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Le
lycée Istiqlal, dont les bâtiments dun modernisme
vieillot, inaugurés au printemps 1968 par Georges Pompidou,
se dressent à lombre des pins, dans le centre de
Kaboul, est le vestige dun Afghanistan disparu. Tentant
aujourdhui péniblement de renaître, après
avoir été la victime successive des communistes,
de la guerre civile entre les moudjahidins, puis des Savonarole
du régime des talibans, le lycée français
de Kaboul est le symbole dune étrange rencontre culturelle
entre la France triomphante des années 20, et un royaume
reculé dAsie centrale.
Se
méfiant de la Grande-Bretagne et de la Russie, les deux
puissances qui se disputent depuis un siècle le contrôle
de son pays, le roi réformateur Amanullah se tourne à
lépoque vers Paris.
Aussi
envoie-t-il quarante fils de laristocratie et de la noblesse
faire leurs études au lycée Janson de Sailly. Parmi
eux, le futur et dernier roi, Zaher Chah. Cela pour doter le pays
dune élite moderne.
A
Kaboul, le lycée « Amaniya » simpose,
dès son ouverture, comme le plus prestigieux établissement
du pays. Toute la noblesse et la bourgeoisie y font leurs études.
Le
français devient la langue des élites en Afghanistan.
Rebaptisé « Istiqlal », qui signifie indépendance,
le lycée compte parmi ses élèves le futur
Ahmed Shah Massoud, avant de péricliter sous le sinistre
régime communiste, doù la plupart des cadres
sont pourtant issus.
Les
professeurs français du lycée sont alors chassés,
avec, pour lenseignement de notre langue, les conséquences
que lon devine.
La
guerre civile entre les factions de moudjahidins qui dévaste
Kaboul entre 1992 et 1996, met à mal les bâtiments,
avant que lobscurantisme des talibans ne transforme Istiqlal
en une « madrassa ».
Réouvert
en 2002, grâce à un financement français,
Istiqlal peine pourtant à retrouver son rôle de phare.
A
Kaboul, les francophones sont désormais de vieux messieurs,
et qui ne transmettent plus leur verbe châtié et
la syntaxe impeccable appris à Istiqlal, dont ils conservent
un souvenir nostalgique et des fragments de fables de la Fontaine...
Par
Adrien JAULNES
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