New York, sont organisés séminaires et dégustations.

A partir de décembre, conformément aux lois sur le bioterrorisme en vigueur aux États-Unis, l’ensemble des produits alimentaires arrivant sur le sol américain seront soumis à de nouveaux contrôles. Comment les exportateurs de vins français vont-ils s’organiser pour répondre à ces nouvelles contraintes ?
L’ambassade de France à Washington et les services économiques ont fait un gros travail pour faciliter l’adaptation de cette loi aux entreprises françaises exportatrices. Il s’agit plus de contraintes administratives qu’autre chose, et je ne pense pas qu’il y aura de répercussion sur les ventes de vins français aux États-Unis.

Y voyez-vous une nouvelle forme de protectionnisme ?
Non, je ne pense pas. Cette loi s’inscrit dans un processus de sécurité intérieure pour une meilleure traçabilité des produits.

Le 20 novembre sera célébré, dans plus de 150 pays, le Beaujolais Nouveau. Comment expliquez-vous ce phénomène « planétaire » ?
La région du Beaujolais est le pays de la fête, du savoir-vivre et des bons vivants. La force de cette région a été de capitaliser cet art de vivre et de l’exporter, à travers son vin, dans le monde entier. Fêter l’arrivée du Beaujolais Nouveau, c’est passer un bon moment, un verre à la main. Un plaisir universel.

Depuis quand fête-t-on aux États-Unis cet événement ?
Je dirais depuis 20 – 30 ans.

Tradition hexagonale relayée à l’étranger par les organismes et restaurants français, l’arrivée du Beaujolais Nouveau se célèbre aussi dans les milieux américains. Le Beaujolais serait-il devenu une coutume américaine ?
Je ne pense pas que le Beaujolais jouisse d’une notoriété si spontanée. Le Beaujolais Nouveau est un phénomène qui se célèbre dans certai-nes villes et qui touche une partie, une partie seulement, de la communauté. Interrogez les gens dans la rue et demandez-leur s’ils connaissent le Beaujolais Nouveau. Je ne suis pas certain qu’ils répondront majoritaire-ment par l’affirmative.

Propos receuillis par Fabienne BOULINEAU

 

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