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Les Etats-Unis traquent Ben
Laden en Afghanistan. Le Figaro a fait un tour d’horizon de leurs
options militaires.
« Asymétrie. » Le mot était à la mode depuis quelques années chez les
stratèges américains pour caractériser les nouveaux conflits, opposant
des ennemis aux natures si dissemblables.
Aujourd’hui, la guerre annoncée par George W. Bush colle à la définition.
D’un côté, la superpuissance. De l’autre, un ennemi « déterritorialisé
», implanté au Sud comme au Nord, ou une milice fanatisée.
La
réponse à cette « asymétrie », Washington ne semble pas encore la
détenir. Les plans du Pentagone resteraient très virtuels. En fait, ce
sont deux guerres que Washington pourrait engager contre le terrorisme.
Une
première à l’échelle planétaire, contre ses réseaux, qui sera avant tout
une affaire de renseignement. Une deuxième plus localisée, plus
militaire aussi, contre les hôtes privilégiés de ces réseaux.
- LA GUERRE DES RÉSEAUX.
En
terme d’implantation comme de recrutement, la nouvelle mouvance
islamiste radicale a montré qu’elle avait très bien digéré la
mondialisation.
Les
réseaux mis à jour dans les dernières enquêtes sont transfrontaliers,
cosmopolites, parfaitement insérés dans les sociétés qu’ils veulent
détruire.
Du
coup, le théâtre d’opérations de la nouvelle guerre de Washington court
sur la quasi-totalité des quelque 190 Etats de l’ONU. Du micro-État
caraïbe transformé en paradis fiscal au territoire même des Etats-Unis,
en passant par l’Espagne ou le Yémen.
En
terme de technique, cette guerre s’apparentera plus à la lutte
antidrogue qu’à des opérations militaires classiques.
Les
réseaux, qu’ils soient terroristes ou criminels, fonctionnent en partie
sur les mêmes modes. Même si la finalité change, les filières
transnationales sont soumises aux mêmes règles de la clandestinité,
utilisent les mêmes circuits de blanchiment d’argent.
D’où la
montée en première ligne des agents de renseignements, des traqueurs
d’argent sale et... des diplomates. Ces derniers jouent un rôle de
premier plan dans les grandes manoeuvres en cours. Une solidarité sans
faille des Etats est indispensable pour assurer la coopération policière,
isoler les réseaux et les asphyxier financièrement.
Le
patron du Pentagone Donald Rumsfeld a prévenu que cette fois-ci, « les
uniformes de guerre seront aussi bien les costumes des banquiers, la
tenue des programmeurs en informatique que les tenues de camouflage».
Les
autorités américaines ont averti aussi leurs concitoyens en mal de
revanche que cette guerre de l’ombre et des chancelleries « ne sera pas
traditionnelle, mais sera longue et avec un objectif diffus ».
Ex-chef
de l’antiterrorisme à la CIA, Vince Cannistraro a souligné la difficulté
de l’exercice : en matière de lutte antiterroriste comme de lutte
antidrogue, « les commandements des réseaux restent souvent intacts même
quand les tentacules ont été coupés».
- LA GUERRE DE THÉATRE.
Dans le
prolongement de cette « guerre des cols blancs », les Américains
mèneront des opérations purement militaires. En Afghanistan, selon toute
vraisemblance, pour commencer.
Ils
bénéficient d’une carte offerte par Ben Laden lui-même : son
installation depuis cinq ans dans le pays. Si l’ennemi mondial n 1 ne
s’était pas arrêté chez ses hôtes taliban, Washington n’aurait jamais su
par où commencer la riposte.
Pour
partir en guerre contre la milice au pouvoir à Kaboul, les Américains
ont le choix sans l’avoir.
Leur
panoplie militaire est sans égal, mais la sanglante expérience
somalienne de 1993 a montré que la débauche de moyens pesait peu dans la
contre-guérilla.
Il
semble que les options lourdes comme le bombardement stratégique ou
l’attaque terrestre massive soient écartées. Reste la combinaison de
modes d’action plus légers, moins risqués sur le difficile théâtre
afghan (voir articles ci-dessous).
Le
choix de la stratégie indirecte est d’ores et déjà acquis. Directement
ou indirectement via les Russes par exemple , les Etats-Unis vont armer,
conseiller, renseigner l’opposition afghane.
L’Alliance du Nord, d’abord, dont le chef défunt Ahmed Shah Massoud a
pourtant été snobé jusqu’ici par la CIA et le Département d’Etat. Dans
d’autres régions, un certain nombre de commandants, qui s’étaient
ralliés aux taliban seront « rachetés » avec des valises pleines de
dollars.
En
appui de cette force locale, l’armée américaine devrait intervenir avec
la combinaison de deux moyens : la force aérienne et les opérations
commandos.
Des
opérations militaires ponctuelles dans des pays de repli de la mouvance
Ben Laden sont aussi possibles. Pour enlever ou neutraliser ses
lieutenants, les Américains n’hésiteront pas à intervenir en Somalie, au
Yémen ou ailleurs.
Au-delà
des critères d’efficacité militaire et des risques encourus, le choix
entre ces différentes options se fait aussi au crible de la diplomatie.
Il y a
des écueils évidents, comme celui de bombardements trop massifs et
dangereux pour la population, qui risquent d’enflammer la rue du monde
arabo-musulman.
D’autres moins apparents comme celui qui, dans le cadre de l’aide à
l’opposition, ferait tout miser sur l’Alliance du Nord. Les Pakistanais
ont toujours été des ennemis fidèles de Massoud.
Ils
verraient d’un très mauvais œil le retour de ses lieutenants « nordistes
» à Kaboul. Les Américains devront donc aussi soutenir des opposants «
pachtounes » aux taliban, voire d’anciens taliban ralliés.
C’est
peut-être à travers ces éventuels ralliements que réside l’option la
moins coûteuse pour les Américains. Avec l’aide des services secrets
pakistanais, ils vont tout faire pour introduire un coin entre la milice
de Kaboul et Ben Laden.
Ou
provoquer une scission au sein des taliban, en jouant les pragmatiques
face aux radicaux, en admettant que les deux sensibilités existent.
S’il
est encore en Afghanistan, le cerveau désigné des attaques du 11
septembre pourrait alors être discrètement sacrifié.
- LA GUERRE AÉROMOBILE
« Hit
and run », « frapper et se retirer ». C’est le type de guerre de
contre-guérilla idéal. Il repose sur des unités aéromobiles, composées
de fantassins héliportés, avec pour appui-feu des hélicoptères d’assaut
et l’aviation tactique.
Il
permet, pour un laps de temps limité de quelques heures à plusieurs
jours de pénétrer en force dans une zone et de liquider les éléments
adverses avant que ceux-ci ne reçoivent des renforts.
Couplé
à des frappes de missiles tactiques ou de bombes intelligentes sur les
itinéraires que ces derniers doivent emprunter, sur les nids de DCA et
les points d’appui, il a l’avantage de limiter le coût des opérations en
pertes humaines et matérielles.
Ces
raids peuvent être menés depuis les ex-Républiques soviétiques d’Asie
centrale, où des parachutistes américains se sont déjà entraînés et où
des moyens aériens américains (on évoque la présence d’avions et
d’hélicoptères américains en Ouzbékistan) seraient en cours de
déploiement, comme du Pakistan.
Ils
nécessiteraient une aviation d’assaut puissante, que les porte-avions
américains en route vers la mer d’Oman sont en train d’acheminer, et des
troupes d’élite.
Ces
dernières, rangers, Bérets verts, Force Delta mais aussi certaines
équipes de marines ou de Seals de l’US Navy, sont sans doute présentes
sur les navires américains croisant vers le Pakistan.
Dans
l’hypothèse d’une coalition, les unités françaises type 13e régiment de
dragons parachutistes, 1er RPIMA, 2e REP, ou fusiliers marins commandos
n’auraient besoin que d’un bref préavis pour se déployer et rejoindre
Américains et Britanniques.
Ces
derniers joueront sans doute le rôle de leader parmi les alliés des
États-Unis dans les futures opérations.
Plus de
vingt navires de guerre de la Royal Navy seront bientôt en position dans
le golfe Arabo-Persique. Officiellement engagées dans la région pour
l’exercice « Swift Sword II » (Épée rapide) avec les troupes du sultanat
d’Oman, ces forces composées d’avions et d’hélicoptères de combat, basés
à terre ou sur le porte-avions HMS Ocean, comptent aussi plus de 20 000
soldats.
Elles
peuvent passer très rapidement de l’exercice théorique aux travaux
pratiques. De plus, ce dispositif pourrait encore être renforcé par les
troupes britanniques de la 16e brigade d’assaut, engagée dans
l’opération « Moisson essentielle » en Macédoine, qui vient de s’achever.
Mais si
le déploiement britannique dans la région est impressionnant, son atout
le plus précieux est aussi le plus discret. Il est constitué par les
équipes du Special Air Service (SAS), les hommes à tout faire de l’armée
britannique, multipliant les exploits depuis la Seconde Guerre mondiale.
Certes,
il leur sera difficile de capturer Ben Laden ou des membres d’Al Qaida :
en dix ans de guerre, jamais les Soviétiques ne sont parvenus à
s’emparer d’un chef de la résistance.
Mais
ces équipes pourraient jouer un rôle d’autant plus important que
certaines d’entre elles mais aussi, selon le Sunday Times, des
membres du MI6, les services de renseignement britanniques, sont déjà
dans le nord d’Afghanistan où ils travaillent de concert avec les forces
de l’Alliance du Nord, l’opposition armée au régime des taliban. Ils
auraient d’ailleurs eu un premier accrochage la semaine dernière avec
les troupes des taliban.
Connaissant déjà le terrain, ils peuvent jouer le rôle d’agents de
renseignement et effectuer dans les lignes adverses des raids de
commandos en coopération avec les forces de l’Alliance du Nord.
- LA STRATÉGIE INDIRECTE :
ARMER L’OPPOSITION AFGHANE
Les
troupes du défunt Massoud, celle du général ouzbek Dostom, mais aussi
celles d’Ismaïl Khan opérant aux confins de la frontière iranienne avec
le soutien de Téhéran, pourraient constituer une solution à moindres
frais.
Outre
les renseignements précieux qu’elles sont à même de fournir, elles
pourraient, une fois équipées d’armes modernes et dotées d’une
assistance technique et logistique solide, liquider le problème en
passant à l’offensive.
D’autant que les forces de l’Alliance du Nord, qui revendiquent 40 000
hommes, ont à cœur de venger Massoud, récemment victime d’un attentat.
Le
ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov a déclaré qu’il allait leur
fournir des armes rustiques et fiables : des fusils d’assaut Kalachnikov
en profusion, des chars T 55, des pièces d’artillerie, des véhicules
transport de troupes.
Même
privées d’un chef de premier ordre, les forces de l’Alliance du Nord
sont encadrées par des hommes ayant lutté des années dans la vallée du
Panshir contre l’Union soviétique puis contre les taliban.
Et ces
derniers, au demeurant, recèlent peut-être une faille. Selon certains
experts, il existerait des dissensions au sein du mouvement.
En
schématisant, une fraction « libérale », regroupée à Kaboul,
s’opposerait au clan des durs, basé à Kandahar autour du mollah Omar.
Les
taliban, qui ont davantage conquis l’Afghanistan par de généreuses
gratifications en dollars aux chefs locaux que par leur brio militaire,
pourraient perdre leur influence aussi rapidement qu’ils l’ont acquise.
Par Arnaud de LA GRANGE, Philippe MIGAULT,
Renaud GIRARD
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