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DOSSIER 11 SEPTEMBRE : UN AN APRES |
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L'actualite
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Entretien - Retour sur une période fondatrice pour les Nations unies
Jean-David Lévitte
: « Le XXIe siècle a vraiment commencé le 11 septembre 2001 » |
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Jean-David Lévitte, ancien conseiller diplomatique de Jacques Chirac à
l’Elysée, vient de passer deux ans et demi comme représentant permanent
de la France auprès des Nations unies avant d’être nommé récemment
ambassadeur de France à Washington. Il explique à France-Amérique
en quoi le 11 septembre a conduit à un tournant en droit international. Dès que cela a été possible, tous les ambassadeurs auprès des Nations Unies se sont rendus sur place en signe de solidarité avec le peuple américain. Je rappelle que le président Chirac a été le premier chef d’Etat étranger à se rendre aux Etats-Unis. Dès le 18 septembre, il était à la Maison Blanche où il a eu une longue conversation avec le président Bush pour évaluer quelle devait être la réaction de la communauté internationale. Et le lendemain, il était à New York, à « ground zero », au coté du maire Giuliani puis de Kofi Annan afin de voir comment les Nations unies devaient organiser leur réaction collective face à ce qui représentait une attaque contre la communauté internationale. Le
spectacle de « ground zero » reste ancré en vous, pas seulement dans
votre esprit, mais à l’intérieur de tous ceux qui ont vécu cette
tragédie. On a tous ressenti que quelque chose d’impardonnable était
arrivé ce jour-là. Aussi, nous avons immédiatement réfléchi à la réaction qui devait être celle des Nations Unies car en ce mois de septembre la France présidait le Conseil de sécurité. Nous avons donc immédiatement commencé à penser à la signification politique de l’acte dont nous étions les témoins. Nous avons préparé une résolution qui fait droit dans l’histoire des Nations unies et du droit international puisque le texte que nous avons soumis à nos partenaires du Conseil de sécurité, dès la réouverture des portes des Nations unies, et qui a été adopté en l’espace d’une heure — ce qui est un temps record — décide pour la première fois, depuis l’adoption de la Charte des Nations unies, qu’un acte de terrorisme international, tel que celui qui s’est produit le 11 septembre 2001, devait être assimilé à une agression armée. Normalement, une agression armée ne peut être commise que par un Etat, mais nous avons estimé que l’ampleur même de l’attaque conférait à cet acte de terrorisme international l’envergure d’une agression armée. C’est donc une percée juridique que les Nations unies ont avalisée ce jour-là. Deuxièmement, nous avons indiqué dans cette résolution que ceux qui devaient être considérés comme coupables de cet acte de terrorisme international n’étaient pas seulement ses auteurs, puisqu’ils étaient morts dans les tours, mais également tous ceux qui les avaient hébergés, financés, équipés et entraînés. Une percée très importante puisqu’elle ouvrait la possibilité aux Etats-Unis d’engager, en application de la Charte de l’ONU, une réaction armée de légitime défense, individuelle ou collective, à l’encontre non seulement des auteurs des attentats mais aussi de ceux qui les avaient aidés. Cette
percée juridique, dès le 12 septembre, a ouvert la voie, au sein du
Conseil de sécurité, sous présidence française pendant tout le mois de
septembre 2001, à une réponse, au travers des Nations Unies, dirigée
contre ces réseaux terroristes. Il y a naturellement eu des dommages commis à l’encontre de civils et qui sont inévitables. Le souci que doivent avoir les Américains, conformément au droit international, c’est celui de la proportionnalité et de l’attention à ces populations. Il s’agit en droit de la guerre du « droit humanitaire international ». Je pense que les Etats-Unis ont été — et sont —attentifs à la protection des civils afghans. Les
destructions commises sont des erreurs, naturellement regrettables, mais
dangereuses également car elles peuvent changer à la longue le regard
que ces populations afghanes portent sur les opérations militaires. Et
les Etats-Unis en sont parfaitement conscients. C’est une nouvelle forme de guerre, asymétrique, qui existe désormais ; des Etats sont attaqués non pas par d’autres Etats, mais par des groupes déterminés à détruire les symboles d’Etats qu’ils considèrent comme leurs ennemis. Nous avons bâti au sein du Conseil de sécurité une coalition mondiale contre le terrorisme, et créé un comité contre le terrorisme qui a pour objet d’aider tous les Etats membres du Conseil de sécurité à se doter de capacités efficaces afin de lutter ensemble contre ce fléau du XXIe siècle. La France joue tout son rôle dans cette coalition mondiale. D’abord par sa présence sur le terrain, en Afghanistan. Nous avons des centaines d’hommes qui participent avec leurs frères d’armes européens à la sécurité de Kaboul et de ses environs.
Deuxièmement, en application des résolutions du Conseil de sécurité dont
la France a pris l’initiative, nous coopérons pleinement non seulement
avec les Etats-Unis mais avec tous les Etats qui participent à cette
coalition pour mieux échanger les informations, mieux aider à la lutte
contre les réseaux terroristes. Bref, c’est un nouvel état d’esprit qui
existe à travers le monde entier. Tous les Etats sont prêts à resserrer
les rangs pour éradiquer ce fléau qui nous menace tous. Par
ailleurs, je ne dirais pas que les Etats-Unis ont réagi de façon
unilatérale face à ces attaques. Au contraire, ils ont eu le souci de
jouer collectif. D’abord à travers les Nations unies, puis en
Afghanistan, où nous travaillons main dans la main avec eux ainsi
qu’avec nos partenaires européens. On peut dire et regretter que les
Etats-Unis agissent parfois de façon unilatérale, ce n’est certainement
pas le cas dans la lutte contre le terrorisme. Ils ont compris qu’il n’y
aurait une éradication du terrorisme que s’il y avait une mobilisation
générale de tous les Etats contre ce fléau. C’est en réalité une sorte de folie meurtrière qui s’est emparée de petits groupes déterminés. Sans fléchir, il faut lutter contre cette folie. Sans être pour autant négligent sur les autres dossiers. Comme l’a dit très justement Kofi Annan, les priorités du 10 septembre restent celles des Nations unies. La lutte contre la pauvreté, la lutte pour régler les conflits régionaux qui meurtrissent notre planète. Mais il faut aussi savoir identifier le fléau du terrorisme pour ce qu’il est, c’est-à-dire un fléau injustifiable que le monde entier doit combattre sans faiblesse.
Propos recueillis par Keren LENTSCHNER
Pour en savoir plus : l'édition papier de
France-Amérique qui paraît en kiosque chaque jeudi. |