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DOSSIER - FRANCOPHONIE 2004


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 Francophonie de tous les pays

 
LIBAN L’anglais en terrain conquis
Un goût de Cèdre

En plein cœur d’Achrafieh, le quartier chrétien de Beyrouth, bastion de la francophonie, l’anglais ne cesse de marquer des points. L’ABC, le premier grand centre commercial de la capitale, a choisi la langue de Shakes-peare pour tous ses panneaux de signalisation. « La société qui les a créés est anglo-saxonne. De plus, nous visons une large clientèle incluant les touristes en provenance du Golfe », explique le directeur des lieux. Au Liban, le français n’est plus vendeur.

Les publicités en anglais dominent le paysage urbain et colonisent même la presse francophone. Pourtant, à en croire les statistiques, la francophonie se porte bien. Et les spécialistes voient rouge quand on les interroge sur le recul du français au Pays du Cèdre.

« Le Liban fournit davantage de bacheliers (bac général) que la Corse, et il se classe juste après l’académie de Limoges », dit Jean-Claude Morlaes, conseiller adjoint pour l’enseignement de notre langue à l’ambassade de France.

Sur les 1 700 diplômés de l’année 2003, 550 sont issus des établissements conventionnés par la France, 850 des établisse-ments homologués, c’est-à-dire ayant volontairement adhéré aux program-mes français, et 300 proviennent d’établissements purement libanais.

Car si le réseau d’écoles suivant le cursus français concerne 42 000 élèves et s’il est le plus important qui soit hors de France (devant le Maroc et l’Espagne, avec 20 000 élèves chacun), la francophonie scolaire libanaise déborde largement ce cadre. Les deux tiers des élèves libanais, toutes catégories d’établissements confondues, choisissent le français comme seconde langue obligatoire.

« Le trilinguisme est en forte progression au Liban, d’où l’impression d’un recul relatif du français, mais la francophonie se porte très bien », explique Jean-Claude Morlaes. En témoignent les ventes de livres du groupe Hachette, pour lequel le Liban est, en importance, le quatrième marché, après le Maroc, dont la population est sept fois supérieure à celle du Liban.

« De plus, les livres d’éducation représentent moins de la moitié des 450 222 exemplaires vendus en 2003, contre une part d’environ 70 % au Maroc », précise Gwenaël Luherne, chez Hachette Livre International.

Ce qui signifie qu’il existe un réel espace de vente pour l’édition francophone, en dépit de la baisse du pouvoir d’achat des Libanais due à la crise. La dernière édition du Salon du livre francophone a ainsi attiré 100 000 visiteurs et les élèves de 360 écoles ont fait le déplacement.

En fait, ici, le problème de la francophonie n’est pas quantitatif mais qualitatif. Dans une classe du secondaire du mont Liban, à Hamma-na, des élèves d’un cours dispensé en français ont les plus grandes difficultés à poser des questions dans la langue de Molière.

Pour dialoguer avec un conférencier de passage, ils griffonnent sur un bout de papier la phrase qu’ils souhaitent prononcer, pour la soumettre au contrôle de leur professeur.

« Il faut bien admettre que la place du français a évolué, et nous devons nous adapter. Dans certains cas, il doit être enseigné comme une langue étrangère, dans d’autres, comme une langue seconde », explique un chargé de coopération.

Outre l’adaptation de la stratégie éducative, le véritable défi porte sur la promotion dans l’environnement culturel des Libanais, car, en dehors des salles de classe, les élèves, en grande majorité, n’ont pas l’occasion de pratiquer le français.

Pour rentabiliser l’énorme investissement que représentent treize années d’enseignement scolaire de la langue, les responsables de la coopération linguistique française cherchent donc par tous les moyens à ancrer la francophonie dans le paysage.

Le Quai d’Orsay a, par exemple, investi plus de 1 million d’euros afin d’équiper Radio Liban partenaire de Radio France Internationale de nouveaux studios, et lui assurer une couverture sur tout le territoire. L’effort est à souligner. Il portera ses fruits...

Par Sibylle RIZK
 



 

 

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