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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique 
Semaine du 13 au 19 octobre 2001

 

Questions après les frappes en Afghanistan
Le Pentagone avance de manière empirique

Les officiels américains le répètent à l’envie. Ces frappes aériennes ne sont que le début conventionnel d’un long conflit qui sera totalement non conventionnel. Il n’empêche. La machine militaire est lancée et la première phase des opérations ressemble à des épisodes déjà connus. Questions sur la première offensive d’Asie centrale.

- LA MAÎTRISE DU CIEL EST-ELLE ACQUISE ? L'aviation des taliban se résume à une vingtaine d’appareils et elle est loin d’être de prime jeunesse, puisqu’il s’agit de Mig 21 ou de Sukhoi 22 datant de l’époque soviétique. Le danger ne vient donc pas de ce côté-là.

Des missiles sol-air afghans ont par contre été tirés contre l’aviation alliée. C’est ici que réside la menace.

Les taliban posséderaient quelques systèmes antiaériens SA 2 et SA 3, qui mettent en œuvre des missiles guidés par radar. Mais ils ont surtout en leur possession des lance-missiles portables, entre 200 et 300 selon les estimations.

Des SAM 7 d’origine soviétique bien sûr, mais aussi des Stinger américains. Ceux-ci ont été fournis en masse— quelque 600 unités — par la CIA à la résistance afghane du temps de l’occupation soviétique.

Ils pourraient poser de sérieux problèmes aux chasseurs ou hélicoptères alliés.

- QUELLE STRATÉGIE PEUVENT DÉVELOPPER LES TALIBAN ? La semaine dernière, la direction des taliban avait elle-même envisagé son renversement.

En affirmant que si elle était chassée de Kaboul, elle se lancerait dans une guerre de guérilla contre le nouveau pouvoir afghan et ses soutiens étrangers. En ont-ils vraiment les moyens ?
Sur le papier, du moins celui des experts américains, les taliban peuvent aligner entre 40.000 et 45.000 hommes.

Des estimations certainement généreuses. Ces troupes ne sont pas toutes formées de moudjahidin aguerris. Les anciens de la guerre d’Afghanistan n’en sont qu’une composante. Ils sont encore « organisés selon les structures tribales » explique un expert.

A leur côté, d’anciens militaires de l’armée afghane très présents dans l’encadrement. Le reste de la troupe est formé de jeunes miliciens taliban sortis des madrasas les écoles coraniques pakistanaises à la formation militaire beaucoup plus succincte.

Autre faiblesse des taliban : leur base tribale, qui ne les place en terrain ami que dans le Sud pachtoune. Dans le nord du pays, ils ont toujours été perçus comme une armée d’occupation.

De plus, les taliban ne se sont jamais battus vraiment seuls. Les Pakistanais fournissaient un gros contingent de conseillers militaires. Leur lâchage serait catastrophique pour le pouvoir de Kaboul.

Les « supplétifs arabes », par contre, seraient entre 8 000 et 12 000, venus du Maghreb, du Proche et du Moyen-Orient, voire d’Afrique. Parmi eux, les hommes de Ben Laden. La fameuse «Brigade 055» alignerait entre 3 000 et 5 000 hommes.

La menace de l’opposition afghane armée pose un sérieux dilemme aux taliban. S’ils se retirent et se cachent pour échapper aux frappes aériennes, ils leur laissent le champ libre. S’ils tiennent le front, ils s’exposent aux coups venus du ciel...

- FAIRE GAGNER OU FAIRE PATIENTER L’ALLIANCE DU NORD ? Une offensive de l’opposition afghane contre la capitale Kaboul est possible d’ici à une semaine, a affirmé hier le ministre des Affaires étrangères de l’Alliance du Nord, Abdullah Abdullah, pour qui les taliban pourraient bientôt perdre le contrôle de la situation.

Simple militairement, cette combinaison de la force aérienne américaine et d’une infanterie fournie par l’opposition afghane est des plus compliquées politiquement.

L’Alliance du Nord du défunt commandant Massoud est dominée par des Tadjiks, minoritaires en Afghanistan et en conflit ouvert avec le Pakistan.

Le président Pervez Musharraf a déclaré qu’un futur gouvernement de l’Afghanistan devrait être « amical » avec son pays. Et clairement indiqué qu’il ne voulait pas que l’Alliance du Nord domine un futur gouvernement à Kaboul.

Selon lui, une telle configuration relancerait la guerre civile. Pour remplacer les pachtouns taliban, il veut imposer d’autres pachtouns. Un paramètre de plus à intégrer pour Washington dans la complexe équation afghane.

- QUELLE PHASE II ? Les opérations militaires devraient se dérouler sur une «longue période» selon Donald Rumsfeld. Il s’est gardé de préciser si cette indication concernait la phase aérienne ou l’ensemble des actions.

L’option terrestre a été évoquée à la fois par Londres et par Washington. Le ministre britannique de la Défense a affirmé « préparer une série d’options militaires et le recours à des troupes au sol en fait partie ».

La veille, le Pentagone avait justifié sa recherche de la maîtrise du ciel pour la suite des actions menées depuis le ciel mais aussi « au sol ».

C’est là que les fameuses forces spéciales, déposées le plus souvent par hélicoptère, devraient entrer en action.

« Il semble que cette fois-ci, les Américains ont envie de procéder par étapes, avec une succession de phases d’action et d’observation, explique un militaire français, on frappe trois ou quatre jours et on regarde ce qui se passe, etc. »

Cette absence de planification trop formelle semblait hier confirmée par un officiel américain. Sous couvert de l’anonymat, il confiait que la nature des phases ultérieures dépendrait surtout des réactions des différents acteurs du conflit...

Face à un nouvel ennemi, le Pentagone semble pour une fois avancer de manière empirique.

Arnaud de LA GRANGE



 

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