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DOSSIER - FRANCOPHONIE 2004


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 Francophonie en culture

 
BIBLIOPHILIE Des origines du français
« Soyez clairs et entendibles »

Si François Ier n’avait pas chassé, en 1539, dans la forêt de Villers-Cotterêts, nous écririons peut-être encore en latin. La langue des Romains était revenue en force parmi les clercs, qui donnaient des racines latines à tout va, y compris aux mots d’origine arabe. Bref, le roi de France, tout en laissant courir sa meute sur la voie d’un dix-cors, royal évidemment, songea que « les arrêts devaient être clairs et entendibles ».

Sitôt le dernier hallali sonné, il convoqua le chancelier de France Guillaume Poyet qui rédigea les 192 articles composant la fameuse ordonnance.

Celle-là dit en substance que tous les actes notariés et de procédures seraient désormais écrits dans le « langage maternel françois » (art. 110). On commença à suivre les préceptes de ladite ordonnance, on la surnomma la Guillelmine, rappelant son auteur.

« l’Ordonnance sur le fait de la justice », prise à Villers-Cotterêts, le 19 août 1539, fut enregistrée au Parlement de Paris le 6 septembre suivant, et successivement dans les différents parlements des provinces du royaume

Dès le 28 août, le libraire Galiot du Pré obtint l’autorisation d’imprimer le texte, ce que réalisa pour lui l’imprimeur Denis Janot. Il existe une autre édition parisienne datée de 1539, mais en in-folio, à l’enseigne de Jean André.

ARouen, Abraham Guenet pour le même Galiot du Pré sortit, toujours en 1539, une édition en in-quarto. Galiot du Pré, toujours lui, associé cette fois à Jehan Bonhomme et Jehan André, usa de son privilège en faisant imprimer, en 1540, une nouvelle édition par Estienne Caveillier.

« Quoique rare, ce livre n’a point en lui-même une grande valeur », affirmait au XIXe siècle, le bibliographe Brunet. Nous n’en avons tenu qu’un seul entre nos mains, un lyonnais, daté de 1542 chez Thibaut Payen.

Les éditions successives de l’Ordonnance seule, sont relativement nombreuses ; mais elle a suscité de multiples commentaires de la part de juristes consommés comme Charles du Moulin, Jean du Tillet, Antoine Fontana, Gilles Imbert et Pierre Néron qui l’ont examinée et paraphrasée... en latin.

L’un des plus intéressants, selon les juristes, est le Paraphrasis in constitutiones regias... par Gilles Bourdin (1515-1570), dont la première édition date de 1539. Son ouvrage maintes fois réédité ne fut traduit en français, qu’en 1606.

Le latin était resté dans les usages. Nous avons sous les yeux, un exemplaire de l’édition de 1573, comportant l’adresse de l’éditeur Galien du Pré, rédigée en latin : Galeotum à Prato (1).

Cette édition est la première donnée par le professeur de droit, Louis de Ramberge, qui a ajouté un texte additionnel. Parmi les pièces préliminaires figure un poème d’Étienne Jodelle (1532-1573) sur la mort de Bourdin. Jodelle fut l’auteur du premier essai de tragédie classique, triomphe du beau langage.

Par Bertrand GALIMARD FLAVIGNY

(1) Noté à la libraire Commelas à Barcelone, 600 euros.



 

 

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