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INFOS - 11 SEPTEMBRE : UN AN APRES |
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L'actualite
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New York - Un rescapé
français publie un livre sur son cauchemar du 11 septembre |
Un chef français
de l’Illinois honoré par ses pairs |
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« World Trade Center, 47e étage » : le titre semble tout dire. En réalité, ce n’est qu’un point de départ. Le livre que publie Bruno Dellinger chez Robert Laffont (1) est « le récit d’une survie » : la sienne. Survie physique d’abord : après avoir tranquillement rangé puis fermé son bureau au 47e étage de la tour Nord, la première à être percutée par l’un des deux avions suicides mais la deuxième à tomber, Bruno n’a échappé que de quelques secondes à l’ensevelissement. La survie morale, quant à elle, a été l’affaire de longs mois : « les cauchemars n’ont cessé que lorsque j’ai mis un point final à l’écriture du livre », dit-il au Figaro-France-Amérique un an après le séisme. Thérapeutique, l’écriture l’a été d’autant plus qu’elle correspond à une vocation dormante chez ce « businessman » français d’une quarantaine d’années, fondateur d’une société de conseil qui compte parmi ses clients la région lyonnaise à la recherche d’investisseurs américains. Wall Street n’a d’ailleurs pas étouffé la sensibilité de cet amateur d’art qui est aussi agent à New York de plusieurs jeunes artistes. Après s’être fait plaisir en s’essayant au roman avant que son monde chavire, Bruno Dellinger s’est en quelque sorte guéri du traumatisme subi le 11 septembre en couchant sur le papier ses sensations conscientes ou refoulées comme d’autres s’allongent sur le divan du psychanalyste. Mais il lui aura fallu plus de six mois pour passer à l’acte, « confronter la réalité sans quoi on ne la dépasse jamais ». Au moment de prendre la plume en avril, Bruno affirme qu’il ne se rappelait « plus rien » : « je n’ai reconstitué le bruit de l’effondrement des tours que par ricochets, par association avec des sons de la vie quotidienne. Par exemple, le bruit de sirènes de police dans Madison Avenue m’a un jour fait réentendre celui des alarmes dans l’escalier de secours que j’ai emprunté pour évacuer ma tour ». L’homme a raconté des dizaines de fois, à la demande des media et pour « le besoin de parler », les événements qui ont en quelques heures à jamais bouleversé son univers. Mais il lui fallait les organiser à froid pour mieux les surmonter. Un paragraphe plonge le lecteur au milieu de Bruno et de ses trois employés lors du choc initial : « Soudain, j’entends le vrombissement des moteurs de l’appareil qui s’approche à toute allure de nous. Je ne comprends pas immédiatement, je relève la tête de mon ordinateur et à peine ai-je le temps de regarder par les fenêtres, un impact d’une violence inouïe ébranle le bâtiment. Une seconde, deux secondes ; l’onde de choc descend des étages supérieurs, la tour oscille très violemment, des tableaux se renversent, une statuette en marbre vacille, ma chaise avance et recule sur ses roulettes. Trois secondes ; derrière les fenêtres, un déluge sans fin de morceaux d’avion, de poutrelles, d’aluminium, de verre, de débris, de kérosène, de feu, des corps peut-être, dégringolent devant nos yeux médusés ». Pourtant, Bruno ne saisit pas pleinement la gravité de la situation. Il « fait le ménage » avant de quitter son bureau et de se diriger vers l’escalier central : « Les brûlés qui descendent ne me donnent pas la moindre idée de l’horreur qui peut se déchaîner 70 étages plus haut. Ou bien est-ce que je ne veux pas voir ? » Ce n’est qu’une fois dans la rue, devant le spectacle de dévastation qu’elle offre et celui de sa tour « asphyxiée » par des « volutes sinistres » qu’il « réalise tout de même, enfin »…
Heureusement car dans les secondes qui suivent, la tour Sud s’écroule et
« je vois un gigantesque rouleau de poussière me dévaler dessus ». Il
n’y échappera qu’en se réfugiant sous l’auvent d’un distributeur
automatique de billets d’une banque voisine, d’où le tirera la main
salvatrice d’un agent du FBI. « La poussière s’est glissée jusque sous mes paupières. J’en ai dans la bouche, le nez, les poumons, sous les dents qui crissent… » La suite du livre, c’est la description minutieuse du lent retour à la vie : la longue marche jusqu’à l’appartement irréel et rassurant tout à la fois, les tentatives frustrantes pour joindre une épouse partie le matin même à Chicago et elle-même incapable de se renseigner sur le sort de son mari, le premier contact avec les parents qui appellent désespérément de France et déjà, le refuge dans l’action pour oublier le choc : « dès l’après-midi, je passais mes premiers coups de fil pour retrouver un bureau », explique Bruno Dellinger. La quête d’un nouveau local, véritable course d’obstacles, entraîne le lecteur dans le dédale des états d’âme du personnage qui oscille entre l’hyperactivité et la dépression, entre la soif de revivre et l’interrogation sur le sens d’une existence chamboulée. Un an après, la routine a repris le dessus mais Bruno est un autre homme, transformé comme son environnement : « Ce sont les fondements mêmes de ma vie qui ont été ébranlés. Le World Trade Center faisait partie de ces choses solides auxquelles se raccrochaient mes certitudes. La perte que je ressens est quelque chose dont je ne me débarrasserai jamais. Il faut que j’apprenne à vivre avec et la rédaction du livre m’y a beaucoup aidé ». La terrible expérience a elle-même été une école : « Quinze jours après la tragédie, nous recommencions à travailler, même dans des conditions précaires. La nature humaine est extraordinaire. Je ne me considère pas comme un héros mais j’ai découvert en moi des ressources insoupçonnées. Ce formidable pouvoir d’adaptabilité, c’est ce que New York et l’Amérique m’ont appris. » Bruno Dellinger est aujourd’hui déchiré entre le bonheur d’avoir eu la vie sauve et le vague sentiment de culpabilité inavoué du rescapé. Son livre se veut « un témoignage » au-dessus de toute considération de profit : « Je ne ferai pas la promotion d’un document qui est pour moi un travail littéraire sur la souffrance d’un homme, d’une femme et d’une équipe dans une situation qui dépasse l’entendement et qui est plus large que la vie ». Jamais peut-être, dans la bouche d’un Français, un américanisme n’a été plus fidèle à la réalité vécue que la meilleure des traductions.
Jean-Louis TURLIN
Pour en savoir plus : l'édition papier de
France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi. |