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Si
François Ier navait pas chassé, en 1539, dans
la forêt de Villers-Cotterêts, nous écririons
peut-être encore en latin. La langue des Romains était
revenue en force parmi les clercs, qui donnaient des racines latines
à tout va, y compris aux mots dorigine arabe. Bref,
le roi de France, tout en laissant courir sa meute sur la voie
dun dix-cors, royal évidemment, songea que «
les arrêts devaient être clairs et entendibles ».
Sitôt
le dernier hallali sonné, il convoqua le chancelier de
France Guillaume Poyet qui rédigea les 192 articles composant
la fameuse ordonnance.
Celle-là
dit en substance que tous les actes notariés et de procédures
seraient désormais écrits dans le « langage
maternel françois » (art. 110). On commença
à suivre les préceptes de ladite ordonnance, on
la surnomma la Guillelmine, rappelant son auteur.
«
lOrdonnance sur le fait de la justice », prise à
Villers-Cotterêts, le 19 août 1539, fut enregistrée
au Parlement de Paris le 6 septembre suivant, et successivement
dans les différents parlements des provinces du royaume
Dès
le 28 août, le libraire Galiot du Pré obtint lautorisation
dimprimer le texte, ce que réalisa pour lui limprimeur
Denis Janot. Il existe une autre édition parisienne datée
de 1539, mais en in-folio, à lenseigne de Jean André.
ARouen,
Abraham Guenet pour le même Galiot du Pré sortit,
toujours en 1539, une édition en in-quarto. Galiot du Pré,
toujours lui, associé cette fois à Jehan Bonhomme
et Jehan André, usa de son privilège en faisant
imprimer, en 1540, une nouvelle édition par Estienne Caveillier.
«
Quoique rare, ce livre na point en lui-même une grande
valeur », affirmait au XIXe siècle, le bibliographe
Brunet. Nous nen avons tenu quun seul entre nos mains,
un lyonnais, daté de 1542 chez Thibaut Payen.
Les
éditions successives de lOrdonnance seule, sont relativement
nombreuses ; mais elle a suscité de multiples commentaires
de la part de juristes consommés comme Charles du Moulin,
Jean du Tillet, Antoine Fontana, Gilles Imbert et Pierre Néron
qui lont examinée et paraphrasée... en latin.
Lun
des plus intéressants, selon les juristes, est le Paraphrasis
in constitutiones regias... par Gilles Bourdin (1515-1570), dont
la première édition date de 1539. Son ouvrage maintes
fois réédité ne fut traduit en français,
quen 1606.
Le
latin était resté dans les usages. Nous avons sous
les yeux, un exemplaire de lédition de 1573, comportant
ladresse de léditeur Galien du Pré,
rédigée en latin : Galeotum à Prato (1).
Cette
édition est la première donnée par le professeur
de droit, Louis de Ramberge, qui a ajouté un texte additionnel.
Parmi les pièces préliminaires figure un poème
dÉtienne Jodelle (1532-1573) sur la mort de Bourdin.
Jodelle fut lauteur du premier essai de tragédie
classique, triomphe du beau langage.
Par
Bertrand GALIMARD FLAVIGNY
(1)
Noté à la libraire Commelas à Barcelone,
600 euros.
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