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INFOS - DOSSIER |
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L'actualite
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Certains experts imaginent
le scénario du pire après les attentats contre les Etats-Unis |
Les dix menaces
sur l’économie mondiale |
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Tout pourrait commencer par le pétrole. Si la guerre éclate dans la zone du golfe Persique, il ne serait pas étonnant de voir le baril de pétrole, aujourd’hui déprimé par le début de récession mondiale, grimper rapidement jusqu’à 30 dollars, aggravant le marasme économique généralisé. Le domino suivant serait alors le consommateur américain. Particu-lièrement attaché à un prix de l’essence très bas, il pourrait freiner brutalement ses achats. Or les dépenses des ménages comptent pour les deux tiers dans le PIB, c’est-à-dire la richesse produite par le pays. La contraction des importations américaines qui en résulterait sèmerait la consternation dans nombre de pays émergents qui produisent pour le marché américain. D’autant que les plus avancés parmi eux, les fabricants des composants ou des appareils de haute technologie, comme Singapour ou Taïwan, ont déjà pris de plein fouet le coup de frein que les entreprises américaines outrageusement suréquipées ont donné à l’investissement informatique. L’Union européenne se rêvait en forteresse protégée par l’euro, mais le bouclier a montré qu’il était poreux. L’Allemagne, première économie de la région, dépend aussi beaucoup de ses exportations. Et puis, faisant fi des changes, les glissades boursières se propagent instantanément à travers toute la planète. Le krach n’a toujours pas eu lieu, mais chacun sait bien que de nombreuses valeurs américaines restent chères par rapport aux bénéfices que ces entreprises peuvent espérer engranger. Si
cet enchaînement fatal se produisait, il ne faudrait rien attendre du
Japon dont la profonde crise bancaire et financière se double d’une
paralysie politique face à laquelle le premier ministre Junichiro
Koizumi se débat. Mais qui croit qu’il va réussir dans un délai
raisonnable les réformes qu’il promet ? A la clé, la tentation pour la quasi-totalité des pays consommateurs de desserrer leur contrainte budgétaire pour répondre à cette hausse et aux mécontentements qu’elle suscitait (notamment au sujet de la fiscalité des carburants). Pour autant, une baisse du baril, surtout si elle est ponctuelle, ne va pas sensiblement conjurer la menace de récession. La
moindre dépendance du pétrole dans les économies occidentales est en
effet notable : pour la France, par exemple, la facture pétrolière ne
représente plus que 1,5 % du PIB, au lieu de 5 % dans les années 1970.
Le ralentissement des achats américains s’est fait sentir bien avant les attentats du 11 septembre. Il ne peut aujourd’hui que s’accentuer. La Banque du Japon affiche son pessimisme et révise à la baisse, pour le quatrième mois consécutif, son diagnostic sur l’économie. Elle a réduit son taux d’escompte de 0,25 % à 0,10 %, elle est intervenue sur le marché des changes. Sans résultat. Elle étudie actuellement un nouvel assouplissement monétaire, mais elle ne sait pas comment redonner confiance au pays. La dette de l’Etat, 4 800 milliards de dollars, atteint des sommets. Les entreprises licencient. Le gouvernement prépare un projet de loi renforçant la couverture chômage. L’Etat est au pied du mur. Il ne peut plus soutenir artificiellement l’économie. Aussi, paradoxalement, le recul prévu de 0,5 % du PIB cette année peut le servir. Le
premier ministre, en effet, aura les mains plus libres pour faire passer
les réformes de structure qui s’imposent. La reprise économique mondiale est différée, les profits sont revus en baisse. Le monde a déjà expérimenté d’autres cycles de croissance et il n’y a aucune raison pour que les marchés ne retrouvent pas le chemin de la hausse. Mais l’amplitude du rebond dépend d’un faisceau de facteurs : efficacité des mesures de soutien américaines (baisse des taux et des impôts, aides publiques aux secteurs sinistrés) ; retour de la confiance, mais cette confiance est elle-même conditionnée à la riposte américaine aux attentats ; capacité de résistance de l’économie européenne.
Pour toutes ces raisons, quelques mois seront sans doute nécessaires
avant de voir les indices s’installer dans un véritable cycle haussier,
alors que la baisse a commencé il y a entre 12 et 18 mois. Les attentats du 11 septembre pourraient bien constituer le coup de grâce pour une économie américaine déjà sérieusement affaiblie, et que les déséquilibres structurels endettement record des ménages comme des entreprises, épargne au plus bas, crise de surproduction dans les nouvelles technologies... menaçaient de faire entrer en récession. Pour l’heure, les analystes s’interrogent sur la capacité des Américains à faire front, alors que le gouvernement fédéral renoue avec l’interventionnisme dans les champs budgétaire, monétaire, mais également en direction de secteurs fragilisés tels que les compagnies aériennes. Les
contre-feux allumés par les autorités fédérales feront-ils rempart aux
vagues de licenciements en cascade, au risque de repli des consommateurs
américains, et surtout à l’attentisme dans les programmes
d’investissement dont ne manqueront pas de faire preuve les entreprises
? Après les milieux financiers et de très nombreuses entreprises, même les gouvernements des Quinze ont versé dans le pessimisme, qui ont annoncé des dérapages pour leurs déficits publics en 2001, prétextant devoir ouvrir les vannes de la dépense publique pour éviter la récession. Ce catastrophisme est-il justifié ? A court terme, les économistes sont unanimes : la croissance européenne devrait être amputée de 0,2 % à 1 % par les événements du 11 septembre, dépassant difficilement les 1,5 %. Les plus pessimistes prédisent même une récession (c’est-à-dire un recul pur et simple de la production) au dernier trimestre.
Forte d’un potentiel de croissance plus élevé que les Etats-Unis, en
particulier à cause de l’arrivée de l’euro au 1er janvier 2002, le Vieux
Continent devrait, en revanche, sortir plus vite de la crise: sauf
enlisement militaire, les économistes parient sur un rebond dès le
printemps. En Asie, la Corée du Sud avait été la première à sortir de la crise financière de 1997. Elle est aujourd’hui la première à replonger. La Thaïlande, les Philippines, la Malaisie ne peuvent que suivre. Le gouvernement de Kuala Lumpur a annoncé un plan de soutien de 1,1 milliard de dollars. Il ne suffira pas. En Indonésie, la situation est encore pire. Non seulement le pays est exsangue, mais son unité ne tient qu’à un fil. Les États-Unis lui ont promis des centaines de millions de dollars en espérant que les musulmans 90 % de la population ne mettront pas le feu aux poudres. Même les stars sont malades. Singapour est en récession. Hongkong plonge. Et la Chine, toute entière tournée vers l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ne compte pas, cette fois, jouer le ciment de la région.
Tout comme à l’autre bout du monde le fossé va s’agrandir entre
l’Argentine ou le Brésil et le Chili, le Mexique ou la Colombie. Ce mouvement provoquerait une chute du dollar, mais alors les groupes européens et japonais seraient moins compétitifs, ce qui freinerait d’autant leur croissance économique. Par ailleurs, les États-Unis doivent financer leur gigantesque déficit extérieur. Pour attirer de nouveau les capitaux, le pays serait contraint d’augmenter ses taux d’intérêt et, cette fois encore, la croissance mondiale serait bridée. Sans parler des pays émergents, notamment d’Amérique latine, dont la santé est très dépendante de celle de Wa-shington et de sa monnaie. Alors que la visibilité sur la conjoncture est déjà très faible, tout le monde a intérêt à voir les taux de change se stabiliser. C’est pourquoi la Banque du Japon s’emploie depuis des jours à soutenir le dollar face au yen.
Cela dit, beaucoup soulignent le statut spécial du dollar (il représente
70 % des réserves de changes mondiales), qui devrait le protéger d’une
faiblesse profonde et durable. Une moindre progression du PIB amenuiserait les recettes fiscales et obligerait Bercy à un choix cornélien : laisser filer encore plus le déficit au risque de s’attirer les foudres de Bruxelles ou tailler dans les dépenses, au risque de précipiter le ralentissement. Cette année, la révision de la croissance de 3,3 % à 2,3 % entraînera un manque-à-gagner de 3,8 milliards d’euros. Le ministre des Fi-nances a clairement choisi d’accroî-tre l’impasse financière de l’Etat, au-delà des engagements européens, en 2001 comme en 2002. Avant des élections, une erreur de prévision majeure ne serait pas une première. Le budget de 1993, par exemple, avait été élaboré à partir d’un PIB en progression de 2,6 %... alors qu’il reculera pour finir de 0,9 % !
Conséquences : des ressources fiscales en recul de 1,8 %, des dépenses à
la dérive (+ 4,5 %) et un déficit budgétaire passé de 25 à 48 milliards
d’euros... Il s’agissait, c’est vrai, du dernier budget de « l’avant-Maastricht
». En revanche, un horizon trop incertain pourrait pousser les entreprises à faire des coupes drastiques dans leurs frais de fonctionnement : beaucoup d’entreprises ont, par exemple, tout bonnement annulé les voyages d’affaires de leurs salariés. Surtout, ces inquiétudes pourraient amener au gel des embauches et des investissements. Or, le contexte qui prévalait avant les attentats du 11 septembre était déjà de surproduction, et celle-ci ne se cantonne guère aux industries de haute technologie.
Pour l’heure, Bercy table tout de même sur une augmentation des
investissements des entreprises de 3,8 %, ce qui reste considérable même
si le ralentissement par rapport à 2000 et 2001 (respectivement 7,2 % et
4,9 %) est net. Dans cette période, « ces entreprises sont amenées à suspendre les embauches ». L’associa-tion patronale s’interroge également sur la probabilité d’une apparition anticipée et opportuniste de plans sociaux, que les dirigeants seraient tentés de mettre sur le compte des attentats américains. Selon elle, la perspective d’une mise en oeuvre prochaine de la nouvelle législation sur les licenciements économiques pourrait également conduire à des restructurations anticipées. Une hypothèse rejetée par le gouvernement. Par ailleurs, l’Insee pourrait être amenée à réviser ses prévisions le 4 octobre. Selon la dernière note de conjoncture, l’emploi salarié marchand devait progresser de 0,5 % au second semestre 2001, contre 1,3 % lors des six premiers mois. Et le chômage redescendre à 8,5 %. L’objectif semble difficilement at-teignable. En
juillet, le taux de chômage était remonté à 8,9 % et les chiffres d’août
devraient être mauvais. A moyen terme, « la détérioration du marché de
l’emploi restera pourtant relativement faible » pronostique Entreprise
et Personnel.
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