| «Il a toujours été clair dans
mon esprit que les Français de New York ne pouvaient pas laisser passer le centième
anniversaire de la naissance de Saint-Exupéry sans manifester leur attachement à sa
mémoire », a déclaré le consul général de France à New York, Richard Duqué. Cest désormais chose faite : sur la façade du 3 East 52nd Street, à
lenseigne du restaurant La Grenouille, figure depuis le 21 octobre, la trace du
séjour dAntoine de Saint-Exupéry à New York.
Ainsi en a décidé la section américaine du Souvenir
Français, en cette année du centenaire de la naissance de lauteur du Petit Prince.
Pourquoi à cet endroit plutôt quà un autre, le 240 Central Park South, où il
sé-journa par exemple ?
La réponse vient indirectement de Stacy Chiff, lune de
ses deux biographes qui font autorité : « Cet endroit est capital dans la vie de
Saint-Exupéry parce quil fut son refuge, le seul endroit où il pouvait être
lui-même au milieu de ses amis.
Cest dans cette pièce quil a dessiné sur une
table, pour la première fois, le Petit Prince. »
A létage surplombant le restaurant vivait en effet
Bernard Lamot-te, ami peintre de Saint-Exupéry, chez qui il passa sans doute les moments
les plus insouciants de sa vie dexilé.
Et cest juste au-dessous de lune des baies
vitrées qui éclairaient latelier de lartiste qua été apposée la
plaque en hommage à lauteur du Petit Prince, en présence de nombreux
représentants de la communauté française, parmi lesquels Richard Duqué, Christian
Bickert, le président de la section américaine du Souvenir Français, Françoise Cestac,
sa vice-présidente, Frédéric dAgay, arrière-petit neveu de lécrivain,
Ho-ward Sherry, le porte-drapeau de Remembering Saint-Exupéry, et Robert Boname, qui fut
lun des proches de lécrivain pendant son séjour à New York.
« Ce matin (...) nous rendons hommage à la mémoire
dun héros légendaire, le jeune pilote qui, avec Guillaumet, Mermoz et
dautres, sest illustré dans lune des épopées les plus extraordinaires
de laviation, la fameuse ligne de lAéropostale, a déclaré Richard Duqué.
Nous rendons hommage au patriote (...).
Nous rendons hommage à lécrivain dont les uvres
connurent un succès immense, y compris ici, aux Etats-Unis.
La popularité de luver de Saint-Exupéry ne
sest ja-mais démentie. Elle tient, je crois au message quelle nous transmet,
un message dhumanisme, de tolérance et de fraternité, complètement à
lopposé des idéologies totalitaires qui ont ensanglanté le XXe siècle. (...)
Tant que les hommes liront le Petit Prince, il y
aura une belle place pour les choses du cur et de lâme. »
Commentant la cérémonie, Frédéric dAgay, dont la
grand-mère était la sur de lécrivain, lui-même président de la Société
civile pour luvre et la mémoire dAntoine de Saint-Exupéry, disait
aussi son émotion : « Depuis plusieurs années, je souhaitais organiser quel-que chose
avec La Grenouille, mais loccasion ne sen était pas présentée, avoue-t-il.
La première fois que jai découvert cet endroit, et
que jai découvert que cet atelier avait été conservé intact, jai été
très ému.
Son séjour dans ce pays correspond en effet à la période
la plus créative de sa vie ».
Dans la mémoire familiale, les Etats-Unis occupent une place
privilégiée : « A lépoque, il était plus connu ici quen France, on lui a
attribué en 1939 le National Book Award pour Terre des hommes, Le Petit Prince a été
vendu à un million dexemplaires ici dès sa parution, rappelle-t-il.
Cest logique : lAmérique de lépoque
adhérait totalement à sa philosophie humaniste, du lien entre les hommes. Jai
gardé des centaines de lettres de lecteurs américains et jai moi-même grandi sur
les genoux des généraux américains de la Seconde Guerre mondiale.
Ses deux meilleurs biographes sont dailleurs des
Américains. Mais aujourdhui, hormis les élites intellectuelles, plus personne ne
se souvient du nom de Saint-Exupéry.
Si vous dites Le Petit Prince, les gens savent de
quoi on parle. Mais Saint-Exupéry, ce nest pas que Le Petit Prince.
Il y a tout un travail de fond à faire. »Le projet de
Fondation élaboré par les descendants de lécrivain a pour objet de lutter contre
cet oubli.
Actuellement, ils semploient à racheter la maison
denfance de Saint-Exupéry à Saint-Maurice de Rémens, près de Lyon, où ils
comptent aménager un musée et un centre de recherches.
La Fondation se donne également pour but dorganiser
des manifestations culturelles partout dans le monde en hommage à Saint-Exupéry de
soutenir des associations Exupériennes dans le monde, de soutenir des actions de
réinsertion et dintégration sociale et de développer des supports (site web,
CD...) permettant de mieux faire connaître la vie et luvre de Saint-Exupéry.
Son antenne aux Etats-Unis a déjà un président, Guy
Wildenstein, délégué des Français de létranger.
En attendant, sa mémoire reste bien vivante dans ce 3 East
52nd Street, où lon chérit le souvenir dune époque révolue, celle où les
exilés français de la Seconde Guerre mondiale se croisaient dans latelier de
Bernard Lamotte, autour dune bouteille de birrh et de camembert, tentant
doublier le conflit en cours par des fêtes qui nen finissaient pas.
« La première fois que je suis entrée dans cette pièce,
raconte Gisèle Masson, propriétaire de La Grenouille, jai ressenti une émotion
incroyable.
Quelque chose se dégageait des murs, une présence.
Jai acheté cet immeuble à cau-se de cette pièce.
Un jour, Bernard Lamotte est venu déjeuner chez nous. Il
nous a raconté son histoire et on lui a proposé de revoir son atelier que nous avions
conservé intact.
Mon mari et lui se sont liés dune amitié très
profonde. Il re-présentait une autre époque : tous ses amis apportaient quelque chose du
passé, quelque chose de très beau, de très humain. »
Laurence OIKNINE |