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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 27 octobre au 2 novembre 2001

 

Après les attentats du 11 septembre, le malaise
des musulmans de France
« Les terroristes ne se recrutent pas dans les mosquées »

Khalil Merroun, 55 ans, technicien à la Snecma, est le recteur de la plus grande mosquée de France, celle de Courcouronnes (Essonne).

LE FIGARO. Comment les bombardements américains sur l’Afghanistan sont-ils vécus par la communauté ?

Khalil MERROUN. Les images de ces bombardements retransmises par Al Jezira et reçues sans préparation peuvent créer dans des mentalités tordues des slogans comme « Vive Ben Laden ! ». Notre rôle est d’appeler au calme.

Nous y sommes aidés par le fait que la France a adopté une attitude intelligente.

Mais nous ne pouvons pas maîtriser l’effet des télévisions captées par les paraboles.

Ainsi, l’appel au djihad pourrait faire déraper quelques jeunes qui, notez-le, ne fréquentent pas les mosquées. Car les terroristes ne se recrutent pas dans les mosquées mais dans les cafés et dans certaines manifestations.

D’autre part, les musulmans français ont à l’esprit le sort des enfants irakiens, écrasés sous les bombes américaines. Si ces bombardements durent, le fossé se creusera entre l’Amérique et le reste du monde.

Le mot « islamiste » vous semble-t-il dangereux ?

Il contient le mot « islam », religion de paix. Mais son emploi péjoratif peut prêter à confusion. Des terroristes, il y en eut, par exemple, en Irlande. A-t-on parlé de « catholicistes » ? Ou de « protestantistes»? Non. Pour gagner la paix, il faut aussi prendre garde aux mots.

La Marseillaise a été sifflée lors du match France-Algérie. Qu’en pensez-vous ?

Cela a choqué la communauté musulmane. C’est une provocation des jeunes pour dire devant les caméras de télévision : « Nous existons même si vous nous prenez pour quantité négligeable. » Il ne faut pas le prendre au premier degré.

Ils ont aussi sifflé leur héros Zidane qui est français. Et ils se sont sifflés eux-mêmes : tous sont nés en Fran-ce, et sont français. Cela montre combien ils sont en porte-à-faux et combien il est urgent de leur apporter une réponse.

Que répondre à ceux qui font de Ben Laden un héros ?

C’est un cri de révolte et l’expression d’un ras-le-bol, pas un cri d’adhésion. Il ne faudrait pas cependant que la fracture s’aggrave.

Il faut faire aimer la France à ces jeunes parce que la France aura besoin d’eux. Ils sont au carrefour de plusieurs cultures sans appartenir à aucune.

Il faut leur en donner une et approfondir les mécanismes de l’insertion. C’est travailler à la paix dans les quartiers.

L’acquisition d’une véritable citoyenneté, est-ce un début de réponse ?

Oui, mais pour être français, il faut le mériter. Posséder une carte d’identité, c’est assumer d’abord des devoirs pour, ensuite, avoir des droits. En tout état de cause, la culture musulmane oblige à respecter la maison qui vous accueille.

Propos recueillis par Hervé GUENOT



 

 

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