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En
plein cur dAchrafieh, le quartier chrétien
de Beyrouth, bastion de la francophonie, langlais ne cesse
de marquer des points. LABC, le premier grand centre commercial
de la capitale, a choisi la langue de Shakes-peare pour tous ses
panneaux de signalisation. « La société qui
les a créés est anglo-saxonne. De plus, nous visons
une large clientèle incluant les touristes en provenance
du Golfe », explique le directeur des lieux. Au Liban, le
français nest plus vendeur.
Les
publicités en anglais dominent le paysage urbain et colonisent
même la presse francophone. Pourtant,
à en croire les statistiques, la francophonie se porte
bien. Et les spécialistes voient rouge quand on les interroge
sur le recul du français au Pays du Cèdre.
«
Le Liban fournit davantage de bacheliers (bac général)
que la Corse, et il se classe juste après lacadémie
de Limoges », dit Jean-Claude Morlaes, conseiller adjoint
pour lenseignement de notre langue à lambassade
de France.
Sur
les 1 700 diplômés de lannée 2003, 550
sont issus des établissements conventionnés par
la France, 850 des établisse-ments homologués, cest-à-dire
ayant volontairement adhéré aux program-mes français,
et 300 proviennent détablissements purement libanais.
Car
si le réseau décoles suivant le cursus français
concerne 42 000 élèves et sil est le plus
important qui soit hors de France (devant le Maroc et lEspagne,
avec 20 000 élèves chacun), la francophonie scolaire
libanaise déborde largement ce cadre. Les deux tiers des
élèves libanais, toutes catégories détablissements
confondues, choisissent le français comme seconde langue
obligatoire.
«
Le trilinguisme est en forte progression au Liban, doù
limpression dun recul relatif du français,
mais la francophonie se porte très bien », explique
Jean-Claude Morlaes. En témoignent les ventes de livres
du groupe Hachette, pour lequel le Liban est, en importance, le
quatrième marché, après le Maroc, dont la
population est sept fois supérieure à celle du Liban.
« De plus, les livres déducation représentent
moins de la moitié des 450 222 exemplaires vendus en 2003,
contre une part denviron 70 % au Maroc », précise
Gwenaël Luherne, chez Hachette Livre International.
Ce
qui signifie quil existe un réel espace de vente
pour lédition francophone, en dépit de la
baisse du pouvoir dachat des Libanais due à la crise.
La dernière édition du Salon du livre francophone
a ainsi attiré 100 000 visiteurs et les élèves
de 360 écoles ont fait le déplacement.
En
fait, ici, le problème de la francophonie nest pas
quantitatif mais qualitatif. Dans une classe du secondaire du
mont Liban, à Hamma-na, des élèves dun
cours dispensé en français ont les plus grandes
difficultés à poser des questions dans la langue
de Molière.
Pour
dialoguer avec un conférencier de passage, ils griffonnent
sur un bout de papier la phrase quils souhaitent prononcer,
pour la soumettre au contrôle de leur professeur.
«
Il faut bien admettre que la place du français a évolué,
et nous devons nous adapter. Dans certains cas, il doit être
enseigné comme une langue étrangère, dans
dautres, comme une langue seconde », explique un chargé
de coopération.
Outre
ladaptation de la stratégie éducative, le
véritable défi porte sur la promotion dans lenvironnement
culturel des Libanais, car, en dehors des salles de classe, les
élèves, en grande majorité, nont pas
loccasion de pratiquer le français.
Pour
rentabiliser lénorme investissement que représentent
treize années denseignement scolaire de la langue,
les responsables de la coopération linguistique française
cherchent donc par tous les moyens à ancrer la francophonie
dans le paysage.
Le
Quai dOrsay a, par exemple, investi plus de 1 million deuros
afin déquiper Radio Liban partenaire de Radio France
Internationale de nouveaux studios, et lui assurer une couverture
sur tout le territoire. Leffort est à souligner.
Il portera ses fruits...
Par
Sibylle RIZK
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