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DOSSIER - LE 60e ANNIVERSAIRE DU DEBARQUEMENT


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 La France se souvient

 
60e ANNIVERSAIRE DU DEBARQUEMENT La Légion d’honneur à 100
« vétérans » américains
Réaffirmer la gratitude
du peuple français

La France va exprimer sa gratitude envers l’Amérique en permettant à cent « vétérans » ayant participé à la libération de son territoire de faire le voyage outre-Atantique, une dernière fois sans doute pour nombre d’entre eux, afin d’y recevoir la Légion d’honneur.

Après une réception le 3 juin à l’ambassade de France à Washington précédant leur transport par un vol Air France spécialement affrété, 99 d’entre eux doivent être décorés le 5 juin aux Invalides par le ministre de la Défense, Mme Michèle Alliot-Marie. Le centième, M. Charles Hostler, a été choisi pour recevoir sa décoration des mains du président de la République Jacques Chirac lors des cérémonies officielles du 6 juin à Arromanches.

France-Amérique a demandé à l’ambassadeur de France Jean-David Lévitte de commenter ce geste.


FRANCE-AMÉRIQUE : Monsieur l'Ambassadeur, quelle signification la France a-t-elle voulu donner au voyage en Normandie et à la décoration exceptionnelle de cent « vétérans » américains de la Seconde Guerre mondiale ?
Jean-David LÉVITTE : Pour le président de la République, pour les autorités françaises mais aussi pour tout le peuple français, la commémoration du 60e anniversaire du Débarquement sera un grand moment d'émotion, une occasion solennelle pour réaffirmer la gratitude du peuple français pour le sacrifice de tant de soldats américains qui ont donné leur vie pour libérer la France et l'Europe.

La commémoration du 6 juin prendra d'ailleurs cette année une dimension particulière, puisque c'est peut-être une des dernières occasions de rendre hommage aux vétérans américains de leur vivant. C'est dans cet esprit que le président de la République a décidé d'accorder la Légion d'Honneur à 100 vétérans américains, un geste exceptionnel pour saluer le courage exceptionnel de ces hommes.

Le choix a dû être difficile. Quels critères avez-vous retenus et comment avez-vous procédé ?
Le choix n'était en effet pas facile : 100 décorés, c'est à la fois beaucoup (il n'y a à l'heure actuelle qu'un demi-millier d'Américains qui ont la Légion d'Honneur et 100 de plus, c'est une augmentation considérable) et peu, si l'on pense au nombre de vétérans que comptent les États-Unis.

Nous avons donc demandé au département des Vétérans, dont le secrétaire, Mr. Principi, a été associé à notre initiative dès l'origine, de nous aider en pré-sélectionnant les cent candidats que nous allions proposer au président de la République. L'aide du département des Vétérans a été très précieuse et nous sommes très vite tombés d'accord sur une liste. Les sujets d'entente sont plus fréquents qu'on ne le dit entre la France et les États-Unis !

Un an après le coup de froid consécutif à l'affaire irakienne dans les relations franco-américaines, vous avez, peut-être pour la première fois depuis votre prise de fonctions à Washington, un rôle fort sympathique à jouer : la gestion du rapprochement. Quel regard portez-vous sur l'évolution de la situation à laquelle vous avez fait face ?
Si vous ne m'en voulez pas, je me permettrai de vous contredire : il est très plaisant d'être ambassadeur à Washington, et tout d'abord grâce à la très grande courtoisie de tous mes interlocuteurs. Même lorsque nous avons été en désaccord, et vous avez mentionné les divergences que nous avons eues sur la nécessité — ou l'absence de nécessité— de recourir à une intervention militaire en Irak, cette courtoisie n'a pas fait défaut. Je n'en dirait pas autant de certains media, qui ont cru devoir participer à un « French bashing » qui ne les honorait guère, mais je n'ai jamais été en butte à une quelconque animosité dans mes fonctions.

Bien plus, pour reprendre votre expression, j'ai eu bien souvent « un rôle sympathique » à jouer : par exemple en aidant à la mise en place et au bon déroulement du « Festival de France », initié par le Kennedy Center, et qui a permis pendant trois mois aux habitants de Washington de savourer les aspects les plus divers de la culture française. En soutenant les efforts de grandes organisations non gouvernementales américaines, CARE et d'autres, avec lesquelles le dialogue est passion-nant et les projets communs nombreux.

En contribuant au lancement de coopérations prometteuses avec les grandes universités. Mais aussi en poursuivant un dialogue politique étroit avec les autorités américaines sur de nombreux sujets d'importance majeure, que ce soit la lutte contre le terrorisme, dans laquelle la France est reconnue comme le meilleur allié des États-Unis, la stabilisation de l'Afghanistan ou d'Haïti...
L'arbre du désaccord sur l'Iraq ne doit pas cacher la forêt de nos actions communes dans tant de secteurs cruciaux.

Vous n'avez-pas ménagé vos efforts pour expliquer la position de la France auprès de nos amis américains. Ils ont incontestablement porté leurs fruits. Que pensez-vous de l'image de la France aujourd'hui aux Etats-Unis ? L'amertume de l'an dernier a-t-elle tout à fait disparu ?
J'ai l'habitude de dire que l'an dernier, nous sommes passés par une sorte de tempête diplomatique et que, depuis, le temps s'est éclairci. L'image de la France s'est redressée aux États-Unis, même si elle n'a pas encore retrouvé tout à fait le niveau où elle était avant la crise iraqienne.

De plus en plus d'Américains comprennent aujourd'hui que, lorsque la France était réticente face à une intervention militaire en Irak, elle ne s'exprimait pas par hostilité envers les États-Unis mais plutôt par sens du devoir, celui qui consiste à avertir un ami qu'il risque de se lancer dans une aventure plus périlleuse qu'il ne semble le croire.

Qu'attendez-vous des rendez-vous successifs que vont avoir
les présidents Bush et Chirac au cours des prochains jours (60e anniversaire du Débarquement, G8, sommet Europe-États-Unis,
etc.) ?

Le mois de juin sera en effet celui de nombreux rendez-vous internatio-naux : ce sera pour nos chefs d'État l'occasion de dialoguer étroitement sur les sujets les plus importants : avenir de l'Irak, de l'Afghanistan, aide au développement, lutte contre le Sida, lutte contre la prolifération, évolution au Moyen-Orient, conflit israélo-palestinien...

La liste est longue et les rencontres entre diri-geants d'autant plus nécessaires. Si cette série de rendez-vous augure d'un vrai regain de confiance dans le multilatéralisme, on ne peut que s'en réjouir, car tous les exemples que j'ai cités sont des sujets sérieux qui méritent l'attention et les efforts de toute la communauté internationale.

Propos recueillis par Jean-Louis TURLIN

 



 



 

 

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