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Le courrier français des Etats-Unis

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Le séjour de Saint-Exupéry à New York : 1941 - 1943
La « présence » de Saint-Exupéry officialisée
«Il a toujours été clair dans mon esprit que les Français de New York ne pouvaient pas laisser passer le centième anniversaire de la naissance de Saint-Exupéry sans manifester leur attachement à sa mémoire », a déclaré le consul général de France à New York, Richard Duqué.

C’est désormais chose faite : sur la façade du 3 East 52nd Street, à l’enseigne du restaurant La Grenouille, figure depuis le 21 octobre, la trace du séjour d’Antoine de Saint-Exupéry à New York.

Ainsi en a décidé la section américaine du Souvenir Français, en cette année du centenaire de la naissance de l’auteur du Petit Prince. Pourquoi à cet endroit plutôt qu’à un autre, le 240 Central Park South, où il sé-journa par exemple ?

La réponse vient indirectement de Stacy Chiff, l’une de ses deux biographes qui font autorité : « Cet endroit est capital dans la vie de Saint-Exupéry parce qu’il fut son refuge, le seul endroit où il pouvait être lui-même au milieu de ses amis.

C’est dans cette pièce qu’il a dessiné sur une table, pour la première fois, le Petit Prince. »

A l’étage surplombant le restaurant vivait en effet Bernard Lamot-te, ami peintre de Saint-Exupéry, chez qui il passa sans doute les moments les plus insouciants de sa vie d’exilé.

Et c’est juste au-dessous de l’une des baies vitrées qui éclairaient l’atelier de l’artiste qu’a été apposée la plaque en hommage à l’auteur du Petit Prince, en présence de nombreux représentants de la communauté française, parmi lesquels Richard Duqué, Christian Bickert, le président de la section américaine du Souvenir Français, Françoise Cestac, sa vice-présidente, Frédéric d’Agay, arrière-petit neveu de l’écrivain, Ho-ward Sherry, le porte-drapeau de Remembering Saint-Exupéry, et Robert Boname, qui fut l’un des proches de l’écrivain pendant son séjour à New York.

« Ce matin (...) nous rendons hommage à la mémoire d’un héros légendaire, le jeune pilote qui, avec Guillaumet, Mermoz et d’autres, s’est illustré dans l’une des épopées les plus extraordinaires de l’aviation, la fameuse ligne de l’Aéropostale, a déclaré Richard Duqué. Nous rendons hommage au patriote (...).

Nous rendons hommage à l’écrivain dont les œuvres connurent un succès immense, y compris ici, aux Etats-Unis.

La popularité de l’œuver de Saint-Exupéry ne s’est ja-mais démentie. Elle tient, je crois au message qu’elle nous transmet, un message d’humanisme, de tolérance et de fraternité, complètement à l’opposé des idéologies totalitaires qui ont ensanglanté le XXe siècle. (...)

Tant que les hommes liront le Petit Prince, il y aura une belle place pour les choses du cœur et de l’âme. »

Commentant la cérémonie, Frédéric d’Agay, dont la grand-mère était la sœur de l’écrivain, lui-même président de la Société civile pour l’œuvre et la mémoire d’Antoine de Saint-Exupéry, disait aussi son émotion : « Depuis plusieurs années, je souhaitais organiser quel-que chose avec La Grenouille, mais l’occasion ne s’en était pas présentée, avoue-t-il.

La première fois que j’ai découvert cet endroit, et que j’ai découvert que cet atelier avait été conservé intact, j’ai été très ému.

Son séjour dans ce pays correspond en effet à la période la plus créative de sa vie ».

Dans la mémoire familiale, les Etats-Unis occupent une place privilégiée : « A l’époque, il était plus connu ici qu’en France, on lui a attribué en 1939 le National Book Award pour Terre des hommes, Le Petit Prince a été vendu à un million d’exemplaires ici dès sa parution, rappelle-t-il.

C’est logique : l’Amérique de l’époque adhérait totalement à sa philosophie humaniste, du lien entre les hommes. J’ai gardé des centaines de lettres de lecteurs américains et j’ai moi-même grandi sur les genoux des généraux américains de la Seconde Guerre mondiale.

Ses deux meilleurs biographes sont d’ailleurs des Américains. Mais aujourd’hui, hormis les élites intellectuelles, plus personne ne se souvient du nom de Saint-Exupéry.

Si vous dites Le Petit Prince, les gens savent de quoi on parle. Mais Saint-Exupéry, ce n’est pas que Le Petit Prince.

Il y a tout un travail de fond à faire. »Le projet de Fondation élaboré par les descendants de l’écrivain a pour objet de lutter contre cet oubli.

Actuellement, ils s’emploient à racheter la maison d’enfance de Saint-Exupéry à Saint-Maurice de Rémens, près de Lyon, où ils comptent aménager un musée et un centre de recherches.

La Fondation se donne également pour but d’organiser des manifestations culturelles partout dans le monde en hommage à Saint-Exupéry de soutenir des associations Exupériennes dans le monde, de soutenir des actions de réinsertion et d’intégration sociale et de développer des supports (site web, CD...) permettant de mieux faire connaître la vie et l’œuvre de Saint-Exupéry.

Son antenne aux Etats-Unis a déjà un président, Guy Wildenstein, délégué des Français de l’étranger.

En attendant, sa mémoire reste bien vivante dans ce 3 East 52nd Street, où l’on chérit le souvenir d’une époque révolue, celle où les exilés français de la Seconde Guerre mondiale se croisaient dans l’atelier de Bernard Lamotte, autour d’une bouteille de birrh et de camembert, tentant d’oublier le conflit en cours par des fêtes qui n’en finissaient pas.

« La première fois que je suis entrée dans cette pièce, raconte Gisèle Masson, propriétaire de La Grenouille, j’ai ressenti une émotion incroyable.

Quelque chose se dégageait des murs, une présence. J’ai acheté cet immeuble à cau-se de cette pièce.

Un jour, Bernard Lamotte est venu déjeuner chez nous. Il nous a raconté son histoire et on lui a proposé de revoir son atelier que nous avions conservé intact.

Mon mari et lui se sont liés d’une amitié très profonde. Il re-présentait une autre époque : tous ses amis apportaient quelque chose du passé, quelque chose de très beau, de très humain. »

Laurence OIKNINE

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