France-Amérique

Abonnements

DOSSIER - FRANCOPHONIE 2004


- International
- Politique
- Economie
- Société
- Sports
- Culture
- Magazine
- Sciences
- Multimedia

- Dossiers
- Forum
 
 

- Guide USA
- Education
-
Gastronomie

- Tourisme
- Info Service

 

- Agenda
- Télévision
- Livres

 

- Le courrier français des Etats-Unis
- Circonscriptions consulaires

 

 

 

 

 

 Francophonie de tous les pays

 
ENTRETIEN Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie fait le point
Abdou Diouf :
« Nous nous battons contre une langue unique »

Abdou Diouf, président du Sénégal de 1981 à 2000, a été élu secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie le 20 octobre 2002, succédant à l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali.

LE FIGARO LITTÉRAIRE. En étendant son influence au-delà des pays proprement francophones, l’OIF ne veut-elle pas se transformer en organisation politique ?
Abdou DIOUF.
Le français est une langue universelle. Près de 200 millions d’hommes et de femmes le parlent dans le monde. Notre langue est, avec l’anglais, la seule langue enseignée dans tous les pays du monde. La langue française est langue officielle et langue de travail dans les organisations les plus importantes, et d’abord aux Nations unies.
Le nombre de ceux et celles qui la pratiquent est en augmentation sensible.

Les valeurs que défend l’Organisation internationale de la Francophonie sont aussi des valeurs universelles. Nous autres francophones, avons reçu en partage la philosophie des Lumières et les idéaux de la Révolution.

Il nous appartient de faire fructifier cet héritage, en l’enrichissant des valeurs issues des autres pays francophones. Si la communauté francophone s’est structurée et organisée, c’est à l’initiative de ces francophones du Sud que sont Senghor, Bourguiba, Diori et Sihanouk. Par leur engagement, ils ont donné aux francophones du Nord une belle leçon de solidarité et d’humanisme.

La question ne se pose donc pas en termes d’influence. Notre mission consiste d’abord à valoriser nos patrimoines. Ensuite à rassembler tous ceux qui partagent nos valeurs.

Quels sont aujourd’hui les principaux fronts de combat de la Francophonie ?
Nos priorités sont en quelque sorte liées aux défaillances de la mondia-lisation qui, malgré ses avantages, n’apporte pas de réponse satisfaisante à des questions qui nous semblent essentielles.

Nous sommes confrontés à un système international qui garantit mal la paix, la démocratie et les droits de l’homme, qui laisse trop à l’aban-don les systèmes éducatifs des pays du Sud, qui ne génère pas assez de solidarité vis-à-vis du monde en développement, et qui enfin comporte des risques énormes pour l’épanouissement de nos identités, de nos cultures et de nos langues.

Depuis la déclaration de Bamako, adoptée en novembre 2000 par les francophones, nous avons entrepris de renforcer nos moyens et nos interven-tions pour consolider les processus démocratiques, promouvoir les droits de l’homme, aider nos pays à sortir des crises. Nous sommes par exemple engagés aux Comores, en Côte d’Ivoire, en République Centrafricai-ne, en République démocratique du Congo ou en Haïti.

La Francophonie a son rôle à jouer dans ce domaine et elle doit le jouer en partenariat avec les grandes organisations internatio-nales et régionales.

Le chantier de l’éducation est bien sûr une priorité pour nous parce qu’il y va de l’avenir de notre jeunesse. Nous déployons beaucoup d’efforts pour aider nos pays les plus défavorisés à reconstruire des politiques éducatives plus performantes.

Il y a, en troisième lieu, cette nécessité de répondre à cet immense besoin de solidarité économique qui s’exprime dans le Sud. Sur les 56 États et gouvernements de l’espace franco-phone, il y a 29 pays africains, dont 24 comptent parmi les pays les moins avancés.

Enfin, parce que nous croyons au dialogue des cultures, nous nous battons avec d’autres pour préserver la diversité des identités, des langues et des cultures, favoriser le dévelop-pement des industries culturelles des pays dominés.

Quelles sont les actions pratiques que les défenseurs du français peuvent mener contre l’impérialisme de l’anglais ?
La francophonie n’est pas une machine de guerre contre l’anglais. Elle se bat plutôt contre une langue unique, une culture unique, une pensée unique. Au sein même de l’espace francophone, nous avons défini des rapports prioritaires avec les langues nationales, qui doivent pouvoir s’épanouir aux côtés de la langue française.

Pour que notre langue reste une grande langue de communication internationale, je vois trois priorités. D’abord, défendre la place du français au sein des organisations interna-tionales, et tout particulièrement au sein de l’Union européenne qui accueille dix nouveaux membres au 1er mai. C’est un défi qui mobilise fortement notre Organisation.

Ensuite, je pense que les francophones doivent être plus présents dans le domaine des médias, notamment l’audiovisuel, en sachant que TV5 fait déjà un travail remarquable. Enfin, nous devons faire vivre la science en français dans l’espace francophone, parce que nous savons que cette politique permet aux scientifiques et aux chercheurs du Sud de sortir de leur isolement, de résister à la marginalisation.

Quels objectifs à court et moyen terme l’OIF se fixe-t-elle ?
Il y a d’abord l’élargissement de l’Union européenne, dont je viens de vous parler. Il y a quelques semaines à peine, j’étais à Athènes pour défendre la place du français dans les prochains Jeux Olympiques, qui auront lieu au mois d’août.

Pour 2004, l’agenda est très chargé puisque c’est aussi l’année du 10e sommet de la francophonie, organisé à Ouagadougou, au Burkina- Faso, et qui portera sur la solidarité économique avec les pays du Sud et le développement durable. Pour la francophonie politique, la grande priorité est la mise en place définitive du dispositif d’alerte et de prévention prévu par la déclaration de Bamako, texte de référence pour la Francophonie.

Nous sommes convenus, avec Kofi Annan, d’organiser ensemble, à Dakar, un séminaire sur la prévention des crises et l’alerte précoce. D’autres partenaires, notamment des organisa-tions régionales, seront invités à y participer. A l’horizon 2005, la Francophonie se mobilise très forte-ment pour l’adoption par l’Unesco de la Convention internationale sur la diversité culturelle.

Propos recueillis par Jean-Louis VALIDIRE


 



 

 

IMPRIMER
Copyright (c) FA. 2000.

Pour en savoir plus : l'édition papier de France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi.
ABONNEZ VOUS