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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 20 au 26 octobre

 

55% pour un engagement plus important aux côtés des Etats-Unis
Le « oui » inquiet des Français à la riposte

Un mois après les attentats de New York et de Washington, une semaine après le déclenchement des frappes, les Français répondent par un oui massif mais prudent à la guerre contre le terrorisme. Plus des deux tiers des Français approuvent, en effet, la riposte américaine et britannique en Afghanistan, selon un sondage Ifop réalisé les 11 et 12 octobre pour Le Figaro, auprès d’un échantillon représentatif de 934 personnes.

Mais, dès qu’il est question d’élargir le conflit à d’autres pays belligérants ou cibles, la retenue s’installe dans les esprits.

Ainsi, parmi les seuls partisans de la riposte déjà lancée, ils sont encore 75 % à envisager favorablement une intervention militaire de la France, mais ne sont plus que 52% à accepter l’éventualité de frapper d’autres Etats complices du terrorisme.

Les Français jugent donc la riposte légitime ils ne sont pas (pas encore ?) touchés par la tentation pacifiste, mais ils ne veulent pas entrer dans l’« engrenage » d’une guerre généralisée, pour reprendre l’expression employée mardi dernier par Lionel Jospin devant la représentation nationale.

A ces trois premières questions, les plus jeunes et les plus âgés sont chaque fois les plus réticents. Les plus de 65 ans forment la seule classe d’âge où l’opposition à une participation française est majoritaire (54 % contre 46 %).

Chez les 18-24 ans, l’approbation l’emporte légèrement (52 % contre 47 %). Dans les âges intermédiaires, les réponses favorables frôlent ou dépassent les 60 %.

Les écarts restent toutefois mesurés, de même qu’entre les différentes catégories socioprofessionnelles. Les ouvriers sont sensiblement plus « interventionnistes » que les professions libérales. Les premiers sont 48 % à approuver des ripostes contre d’autres Etats quand les seconds ne sont que 36 %.

Mais le vrai clivage est politique. Les électeurs de l’extrême-gauche et du Parti communiste sont les seuls à condamner majoritairement l’intervention en Afghanistan (56 % et 58 %).

A droite, l’approbation dépasse les 80 %. Entre les deux, les socialistes sont partagés, et, finalement, les plus proches de la moyenne nationale : 65 % approuvent l’intervention anglo-américaine, 48 % n’excluent pas un engagement militaire de la France et 32 % seulement sont hostiles à des ripostes contre d’autres pays.

Enfin, alors que Jean-Marie Le Pen tient un discours ouvertement antiaméricain, les électeurs du Front national sont, eux, parmi les plus favorables aux solutions militaires.

A ce dégradé de réponses sur l’ampleur des ripostes répond, comme dans un miroir, un dégradé de réponses sur le sentiment d’inquiétude. Celle-ci est forte.

Plus l’échelle est vaste (le monde), plus la peur est grande. La peur ne s’est pas transformée en psychose, mais il est déjà assez remarquable que près de la moitié des Français craignent pour leur sécurité personnelle et que les trois quarts d’entre eux s’attendent à des menaces terroristes sur le territoire national.

Sur cette seconde série de trois questions, les clivages sont les mêmes. Les plus jeunes et les plus âgés sont là encore les moins inquiets. A contrario, les plus inquiets sont aussi les plus « interventionnistes » (les électeurs de droite, les ouvriers, les provinciaux et les 25-65 ans).

A peine plus de six mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, il était difficile de ne pas interroger les Français sur le lien entre la situation internationale et la vie politique intérieure.

Dans la course à l’image à laquelle se livrent, sans l’avouer, les deux têtes de l’exécutif, Jacques Chirac dispose de plusieurs longueurs d’avance sur Lionel Jospin.

Trois Français sur quatre parmi ceux qui expriment une opinion jugent le chef de l’Etat « plus efficace dans la gestion de la crise ». Un tel écart est en partie une surprise.

Dans tous les baromètres mesurant la popularité des dirigeants ou la confiance qui leur est accordée, Jacques Chirac a certes grimpé de 10 à 15 points ces derniers jours. Mais Lionel Jospin a lui aussi progressé dans de fortes proportions.

Comme si, dans la crise, les Français se soudaient en bloc derrière ceux qui les dirigent.

C’est sans doute pour cette raison que la cohabitation est davantage perçue comme un atout que comme un handicap dans le contexte actuel, sauf à droite, où la proportion est inversée. Mais, dès qu’il s’agit de départager les deux hommes, il n’y a plus photo.

A l’évidence, l’approche compassionnelle et spontanée du président de la République — « quand on voit ça, on a envie de pleurer » —, disait-il à New York au lendemain des attentats répond mieux à l’émotion de l’opinion que l’approche analytique et raisonnée du premier ministre.

Jacques Chirac fait évidemment la quasi-unanimité dans son camp. Il devance Lionel Jospin dans toutes les catégories d’âges ou de professions.

Mais il devance aussi largement le chef du gouvernement au sein de l’électorat socialiste (48 % contre 38 %). Il n’y a qu’avec les électeurs communistes que le Premier ministre peut se consoler, lesquels le jugent plus efficace que Chirac.

D’une courte tête (40 % contre 36%). Le chef de l’Etat est également perçu comme un allié plus solide des Américains puisque son avance est écrasante auprès de ceux qui approuvent l’intervention en Afghanistan (71 % contre 17 %) et plus faible auprès de ceux qui la réprouvent (49 % contre 35 %).

Si l’on rapproche ainsi toutes les réponses aux questions du sondage Ifop, on devine que les Français partagent le refus d’« engrenage » pointé par Lionel Jospin, tout en lui en voulant un peu de l’avoir exprimé à voix haute.

Par Guillaume TABARD , Pascale SAUVAGE, Sophie HUET



 

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