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DOSSIER - LES HAITIENS D'AMERIQUE |
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Repères - Au cœur des
Caraïbes, un pays démuni en proie à des troubles politiques tenaces |
Le destin d’Haïti |
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Haïti est un Etat des Caraïbes situé dans la partie occidentale de l'île d'Haïti et limité à l'Est par la République Dominicaine. Cette île, située à l'Est de Cuba et à 190 kilomètres au nord-est de la Jamaïque, bercée par les vagues de l'Océan Atlantique et de la Mer des Antilles constitue le plus ancien Etat indépendant du continent américain après les Etats-Unis, et la première République noire. Découverte le 6 décembre 1492 par Christophe Colomb, l'île fut tout d'abord nommée « Hispaniola » ou « la petite Espagne ». Plus tard, au cours du XVIIe siècle, les colons espagnols laissèrent les Français occuper la partie occidentale de la région qui fut rapidement reconnue comme la « perle des Antilles françaises ». Présenté à la veille de la Révolution française comme la colonie la plus riche de cette région du monde, le territoire haïtien était habité par des dizaines de milliers d'esclaves africains importés par les Français pour cultiver les prospères plantations de cannes à sucre, de coton et de café qui fondaient sa puissance économique et commerciale. Avec le vent révolutionnaire venu de France, les révoltes d'esclaves et autres insurrections embrasèrent l'île et menèrent à l'abolition de l'esclavage que Napoléon s'empressa de rétablir dès 1802. L'insurrection haïtienne, soutenue militairement par les Etats-Unis, et initiée par Toussaint Louverture, régisseur noir devenu adjoint du gouverneur français de Saint-Domingue se poursuivit et remporta une victoire décisive sur le corps expéditionnaire français ; victoire qui aboutit le 1er janvier 1804 à la proclamation de l'indépendance de la partie occidentale de l'île à laquelle fut rendu son nom indien, Haïti. La première République noire, marquée par de multiples et violentes luttes politiques était née dans la souffrance et fut longtemps le théâtre d'une instabilité politique permanente : tantôt abolie au profit d'une royauté puis d'un empire, la République fut démantelée sous le poids d'une longue et violente guerre civile. Avec le découpage en deux entités distinctes, République dominicaine et République haïtienne, le projet d'un grand Etat haïtien unifié tomba définitivement en 1844. C’est l’année où, après de nombreuses insurrections et la mise en place de pouvoirs despotiques successifs qui accentuèrent la pauvreté, les Etats-Unis lancèrent une intervention militaire en Haïti, s'emparant de Port au Prince, réprimant le mouvement insurrectionnel et instaurant un protectorat de fait qu'ils étendirent un an plus tard à la République de Saint-Domingue. Les
dirigeants américains imposèrent avec force leur domination au travers
d'un emprunt d'Etat qui se révéla aussi profitable pour les Etats-Unis
qu'il fut ruineux pour l'île d'Haiti. L'influence américaine persista
longtemps après le départ des dernières troupes en 1934.
Multipliant les meurtres politiques, persécutant les métis au nom de la
négritude, Duvalier fut l'initiateur d'une dictature poursuivie plus
tard par son fils qui consacra l'effondrement économique du pays et par
là-même l'exil massif de la population haïtienne vers les Etats-Unis.
La nouvelle constitution de mars 1987 instaurant une démocratie parlementaire fut ratifiée par un très grand nombre d'électeurs. En 1990, au lendemain d'un nouveau putsch, les Etats-Unis décidèrent un blocus économique de l'île ravagée par la misère, par un analphabétisme record avoisinant les 60%, par une croissance démographique galopante, par un exode rural — la population haïtienne étant à plus de 69% issue du monde rural — et un exil massifs; Port au Prince regroupe, à l'heure actuelle, 2,4 millions de personnes vivant pour la plupart dans les nombreux bidonvilles qui s'étalent au sein de la capitale. Haïti, marqué par une histoire chaotique, porte les séquelles d'un passé politique douloureux qui entretient une misère tenace : en 2002, l'Etat haïtien apparaît comme le pays le plus pauvre d'Occident avec 80% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté et une mortalité infantile des plus élevées. La malnutrition est aujourd'hui encore le lot quotidien des Haïtiens dont l'espérance de vie moyenne est aujourd'hui estimée à 54 ans. La faiblesse du pouvoir d'achat, la déficience de l'alimentation, de l'encadrement médical et scolaire constituent donc un lourd handicap pour ce pays dont l'éducation politique reste à construire, malgré les changements politiques et constitutionnels engagés. En outre, le retour à la présidence de Jean-Bertrand Aristide en février 2001 n'a pas permis une réelle avancée de la démocratie et des libertés tant espérées par les Haïtiens, laissant le pays en panne de développement. Par
Audrey EPECHE
Pour en savoir plus : l'édition papier de
France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi. |