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DOSSIER - FRANCOPHONIE 2004


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 Francophonie de tous les pays

 
ÉDITO Un contrepoids à l’absolutisme anglo-saxon
Levons l’étendard !

Le pire ennemi de la francophonie, c’est le francophone qui se conduit en colonisé. Le diplomate du Quai d’Orsay qui répond en anglais aux questions posées en français, le journaliste de la télévision qui interroge en anglais les personnalités étrangères, pourtant capables de s’exprimer en français, le jeune cadre qui dit « e-mail » ou « software », alors que
« courriel » et « logiciel » conviendraient parfaitement. Tous sont complices de leur propre défaite face au raz de marée anglo-saxon.

Parce qu’elle est toute-puissante, l’Amérique devrait savoir qu’elle a moins besoin de courtisans qui font la claque, que d’alliés qui osent donner de la voix.

Comme Jacques Chirac et Dominique de Villepin le firent, en mettant en garde George W. Bush contre les risques d’une intervention armée en Irak.

Comme le général de Gaulle prononçant le discours de Phnom-Penh, il y a quarante ans, dans l’espoir de retenir Lyndon B. Johnson sur la pente de l’enlisement au Vietnam.

Si la force économique des États-Unis s’était révélée une irrésistible excuse pour cesser d’entrepren-dre, Airbus n’aurait jamais taillé de croupières à Boeing.

A trop écouter les arguments d’efficacité des cinéastes de Hollywood, ni la Nouvelle Vague des années 60 ni, en 2000, le joli conte d’Amélie Poulain, ne seraient parvenus à faire entendre la petite musique qui oppose une différence européenne au monopole culturel du rêve américain.

Enfin, les Français ne peuvent que s’inspirer du courage de leurs cousins de la Belle Province. Île francophone dans un océan anglopho-ne, le Québec n’a-t-il pas réussi à sauver son identité ? Et donc notre langue.

L’hégémonie la plus redoutable est paradoxalement la plus douce. Du jour où ils quittèrent l’Europe centrale, les chars de l’Armée rouge ne laissèrent derrière eux que les souvenirs sinistres de la haine et de la peur.

Mais, tombés du havresac des GI il y a soixante ans, le Coca-Cola, les jeans et le jazz recyclé en rock, restent la référence de tous les jeunes, du détroit de Gibraltar jusqu’aux fjords de la Norvège. A l’exemple de Rome jadis, l’Empire américain tient tête avec superbe au ressac de l’histoire parce qu’il a su convertir les âmes.

La France aussi fut cette « grande nation » qui, dans la foulée des dragons de Louis XIV, des grenadiers de Napoléon ou des vainqueurs de Verdun, persuada le monde de parler français. Cette époque est révolue, bien sûr. Mais la résistance s’annonce d’autant plus légitime.

La francophonie représente la meilleure chance d’une humanité qui veut échapper au moule unique des bien-pensants de l’anglomanie.

Un exemple reste édifiant : celui de l’Argentine pourtant malmenée par les tempêtes financières et les crises politiques à répétition. Victoria Ocampo n’a pas eu de successeur.

L’amie de Roger Caillois et d’André Malraux qui, par amour de la France, piochait avant-guerre dans son immense fortune pour financer la revue littéraire Sur (Sud), conçue comme un pont culturel entre l’Amérique latine et l’Europe.

Mais chez les Argentins, « Latinos » parmi des milliers qui se jugent « trop loin de Dieu et trop près de Washington », la langue française continue de symboliser une sorte de contrepoids au modèle yankee.

L’Alliance française de Buenos Aires, fondée en 1893, accueille aujourd’hui quelque six mille élèves. Et cinq mille autres dans la centaine de branches que compte l’Alliance en province. Quand le philosophe Jacques Derrida vint à Buenos Aires en 1996, il fit un tel triomphe que, malgré ses 2 500 places, le théâtre Cervantes se révéla trop petit.

Il fallut accepter des centaines d’auditeurs en surnombre, qui s’assirent par terre.

A travers le monde, il n’y a sans doute que 175 millions de francophones réels. Mais il est frappant de constater que la francophonie officielle rassemble cinq fois plus d’individus.

Le Vietnam où seulement 0,7 % des 75 millions d’habitants parlent encore français a voulu rejoindre cette famille en dépit de sa fascination pour les dollars de l’ancien ennemi américain.

De même que l’Algérie, bien revenue du syndrome nationaliste, de l’arabisme. Et que dire d’Israël qui, protégé prioritaire de Washington, ne demanderait pas mieux que d’entrer dans le club francophone, si les membres arabes levaient leur veto.

Parler français, c’est une façon de faire de la politique autrement. La France doit donc assumer ses ambitions. Quand les comptables de Bercy accordent au ministère des Affaires étrangères à peine 1,25 % du budget de l’État, la Maison-Blanche a beau jeu d’ironiser sur la prétention de Paris à l’ingérence.

Quand notre pays, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et Etat fondateur de l’Union européenne, accepte sans protester que ces deux organisations soient devenues anglophones, il confirme tous les préjugés anglo-saxons sur cette France qui voit grand mais pense petit.

Pour que le rouleau compresseur anglophone se résigne à préférer la cohabitation à la domination, la France d’en bas doit imposer à la France d’en haut cette vérité stratégique : la seule bataille perdue d’avance, c’est celle qui n’a pas été livrée....

Par Charles LAMBROSCHINI


 



 



 

 

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