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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 27 octobre au 2 novembre 2001

 

Le chef de l’Etat, devant l’Unesco, répond
indirectement à Berlusconi
Chirac réfute l’idée d’un « choc des civilisations »

Le président italien, Silvio Berlusconi, avait évoqué « la supériorité de la civilisation occidentale ». Jacques Chirac plaide pour Comment répondre aux défis de la mondialisation et du terrorisme ? Comment concilier diversité et respect des cultures ?

Intervenant, la semaine dernière, devant la conférence générale de l’Unesco, Jacques Chirac a tenté de répondre à ces questions en se prononçant notamment pour l’affirmation « d’une éthique universelle ».

Soulignant, dans son allocution d’ouverture de la 31e session de la conférence à Paris, qu’on n’a «pas fini de mesurer les effets» des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, le président de la République a tenu à refuser « ce discours qui se nourrit de toutes les peurs », et selon lequel «la tragédie de New York» annoncerait un « choc des civilisations qui marquerait le XXIe siècle, de même que le XIXe siècle a vu s’affronter les nationalités et le XXe les idéologies ».

La lutte contre le terrorisme est « un combat pour l’homme contre la barbarie », a-t-il dit, invitant à ne pas « tomber dans le piège que tendent les terroristes qui veulent soulever les hommes, culture contre culture, religion contre religion ».

La réponse au discours des fanatiques, selon Jacques Chirac, c’est «celle du respect, celle de l’échange, celle du dialogue de toutes les cultures, inséparable de l’affirmation claire et sans concession des valeurs qui nous font ce que nous sommes».

Et le chef de l’Etat de s’interroger : «L’Occident a-t-il donné le sentiment d’imposer une culture dominante, essentiellement matérialiste, vécue comme agressive puisque la plus grande partie de l’humanité l’impose, la côtoie sans y avoir accès ?

Est-ce que certains de nos grands débats culturels ne sont pas parfois apparus comme des débats de nantis, ethnocentrés, qui laissaient de côté les réalités sociales et spirituelles de ce qui n’était pas l’Occident ? Jusqu’où une civilisation peut-elle vouloir exporter ses valeurs ?»

Pour le président de la République, « la réponse à cela (...), c’est le dialogue des cultures, gage de paix, alors que le destin des peuples se mêle comme jamais ».

Ce dialogue « réinventé » passe par « l’égale dignité de toutes les cultures », a dit M. Chirac dans une réponse implicite au président du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, qui, en septembre, avait évoqué « la supériorité de la civilisation occidentale ». « C’est aussi, et surtout, une grille de lecture du monde. »

« Que seraient l’architecture, la poésie ou les mathématiques sans la culture arabe qui recueillit aussi les savoirs antiques, qui s’aventura bien loin de ses frontières quand l’Europe s’enfermait sur elle-même? », s’est notamment demandé le président avant de souligner l’apport de la culture hindoue à la philosophie, celui de l’Afrique à l’art ou l’influence de l’Extrême-Orient et de « sa recherche passionnée de l’harmonie ».

Jacques Chirac a aussi plaidé pour la diversité culturelle comme réponse à « la mondialisation laminoir des cultures », synonyme d’«uniformisation».

Face aux craintes qu’elle suscite chez ceux qui y voient « une nouvelle forme de colonisation », il a affirmé qu’il fallait « civiliser la mondialisation, faire prévaloir l’intérêt des hommes, de tous les hommes ».

« Il ne saurait être question de livrer le monde aux seules forces du marché», a-t-il dit. Le président a également insisté sur l’effort d’éducation, «l’une des grandes priorités de l’Unesco». A ce sujet, il a dénoncé le sort des femmes afghanes qui témoigne de « l’obscurantisme des taliban ».

Le chef de l’Etat a enfin souhaité que chacun soit « sûr de ses propres valeurs ». « Veillons à ce que nos sociétés développées soient capables de proposer autre chose que des biens matériels, a-t-il précisé. Veillons à ce qu’elles ne donnent pas le sentiment que tout se vaut, que tout est égal à tout, que rien ne vaut la peine d’être défendu».

« Ainsi, en France, ne craignons pas d’affirmer avec force ce que nous sommes : un peuple épris de liberté, de fraternité et d’égalité. Un peuple laïc mais respectueux des religions, et marqué par son histoire religieuse », a-t-il ainsi déclaré.

«Ne craignons pas d’affirmer l’existence d’une éthique universelle, celle qui inspire la Déclaration universelle des droits de l’homme», a-t-il conclu, avant de préciser que cette éthique n’était pas «un modèle occidental, cheval de Troie de civilisations honnies». Elle est «un humanisme. Elle est de tous les peuples, de toutes les nations, de toutes les religions».

D’ordinaire, Jacques Chirac n’évoque que du bout des lèvres les valeurs issues de la civilisation judéo-chrétienne. Tout comme il a longtemps semblé rechigner à exalter les vertus du monde occidental ou la philosophie du siècle des Lumières.

A l’Unesco, il a pourtant consacré toute une partie de son intervention à la défense, tout en nuances, de la culture occidentale.

S’il s’interroge sur l’évolution de celle-ci — « L’Occident a-t-il donné le sentiment d’imposer une culture dominante, essentiellement matérialiste ? » —, il revendique désormais clairement les acquis de la civilisation des droits de l’homme. « Il faut s’aimer soi-même pour parler avec l’autre.

Il faut se sentir sûr de ses propres valeurs, de ses propres idéaux pour fonder un dialogue riche, constructif », a-t-il ainsi déclaré, avant de souhaiter que «nos sociétés développées soient capables de proposer autre chose que des biens matériels ».

« Veillons, a-t-il ajouté, à ce qu’elles ne donnent pas le sentiment que tout se vaut, que tout est égal à tout, que rien ne vaut la peine d’être défendu.»

Anne FULDA


 




 

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