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DOSSIER - LES HAITIENS D'AMERIQUE


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La communauté haïtienne
aux Etats-Unis

Reportage - A la rencontre des Haïtiens de Brooklyn,
où résident 305 000 d’entre eux
Le mal du pays

A New York, où vivent plus de 455 000 Haïtiens, l’essentiel de la communauté réside à Brooklyn, principalement dans les quartiers de Cambria Heights (Jamaica, Queens) et de Flatbush Avenue (Brooklyn). France-Amérique est parti à leur rencontre.

C’est l’un des quartiers de Brooklyn où vivent le plus grand nombre d’Haïtiens. Au total, le borough compte la plus importante communauté haïtienne du pays avec 305 000 personnes. Du coup, les enseignes ont souvent des consonances françaises.

A la « Clavicule du Roi », un magasin d’objets religieux sur Church Avenue, une vieille affiche de Jean-Jacques Dessaline, héros de l’indépendance haïtienne, trône sur le seuil de la porte. L’odeur de l’encens embaume la pièce.

Bougies, bibelots, crucifix, gros sel… on trouve de tout ici pour la pratique du culte. L’un des employés, un homme d’une soixantaine d’années, répond en français au téléphone. Animateur-organisateur en Haïti, il a quitté son pays il y a 14 ans. « Car la situation économique n’était pas bonne, explique-t-il, peu loquace. Ce sont les circonstances qui vous amènent là ».

Le français, il aime le parler. « J’ai fait la section A au bac, dit-il, j’ai appris le latin, le grec… ». Et aujourd’hui encore, il achète des livres en français à la librairie de France, au Rockefeller Center.

A quelques mètres en face, une autre enseigne religieuse, « Philomène », tenue par des Haïtiens, qui atteste de l’importance de la foi dans cette communauté.

A l’image de nombreux jeunes haïtiens qui ont renoncé à étudier le droit ou la médecine comme les « anciens », Jean-Valery Fortune, 26 ans, résident de ce quartier, prépare un certificat de programmateur informatique et travaille comme agent de sécurité pour une entreprise de Wall Street. « Ici, c’est vraiment facile de devenir quelqu’un », dit-il pour expliquer son arrivée aux Etats-Unis il y a quatre ans.

Titulaire d’une green card, « très heureux ici », il ne sait pas pour combien de temps il est là. « ça, c’est le destin », dit-il. Son père et ses frères et sœurs sont toujours au pays. Quand Jean-Valéry passe de l’anglais au français, il ponctue ses phrases de « whatever ».

Celui qui manie le mieux selon lui la langue française, c’est sans hésitation… Jacques Chirac, qu’il regarde parfois sur TV5. « J’aimerais parler français comme lui », lance-t-il en souriant, lui qui aime lire de temps en temps dans la langue de Molière, le journal Haïti Progrès, ou les romans de l’écrivain haïtien francophone Frank Etienne.

Sur la 34e rue, à deux pas de Church Avenue, se trouve Radio Lakay, qui émet sur l’Internet en créole et français. Parmi les chanteurs les plus populaires sur ses ondes, outre le zouk et la musique haïtienne : Mireille Mathieu, Frédéric François, Michel Sardou ou encore Charles Aznavour.

Le nom du journaliste Jean Dominique, l’un des plus célèbres en Haïti, assassiné dans des circonstances troubles au printemps 2000 — et dont Israël Camille, directeur technique, et Odatte Ronel, directeur de l’information, étaient proches — vient très vite dans la conversation.

Pour expliquer le malaise qui règne au pays et l’absence de liberté de la presse. « Il y a une crise politique depuis deux ans, un déficit de la balance commerciale, pas de budget depuis près de quatre ans, le pays est au bord de l’abîme ».

« Les dernières élections étaient frauduleuses, poursuit Odatte dépité. L’OEA [Organisation des Etats africains], qui avait un rôle d’observateur, a dénoncé les irrégularités. Mais le gouvernement n’a pas voulu faire marche arrière. Du coup, le pays est livré à lui-même ».

Les deux jeunes gens ne dressent pas pour autant un tableau idyllique de leur situation aux Etats-Unis. Avec la menace terroriste constante, « on ne se sent pas non plus en sécurité ici », assènent les deux jeunes hommes. « A New York, la vie c’est un combat, ajoute Israël, qui espère bientôt retourner en Haïti.

Et le système capitaliste ne profite pas aux plus pauvres ». « Je vais essayer de rentrer dans le système dans lequel nous vivons ici, poursuit-il, d’apprendre aussi, mais je ne vais pas m’éterniser. Je ne suis pas à l’aise ici ».

Comme pour signifier qu’une mission plus noble attend les deux hommes au pays. « C’est à nous, la classe intellectuelle, confirme Odatte, de changer la situation des Haïtiens ».

Par Keren LENTSCHNER

 






 



 

 

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