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DOSSIER - LES HAITIENS D'AMERIQUE |
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Entretien -
L’ambassadeur d’Haïti à l’ONU, Jean Alexandre, évoque la difficulté
d’adaptation à la vie américaine |
« En matière d’immigration,
il existe une réelle discrimination à l’égard des Haïtiens » |
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Représentant de Haïti aux Nations unies depuis mars 2002, l’ambassadeur Jean Alexandre répond aux questions de France-Amérique.
FRANCE-AMéRIQUE : Quels sont les liens d’Haïti avec la langue française
? Ainsi, une importante délégation haïtienne, composée notamment du ministre de l’Education et de l’ambassadeur auprès de l’UNESCO, a participé au sommet de Beyrouth. A New York, nous entretenons de très bonnes relations aussi bien avec l’ambassadeur de France que celui de l’Organisation de la francophonie aux Nations unies. Face à la régression du français à l’ONU ces derniers temps, nous nous sommes entretenus avec le secrétaire général pour relancer son usage et diminuer celui de l’anglais dans les travaux. Enfin, au
sommet sur le développement durable à Johannesburg, la réunion de la
francophonie a permis la mise en place de programmes d’aide à
l’éducation et de préservation de la langue française. Néanmoins, la
priorité du gouvernement, en dehors de l’éducation, réside dans
l’alphabétisation de la population. Haïti compte 60% d’analphabètes
contre 85% en 1986. L’objectif est de réduire ce taux de 10 à 20% d’ici
2004, qui sera l’année du bicentenaire de notre indépendance. Ce sont
des programmes basés sur l’enseignement du créole, plus facile que le
français. D’autant que dans les milieux ruraux, le créole est la langue
parlée, mais ni lue ni écrite. On sent justement un ressentiment des Haïtiens à l’égard des Américains, et de l’administration Bush en particulier, au sujet des boat people… Cela date des années 1980. A l’époque, les Américains intégrèrent sans problème les Cubains en Floride. De même les Mexicains qui traversaient la frontière pour entrer aux Etats-Unis. Ce ne fut pas le cas des Haïtiens qui furent souvent refoulés ou incarcérés, et à qui on accorda le droit d’asile avec difficulté. On a ainsi assisté à des internements de réfugiés haïtiens à Guantanamo, comme je le disais précédemment. Il y a
une réelle discrimination dans le traitement des Haïtiens par rapport à
celui des Cubains notamment, acceptés d’emblée et intégrés dans la
société américaine. C’est une politique de « deux poids, deux mesures »,
qui a peut-être un fondement raciste… C’est à
la suite d’une dispute électorale lors du scrutin de mai 2001 [ndlr :
cette période fut marquée par des arrestations d’opposants politiques et
par une fraude électorale] que ce moratorium a été décidé pour tenter
d’imposer au gouvernement une solution politique. Or pendant ce temps,
les déshérités souffrent... Ce n’est que grâce à l’aide de la diaspora —
principalement des Etats-Unis, du Canada et d’Europe — qu’ils survivent.
On parle de 400 à 500 millions de dollars envoyés chaque année au pays
pour aider familles et amis.
Propos recueillis par Keren LENTSCHNER
Pour en savoir plus : l'édition papier de
France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi. |