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DOSSIER - FRANCOPHONIE 2004


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 Francophonie en culture

 
ALLIANCE FRANÇAISE Une subvention de l’État dérisoire
Voiture-balais à quat’sous

Paradoxe : alors que l’Alliance française est en expansion un peu partout dans le reste du monde — récemment, Erevan et Bethléem ont ouvert leurs portes —, c’est l’Europe qui lui pose problème. « Nous sommes de plus en plus sollicités pour des ouvertures d’Alliances françaises, explique Jean-Claude Jacq, secrétaire général. Le Mexique, l’Inde (où l’Alliance française de Pondichéry fut la deuxième à se créer, en 1889, six ans après celle de Paris), le Brésil sont nos vaisseaux amiraux.

En Chine, les Alliances connaissent une croissance exponentielle. Nous progressons aussi aux États-Unis, en Russie, en Afrique du Sud. En 2002, le nombre d’étudiants de l’Alliance française a augmenté de 9 %. Avec nos 375 000 inscrits, nous sommes la plus grande école de langues du monde ! Il n’y a qu’en Europe que l’avenir du français est contesté.

C’est un enjeu majeur, bien sûr. Nous sommes en train de réfléchir aux mesures à prendre. Mais c’est avant tout un problème de volonté politique, au plus haut niveau de l’État. »

« Nous défendons le trilinguisme, complète Alain Marquer, directeur des relations internationales, mais même à Bruxelles, tout le monde parle de plus en plus uniquement en anglais. C’est tout le problème de l’identité linguistique européenne qui se pose avec acuité. »

Créée en 1883 par des militants de la culture française, présidée par des sommités comme Jules Verne, Louis Pasteur ou Ferdinand de Lesseps, l’Alliance française de Paris est une association régie par la loi de 1901, qui vit pour le principal de ses ressources propres. En l’occurrence les droits de scolarité de ses 15 000 étudiants annuels (1). Elle reçoit de l’État une « petite aide de 500 000 euros par an ».

Propriétaire de sa marque, c’est l’Alliance française de Paris qui labélise les autres, à leur demande, et pourvu qu’elles respectent son projet. Alain Marquer le rappelle : « Enseigner la langue française, monter des opérations artistiques et culturelles, diffuser des informations sur la France et sa culture. »

Cependant, chacune des 1 072 Allian-ces et centres associés, répartis dans 130 pays du monde, est une association de droit local privé, à but non lucratif, autonome, présidée par une person-nalité du pays.

Sur ce total, 775 Alliances sont enseignantes, les autres fonctionnent un peu comme des clubs où se retrouvent des amoureux de la culture et de la langue françaises. C’est le cas dans pas mal de villes moyennes ou petites des États-Unis.

Parmi les Alliances enseignantes, 265 sont sous contrat avec le ministère des Affaires étrangères, et reçoivent donc des subventions afin de tenir également le rôle de centre culturel.

« La subvention de l’État aux Alliances françaises du monde entier, tout compris, se monte à 42 millions d’euros par an, précise Jean-Claude Jacq. C’est dérisoire : à peine 30 % de la subvention allouée à l’Opéra de Paris ! »

C’est toujours là que le bât blesse : pour diffuser le français, proposer nos richesses intellectuelles et artistiques, et aussi : mieux vendre notre savoir-faire et nos réalisations, il faut des moyens, afin d’acheter des locaux et du matériel, de rémunérer les directeurs et les enseignants, et, surtout, de former des professeurs, « c’est notre combat prioritaire », estime Alain Marquer.

Pour l’avenir de la francophonie dans son ensemble, on se montre, à l’Alliance française, d’un optimisme tempéré. Comme leurs aînés fonda-teurs d’il y a cent vingt ans, ses collaborateurs sont des militants, des pragmatiques, qui luttent au jour le jour, inventent et improvisent pour pallier de leur mieux les faiblesses.

« Nous sommes la plus grande multinationale du monde, dit le secré-taire général, et nous n’avons aucun équivalent. Mais l’Alliance française ne peut pas être véritablement considérée comme le baromètre de la francophonie. Nous savons que notre développement bénéficie paradoxalement de la régression de la langue française un peu partout, dans les systèmes d’enseignement public. Nous progressons dans les grands pays, mais reculons en Europe de l’Ouest. Quant aux motivations des étudiants, elles sont de tous ordres. »

Ce peut être afin d’être bilingues, conformément à la constitution canadienne, comme ces Chinois de Vancouver ou de Toronto. Afin de s’intégrer vraiment dans l’Europe, pour les jeunes des anciens pays de l’Est.

Pour disposer d’« une autre vision du monde, d’une alternative culturelle à l’offre américaine », comme l’explique le président des Alliances mexicaines. Ou, simplement, pour le plaisir, comme ces quelque 500 élèves Chinois de Macao.

« Après l’effondrement des idéologies, les ‘valeurs profanes’ dont parlait Malraux sont perçues comme françaises, conclut Jean-Claude Jacq. Un peu partout, on constate un retour à ces valeurs-là. » Et toute pensée ne se comprend jamais si bien que dans sa langue d’origine....

Par Jean-Claude PERRIER

(1) Toutes ces statistiques ont été établies à fin 2002.



 

 

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