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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 20 au 26 octobre

 

L’attribution du prix Nobel de la Paix à l’organisation internationale
L’ONU contre la jungle
 

En récompensant Kofi Annan et l’ONU, le jury du prix Nobel a reconnu la plus grande des qualités des Nations unies : malgré ses nombreux défauts, l’organisation mondiale a tout simplement le mérite d’exister.

Depuis les attaques terroristes du 11 septembre, cette vérité, souvent occultée par les travers bureaucratiques de l’ONU, est redevenue une évidence.

L’article 51 de la charte reconnaissant le droit à la légitime défense, les États-Unis auraient peut-être pu se passer du vote d’une résolution spécifique.

Mais le fait que le Conseil de sécurité constate, à l’unanimité de ses membres, que l’Amérique a bien été la victime représente pour Washington un énorme atout.

George W. Bush a ordonné la riposte sans craindre l’habituelle accusation d’arrogance. Il avait la morale pour lui.

Superpuissance unique depuis la disparition de l’URSS, les États-Unis ont soudain compris les limites de l’unilatéralisme.

Surprise par les haines qu’elle inspire, l’Amérique a redécouvert la nécessité de cultiver les amitiés. Au point que la Maison-Blanche vient de demander au Congrès d’approuver le paiement à l’ONU des cotisations en retard des États-Unis.

L’ONU présente deux avantages incomparables. C’est le seul forum dont disposent les petits pays pour se faire entendre.

Sans le discours annuel devant l’assemblée générale, sans les votes négociés pour l’attribution d’un siège à la Commission des droits de l’homme ou l’adoption d’un texte du Conseil économique et social, ni le Bangladesh ni le Kirghizistan n’auraient jamais le sentiment d’exister sur la scène du monde.

Comme Washington l’avait trop longtemps oublié, l’ONU est aussi le meilleur instrument pour légitimer les actions des Grands. Sans le mandat du Conseil de sécurité, les États-Unis n’auraient sûrement pas rassemblé, contre Saddam Hussein, une coalition aussi large que celle qui triompha dans la guerre du Golfe.

De même que, en 1950, c’est un vote du Conseil de sécurité qui permit à l’armée américaine d’être suivie par les contingents de quinze autres pays pour répondre à l’invasion de la Corée du Sud par les Nord-Coréens.

Les péchés de l’ONU ne sont que ceux des États qui la composent. L’ONU n’ayant pas de volonté propre, c’est évidemment à ses membres de corriger leurs propres abus.

La critique démagogique étant passée de mode, la réélection triomphale de Kofi Annan en juin et, le 12 septembre, sa part du prix Nobel sont autant de preuves que les réformes avancent.

L’échec de la SDN, dans les années 30, n’a rien perdu de son actualité. Les États-Unis ayant refusé d’y participer alors qu’ils en avaient été les initiateurs, elle fut trop faible pour contrecarrer la politique du fait accompli de Hitler et de Mussolini.

L’ONU est donc irremplaçable. Il s’agit maintenant d’effacer le souvenir du « machin » que de Gaulle dénonça à juste titre. Car, face à Oussama ben Laden, elle est un allié indispensable aux États-Unis pour que leur nouvel ordre mondial triomphe de la loi de la jungle.

Par Charles LAMBROSCHINI *

* Directeur adjoint de la rédaction du Figaro

 

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