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DOSSIER - 11 SEPTEMBRE : UN AN APRES |
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L'actualite
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Cinéma - Travelling
arrière sur ces « films catastrophes » parfois étonnamment prémonitoires |
Le terrorisme anticipé par
Hollywood ? |
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Les terribles événements qui se sont déroulés, à partir du 11 septembre 2001, en direct sur tous les écrans de télévision des Etats-Unis, avaient déjà connu quelques décennies auparavant leurs « avant-premières » — sneak previews — dans les cinémas ou vidéoclubs du monde entier. Films d’anticipation sortis tout droit de l’imagination fertile des scénaristes hollywoodiens, devenus depuis « films cultes » ou « séquences prémonitoires », scénarios improbables, scènes impensables de catastrophes devenues depuis prophétiques, atmosphère de terreur et de panique, débris d’acier et de béton, gravats et couvertures de cendre … personne, désormais, ne peux regarder ces images de fiction sans penser un instant qu’elles ont tristement pris corps quelques années après le tournage, un beau mardi d’automne, lorsque les deux tours jumelles du World Trade Center se sont écroulées comme un jeu de cartes.
Car, en mettant
soigneusement bout à bout les « rushs » des différents films
sélectionnés, on obtient quasiment heure par heure, le déroulement des
journées tragiques de l’année passée.
En prenant simultanément
comme cible, le triple symbole de la puis-sance financière américaine
(World Trade Center, New York), de l’autorité militaire (Pentagone,
Washington) et du pouvoir politique (Maison-Blanche, Washington), les
terroristes « kamikazes » ont conjugué en une seule fois, la mise en
pratique du pire des scénarios-catastrophe : celui de faire se crasher
quatre avions de ligne - avec à leur bord passagers et équipage – sur
des bâtiments symboliques, à l’heure de l’arrivée au travail de milliers
d’autres individus. On ne peut que penser aux corps qui, dans une ultime tentative, sautent des fenêtres - telles des virgules dans le vide - pour échapper désespérément aux explosions et aux flammes. La réalisation très efficace du premier épisode de la trilogie Die Hard (Piège de Cristal, John Mc Tiernan, Etats-Unis, 1988, 127 min), sur un scénario de Jeb Stuart tiré du roman de Roderick Thorp, nous présente l’inspecteur new-yorkais John McClane (Bruce Willis) venu rejoindre sa femme Holly (Bonnie Bedelia) dont il est séparé, dans l'espoir de se réconcilier avec elle pour les fêtes de Noël à Los Angeles. Au Nakatomi plazza, grande tour de verre et siège de la compagnie pour laquelle elle travaille, son patron M. Takagi donne une soirée en l'honneur de ses employés. Au même moment, une douzaine de terroristes, menés par Hans Gruber (Alan Rickman), s'infiltrent dans l’immeuble de prestige et bouclent tous les accès de sortie. Fermement décidés à repartir avec les 600 millions de dollars en bons négociables enfermés dans les coffres de la compagnie, l’ensemble du personnel est pris en otage hormis John McClane, passé inaperçu mais fermement décidé à contrecarrer leur plan par tous les moyens. Héros malgré lui, une lutte sanglante s’engage ...
Sept ans plus tard, des
scènes extraordinaires d’explosions du Bonwit Teller department store,
situé à la base d’un immense gratte-ciel de New York marquent l’esprit
du spectateur dans Die Hard 3 : with a Vengeance (Une Journée
en enfer, John McTiernan, Etats-Unis, 1995, 131 min). Sur un
scénario de Jonathan Hensleigh et Roderick Thorp, et avec un sous-titre
prémo-nitoire – « It’s boomtime in the big apple » - le lieutenant John
McClane (Bruce Willis) affronte avec Zeus Carver (Samuel L. Jackson), le
terroriste allemand Simon Peter Gruber (Jeremy Irons), frère du
précédent, qui a décidé de faire régner la terreur dans les rues
new-yorkaises déflagrations après déflagrations. Avec l’aide de son adjoint Samir Nazhde (Sami Bouajila) d’origine libanaise, et d’Elise (Annette Bening), agente de la CIA, ils luttent pour défendre les valeurs de la démocratie américaine face à l’Armée en charge de l’ordre public sur décision du président des Etats-Unis. Car pour arriver à ses fins et maintenir l’état de siège sur Brooklyn, le général en chef William Devereaux (Bruce Willis) aura recours à des méthodes contraires aux droits de l’homme. Certains dialogues écrits trois ans avant les attentats contre les Twin Towers laissent songeurs. Ainsi, alors que les conseillers du président se réunissent pour prendre des déci-sions, l'un d'eux s'exclame : « Mes-sieurs, il va falloir sortir vos atlas ».
Pire encore, Elise, l’agente
de la CIA, explique clairement à Anthony Hubbard, l’agent du FBI que «
Le cheikh - responsable des attentats - était notre allié et il s'est
retourné contre nous, mais il faut les com-prendre, on les a aidés et
puis on les a laissés tomber ». En effet, malicieusement intitulé You'll Catch Your Death : Aka Atishoo, Atishoo ... All Fall Down (A Vos Souhaits !, épisode n°10 de la 7ème session, 52 min, diffusé le 16 octobre 1968 sur la chaîne anglaise ITV), le scénario élaboré par Jeremy Burnham et R. Paul Dickson nous présente un facteur (Douglas Black-well) circulant en Rolls Royce, distribuant successivement des courriers nominatifs dans la boîte aux lettres de célèbres oto-rhino-laryngologues londoniens. Victimes pré-sélectionnées à travers le monde, les docteurs Camrose (Hamilton Dyce), Padley (Willoughby Gray) et Herrick (Andrew Laurence) reçoivent leur lettre, l’ouvrent et éternuent si fort qu’ils en meurent. Lorsqu’on retrouve les enveloppes sur les lieux du crime, elles sont désespérément vides. Il s’agit en réalité de la vengeance d’un scientifique dénommé Glover (Fulton Mackay) qui a décidé d’utiliser le virus de la grippe, biologiquement renforcé, comme une arme fatale en l’adres-sant par « lettres mortelles ». A une plus grande échelle et sur un scénario de Laurence Dworet et Robert Roy Pool, le film Outbreak (Alerte, Wolfgang Petersen, Etats-Unis, 1995, 127 min) raconte les efforts conjugués du colonel Sam Daniels (Dustin Hoffman), responsable de l’Institut de Recherche médicale de l’US Army, et de son ex-femme, le docteur Robby Keough (Rene Russo) du Centre de contrôle des Epidémies pour contenir tant bien que mal, l’infection virale aérienne qui s’est abattue par contagion sur une petite ville de province des Etats-Unis. L’armée américaine impose médicalement la quarantaine et civilement la loi martiale. Tout ceci n’aurait-il pas un petit air de « déjà vu » ?
5 - US Military Defense
cherche « screenwriters » et « spin doctors» désespérément ... Ils décident de s’autocensurer en annulant la sortie de films-catastrophe, en revoyant ceux en cours de tournage pour gommer en urgence les références au terrorisme, aux avions qui explosent, aux immeubles qui s’effondrent.
Enfin, des projets sont
purement et simplement annulés comme World War III, le film de
Jerry Bruckheimer où les villes de San Diego et Seattle sont détruites
par une bombe nucléaire. Il en va de même pour Nose Bleed où
Jackie Chan aurait du jouer le rôle d’un laveur de carreau qui démasque
un complot visant à détruire le World Trade Center ! Le film espéré n’a pas tardé à arriver sur les tous les écrans des salles de cinéma du monde entier. Avec un scénario de politique-fiction de Paul Attanasio et Daniel Pyne tiré d’un récent roman à succès de Tom Clancy, le film de Phil Alden Robinson intitulé The Sum of All Fears (La Somme de toutes les peurs, Etats-Unis, 2002, 124 min) plonge le spectateur dans le spectre de la guerre nucléaire. Sous-titré « 27.000 nuclear weapons, one is missing », ce quatrième volet cinématographique des aventures de l’agent de la CIA, Jack Ryan, a bénéficié du concours technique de la CIA et du Pentagone. L’intrigue donne froid dans le dos ... Alors que le président russe vient de décéder, un groupe terroriste néonazi décide de jouer sur les tensions entre les Etats-Unis et la Russie et s’empare d’une bombe atomique, retrouvée par hasard dans le désert de Syrie après avoir été abandonnée, en 1973, par un avion israélien durant la guerre de Kippour. Les terroristes la font exploser sur Grozny, anéantissant ainsi la capitale tchétchène au nom du gouvernement russe. Afin de faire la lumière sur les derniers événements, le directeur de la CIA, Bill Cabot (Morgan Freeman) engage les services de Jack Ryan (Ben Affleck), jeune recrue spécialiste de la Russie. Selon ce dernier, les principaux responsables ne sont pas les autorités russes, mais bien des terroristes qui espèrent provoquer la panique générale et relancer la défunte Guerre Froide. Leur prochaine cible est la ville américaine de Baltimore où doit se dérouler le Superbowl — la finale de football américain — et auquel assistera le personnel de la CIA et de la Maison Blanche. Le monde sera finalement sauvé du chaos par la coopération des présidents américain Fowler (James Cromwell) et russe Nemeroy (Ciaran Hinds).
Dans la bataille globale de
la communication qui a suivi les événements du 11 septembre 2001,
l’usage politique de tels films n’a pas longtemps tardé. En effet,
l’attorney général John Ashcroft a spécialement attendu le lundi suivant
le deuxième week-end d’exploi-tation du film pour annoncer publiquement
de Moscou, l’arresta-tion du terroriste Abdullah al-Mujahir — de son
vrai nom José Padilla —, lié au réseau Al-Qaida de Ben Laden.
Fort étrangement, cette
méthode d’investigation et de prospection - bookish researcher - a déjà
fait l’objet d’une intrigue de film d’espionnage puisque dans le film de
Sydney Pollack, Three Days of the Condor (Les Trois Jours du
Condor, Etats-Unis, 1975, 117 min), Joseph Turner (Robert Redford)
travaille dans une cellule de la CIA où il épluche les romans
d’espion-nage étrangers pour découvrir d’éventuels scénarios …
Pierre LE BLAVEC *
Pour en savoir plus : l'édition papier de
France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi. |