|
Paradoxe
: alors que lAlliance française est en expansion
un peu partout dans le reste du monde récemment,
Erevan et Bethléem ont ouvert leurs portes , cest
lEurope qui lui pose problème. « Nous sommes
de plus en plus sollicités pour des ouvertures dAlliances
françaises, explique Jean-Claude Jacq, secrétaire
général. Le Mexique, lInde (où lAlliance
française de Pondichéry fut la deuxième à
se créer, en 1889, six ans après celle de Paris),
le Brésil sont nos vaisseaux amiraux.
En
Chine, les Alliances connaissent une croissance exponentielle.
Nous progressons aussi aux États-Unis, en Russie, en Afrique
du Sud. En 2002, le nombre détudiants de lAlliance
française a augmenté de 9 %. Avec nos 375 000 inscrits,
nous sommes la plus grande école de langues du monde !
Il ny a quen Europe que lavenir du français
est contesté.
Cest
un enjeu majeur, bien sûr. Nous sommes en train de réfléchir
aux mesures à prendre. Mais cest avant tout un problème
de volonté politique, au plus haut niveau de lÉtat.
»
«
Nous défendons le trilinguisme, complète Alain Marquer,
directeur des relations internationales, mais même à
Bruxelles, tout le monde parle de plus en plus uniquement en anglais.
Cest tout le problème de lidentité linguistique
européenne qui se pose avec acuité. »
Créée
en 1883 par des militants de la culture française, présidée
par des sommités comme Jules Verne, Louis Pasteur ou Ferdinand
de Lesseps, lAlliance française de Paris est une
association régie par la loi de 1901, qui vit pour le principal
de ses ressources propres. En loccurrence les droits de
scolarité de ses 15 000 étudiants annuels (1). Elle
reçoit de lÉtat une « petite aide de
500 000 euros par an ».
Propriétaire
de sa marque, cest lAlliance française de Paris
qui labélise les autres, à leur demande, et pourvu
quelles respectent son projet. Alain Marquer le rappelle
: « Enseigner la langue française, monter des opérations
artistiques et culturelles, diffuser des informations sur la France
et sa culture. »
Cependant,
chacune des 1 072 Allian-ces et centres associés, répartis
dans 130 pays du monde, est une association de droit local privé,
à but non lucratif, autonome, présidée par
une person-nalité du pays.
Sur
ce total, 775 Alliances sont enseignantes, les autres fonctionnent
un peu comme des clubs où se retrouvent des amoureux de
la culture et de la langue françaises. Cest le cas
dans pas mal de villes moyennes ou petites des États-Unis.
Parmi
les Alliances enseignantes, 265 sont sous contrat avec le ministère
des Affaires étrangères, et reçoivent donc
des subventions afin de tenir également le rôle de
centre culturel.
«
La subvention de lÉtat aux Alliances françaises
du monde entier, tout compris, se monte à 42 millions deuros
par an, précise Jean-Claude Jacq. Cest dérisoire
: à peine 30 % de la subvention allouée à
lOpéra de Paris ! »
Cest
toujours là que le bât blesse : pour diffuser le
français, proposer nos richesses intellectuelles et artistiques,
et aussi : mieux vendre notre savoir-faire et nos réalisations,
il faut des moyens, afin dacheter des locaux et du matériel,
de rémunérer les directeurs et les enseignants,
et, surtout, de former des professeurs, « cest notre
combat prioritaire », estime Alain Marquer.
Pour
lavenir de la francophonie dans son ensemble, on se montre,
à lAlliance française, dun optimisme
tempéré. Comme leurs aînés fonda-teurs
dil y a cent vingt ans, ses collaborateurs sont des militants,
des pragmatiques, qui luttent au jour le jour, inventent et improvisent
pour pallier de leur mieux les faiblesses.
«
Nous sommes la plus grande multinationale du monde, dit le secré-taire
général, et nous navons aucun équivalent.
Mais lAlliance française ne peut pas être véritablement
considérée comme le baromètre de la francophonie.
Nous savons que notre développement bénéficie
paradoxalement de la régression de la langue française
un peu partout, dans les systèmes denseignement public.
Nous progressons dans les grands pays, mais reculons en Europe
de lOuest. Quant aux motivations des étudiants, elles
sont de tous ordres. »
Ce
peut être afin dêtre bilingues, conformément
à la constitution canadienne, comme ces Chinois de Vancouver
ou de Toronto. Afin de sintégrer vraiment dans lEurope,
pour les jeunes des anciens pays de lEst.
Pour
disposer d« une autre vision du monde, dune
alternative culturelle à loffre américaine
», comme lexplique le président des Alliances
mexicaines. Ou, simplement, pour le plaisir, comme ces quelque
500 élèves Chinois de Macao.
«
Après leffondrement des idéologies, les valeurs
profanes dont parlait Malraux sont perçues comme
françaises, conclut Jean-Claude Jacq. Un peu partout, on
constate un retour à ces valeurs-là. » Et
toute pensée ne se comprend jamais si bien que dans sa
langue dorigine....
Par
Jean-Claude PERRIER
(1)
Toutes ces statistiques ont été établies
à fin 2002.
|