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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 6 au 12 octobre

 

Les stratégies militaires contre le terrorisme
Les deux guerres de
George W. Bush

Les Etats-Unis traquent Ben Laden en Afghanistan. Le Figaro a fait un tour d’horizon de leurs options militaires.

« Asymétrie. » Le mot était à la mode depuis quelques années chez les stratèges américains pour caractériser les nouveaux conflits, opposant des ennemis aux natures si dissemblables.

Aujourd’hui, la guerre annoncée par George W. Bush colle à la définition. D’un côté, la superpuissance. De l’autre, un ennemi « déterritorialisé », implanté au Sud comme au Nord, ou une milice fanatisée.

La réponse à cette « asymétrie », Washington ne semble pas encore la détenir. Les plans du Pentagone resteraient très virtuels. En fait, ce sont deux guerres que Washington pourrait engager contre le terrorisme.

Une première à l’échelle planétaire, contre ses réseaux, qui sera avant tout une affaire de renseignement. Une deuxième plus localisée, plus militaire aussi, contre les hôtes privilégiés de ces réseaux.

- LA GUERRE DES RÉSEAUX.

En terme d’implantation comme de recrutement, la nouvelle mouvance islamiste radicale a montré qu’elle avait très bien digéré la mondialisation.

Les réseaux mis à jour dans les dernières enquêtes sont transfrontaliers, cosmopolites, parfaitement insérés dans les sociétés qu’ils veulent détruire.

Du coup, le théâtre d’opérations de la nouvelle guerre de Washington court sur la quasi-totalité des quelque 190 Etats de l’ONU. Du micro-État caraïbe transformé en paradis fiscal au territoire même des Etats-Unis, en passant par l’Espagne ou le Yémen.

En terme de technique, cette guerre s’apparentera plus à la lutte antidrogue qu’à des opérations militaires classiques.

Les réseaux, qu’ils soient terroristes ou criminels, fonctionnent en partie sur les mêmes modes. Même si la finalité change, les filières transnationales sont soumises aux mêmes règles de la clandestinité, utilisent les mêmes circuits de blanchiment d’argent.

D’où la montée en première ligne des agents de renseignements, des traqueurs d’argent sale et... des diplomates. Ces derniers jouent un rôle de premier plan dans les grandes manoeuvres en cours. Une solidarité sans faille des Etats est indispensable pour assurer la coopération policière, isoler les réseaux et les asphyxier financièrement.

Le patron du Pentagone Donald Rumsfeld a prévenu que cette fois-ci, « les uniformes de guerre seront aussi bien les costumes des banquiers, la tenue des programmeurs en informatique que les tenues de camouflage».

Les autorités américaines ont averti aussi leurs concitoyens en mal de revanche que cette guerre de l’ombre et des chancelleries « ne sera pas traditionnelle, mais sera longue et avec un objectif diffus ».

Ex-chef de l’antiterrorisme à la CIA, Vince Cannistraro a souligné la difficulté de l’exercice : en matière de lutte antiterroriste comme de lutte antidrogue, « les commandements des réseaux restent souvent intacts même quand les tentacules ont été coupés».

 

- LA GUERRE DE THÉATRE.

Dans le prolongement de cette « guerre des cols blancs », les Américains mèneront des opérations purement militaires. En Afghanistan, selon toute vraisemblance, pour commencer.

Ils bénéficient d’une carte offerte par Ben Laden lui-même : son installation depuis cinq ans dans le pays. Si l’ennemi mondial n 1 ne s’était pas arrêté chez ses hôtes taliban, Washington n’aurait jamais su par où commencer la riposte.

Pour partir en guerre contre la milice au pouvoir à Kaboul, les Américains ont le choix sans l’avoir.

Leur panoplie militaire est sans égal, mais la sanglante expérience somalienne de 1993 a montré que la débauche de moyens pesait peu dans la contre-guérilla.

Il semble que les options lourdes comme le bombardement stratégique ou l’attaque terrestre massive soient écartées. Reste la combinaison de modes d’action plus légers, moins risqués sur le difficile théâtre afghan (voir articles ci-dessous).

Le choix de la stratégie indirecte est d’ores et déjà acquis. Directement ou indirectement via les Russes par exemple , les Etats-Unis vont armer, conseiller, renseigner l’opposition afghane.

L’Alliance du Nord, d’abord, dont le chef défunt Ahmed Shah Massoud a pourtant été snobé jusqu’ici par la CIA et le Département d’Etat. Dans d’autres régions, un certain nombre de commandants, qui s’étaient ralliés aux taliban seront « rachetés » avec des valises pleines de dollars.

En appui de cette force locale, l’armée américaine devrait intervenir avec la combinaison de deux moyens : la force aérienne et les opérations commandos.

Des opérations militaires ponctuelles dans des pays de repli de la mouvance Ben Laden sont aussi possibles. Pour enlever ou neutraliser ses lieutenants, les Américains n’hésiteront pas à intervenir en Somalie, au Yémen ou ailleurs.

Au-delà des critères d’efficacité militaire et des risques encourus, le choix entre ces différentes options se fait aussi au crible de la diplomatie.

Il y a des écueils évidents, comme celui de bombardements trop massifs et dangereux pour la population, qui risquent d’enflammer la rue du monde arabo-musulman.

D’autres moins apparents comme celui qui, dans le cadre de l’aide à l’opposition, ferait tout miser sur l’Alliance du Nord. Les Pakistanais ont toujours été des ennemis fidèles de Massoud.

Ils verraient d’un très mauvais œil le retour de ses lieutenants « nordistes » à Kaboul. Les Américains devront donc aussi soutenir des opposants « pachtounes » aux taliban, voire d’anciens taliban ralliés.

C’est peut-être à travers ces éventuels ralliements que réside l’option la moins coûteuse pour les Américains. Avec l’aide des services secrets pakistanais, ils vont tout faire pour introduire un coin entre la milice de Kaboul et Ben Laden.

Ou provoquer une scission au sein des taliban, en jouant les pragmatiques face aux radicaux, en admettant que les deux sensibilités existent.

S’il est encore en Afghanistan, le cerveau désigné des attaques du 11 septembre pourrait alors être discrètement sacrifié.

- LA GUERRE AÉROMOBILE

« Hit and run », « frapper et se retirer ». C’est le type de guerre de contre-guérilla idéal. Il repose sur des unités aéromobiles, composées de fantassins héliportés, avec pour appui-feu des hélicoptères d’assaut et l’aviation tactique.

Il permet, pour un laps de temps limité de quelques heures à plusieurs jours de pénétrer en force dans une zone et de liquider les éléments adverses avant que ceux-ci ne reçoivent des renforts.

Couplé à des frappes de missiles tactiques ou de bombes intelligentes sur les itinéraires que ces derniers doivent emprunter, sur les nids de DCA et les points d’appui, il a l’avantage de limiter le coût des opérations en pertes humaines et matérielles.

Ces raids peuvent être menés depuis les ex-Républiques soviétiques d’Asie centrale, où des parachutistes américains se sont déjà entraînés et où des moyens aériens américains (on évoque la présence d’avions et d’hélicoptères américains en Ouzbékistan) seraient en cours de déploiement, comme du Pakistan.

Ils nécessiteraient une aviation d’assaut puissante, que les porte-avions américains en route vers la mer d’Oman sont en train d’acheminer, et des troupes d’élite.

Ces dernières, rangers, Bérets verts, Force Delta mais aussi certaines équipes de marines ou de Seals de l’US Navy, sont sans doute présentes sur les navires américains croisant vers le Pakistan.

Dans l’hypothèse d’une coalition, les unités françaises type 13e régiment de dragons parachutistes, 1er RPIMA, 2e REP, ou fusiliers marins commandos n’auraient besoin que d’un bref préavis pour se déployer et rejoindre Américains et Britanniques.

Ces derniers joueront sans doute le rôle de leader parmi les alliés des États-Unis dans les futures opérations.

Plus de vingt navires de guerre de la Royal Navy seront bientôt en position dans le golfe Arabo-Persique. Officiellement engagées dans la région pour l’exercice « Swift Sword II » (Épée rapide) avec les troupes du sultanat d’Oman, ces forces composées d’avions et d’hélicoptères de combat, basés à terre ou sur le porte-avions HMS Ocean, comptent aussi plus de 20 000 soldats.

Elles peuvent passer très rapidement de l’exercice théorique aux travaux pratiques. De plus, ce dispositif pourrait encore être renforcé par les troupes britanniques de la 16e brigade d’assaut, engagée dans l’opération « Moisson essentielle » en Macédoine, qui vient de s’achever.

Mais si le déploiement britannique dans la région est impressionnant, son atout le plus précieux est aussi le plus discret. Il est constitué par les équipes du Special Air Service (SAS), les hommes à tout faire de l’armée britannique, multipliant les exploits depuis la Seconde Guerre mondiale.

Certes, il leur sera difficile de capturer Ben Laden ou des membres d’Al Qaida : en dix ans de guerre, jamais les Soviétiques ne sont parvenus à s’emparer d’un chef de la résistance.

Mais ces équipes pourraient jouer un rôle d’autant plus important que certaines d’entre elles mais aussi, selon le Sunday Times, des membres du MI6, les services de renseignement britanniques, sont déjà dans le nord d’Afghanistan où ils travaillent de concert avec les forces de l’Alliance du Nord, l’opposition armée au régime des taliban. Ils auraient d’ailleurs eu un premier accrochage la semaine dernière avec les troupes des taliban.

Connaissant déjà le terrain, ils peuvent jouer le rôle d’agents de renseignement et effectuer dans les lignes adverses des raids de commandos en coopération avec les forces de l’Alliance du Nord.

- LA STRATÉGIE INDIRECTE : ARMER L’OPPOSITION AFGHANE

Les troupes du défunt Massoud, celle du général ouzbek Dostom, mais aussi celles d’Ismaïl Khan opérant aux confins de la frontière iranienne avec le soutien de Téhéran, pourraient constituer une solution à moindres frais.

Outre les renseignements précieux qu’elles sont à même de fournir, elles pourraient, une fois équipées d’armes modernes et dotées d’une assistance technique et logistique solide, liquider le problème en passant à l’offensive.

D’autant que les forces de l’Alliance du Nord, qui revendiquent 40 000 hommes, ont à cœur de venger Massoud, récemment victime d’un attentat.

Le ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov a déclaré qu’il allait leur fournir des armes rustiques et fiables : des fusils d’assaut Kalachnikov en profusion, des chars T 55, des pièces d’artillerie, des véhicules transport de troupes.

Même privées d’un chef de premier ordre, les forces de l’Alliance du Nord sont encadrées par des hommes ayant lutté des années dans la vallée du Panshir contre l’Union soviétique puis contre les taliban.

Et ces derniers, au demeurant, recèlent peut-être une faille. Selon certains experts, il existerait des dissensions au sein du mouvement.

En schématisant, une fraction « libérale », regroupée à Kaboul, s’opposerait au clan des durs, basé à Kandahar autour du mollah Omar.

Les taliban, qui ont davantage conquis l’Afghanistan par de généreuses gratifications en dollars aux chefs locaux que par leur brio militaire, pourraient perdre leur influence aussi rapidement qu’ils l’ont acquise.

Par Arnaud de LA GRANGE, Philippe MIGAULT, Renaud GIRARD

 

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