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INFOS - DOSSIER |
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L'actualite
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Les conséquences des
attentats du 11 septembre aux Etats-Unis |
Une rupture
historique fondamentale ?
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Depuis six semaines, les experts en relations internationales du monde entier dissertent sur la question : la date du 11 septembre 2001 marquera-t-elle une rupture historique fondamentale ? Pour les uns, à une extrémité du spectre des opinions, les attentats contre les tours du World Trade Center et le Pentagone ou, même, la violence biologique et chimique qui s’annonce ne sont que le mode contemporain d’un phénomène vieux comme le monde : le terrorisme. A l’opposé, certains pensent que l’apparition du syndrome de Ben Laden est un événement annonciateur d’un bouleversement radical, d’une transformation du monde plus profonde encore que ne le fut la guerre froide. Au stade où nous en sommes, on ne peut évidemment que spéculer et, comme toujours, les faits trancheront. Toutefois, le débat n’est pas qu’intellectuel, car la manière dont on appréhende une situation influe sur les décisions et donc sur le cours des choses. Les arguments en faveur de la thèse minimale ne manquent pas. Pour monter des opérations comme celle du 11 septembre, une organisation structurée est nécessaire, avec d’importants moyens financiers et matériels, avec de rigoureuses capacités de coordination. Certes, la CIA, le FBI et leurs homologues dans les autres pays occidentaux n’ont pas su prévoir les attentats. Mais, depuis qu’ils se sont mobilisés, la probabilité de nouvelles agressions de cette ampleur est fortement réduite. En outre, bien qu’il existe sûrement des réseaux dormants non encore démantelés, leur nombre est forcément limité. Autrement dit, d’autres agressions terribles contre des intérêts occidentaux restent possibles. Mais à la condition de garder son sang-froid, d’agir à la fois sans faiblesse et sans excès pour neutraliser les organisations terroristes, un retour à la normale est probable. A quoi il faut ajouter, pour les optimistes, que les Etats restent les éléments de base constitutifs du système international et que les organisations terroristes ne peuvent prendre de l’ampleur qu’avec la complicité de certains Etats. Ainsi, contrairement à une vision répandue, la logique classique de la guerre et de la paix n’est-elle pas en défaut : en pratique sinon en rhétorique, les Etats-Unis et leurs alliés ont déclaré la guerre à l’Afghanistan dont le gouvernement a soutenu Oussama ben Laden, et non pas directement à celui-ci ; le président Bush a menacé on ne peut plus clairement tout autre Etat qui s’avérerait complice des terroristes. Par une combinaison judicieuse de bâtons et de carottes, comme à l’égard du Pakistan, Washington espère obtenir les coopérations nécessaires, et venir à bout des « Etats voyous » irréductibles, l’Afghanistan des taliban d’abord, l’Irak de Saddam Hussein ensuite. La thèse maximale ne manque pas non plus de raisons. Il est possible qu’à la faveur de la négligence générale, en particulier aux Etats-Unis, les réseaux dormants soient plus nombreux qu’on ne le pense. De même pour les kamikazes potentiels. Les capacités stratégiques et opérationnelles des terroristes semblent beaucoup plus élevées qu’on ne l’avait imaginé. Les hommes de Ben Laden maîtrisent bien la complexité des systèmes de communication et on dirait qu’ils ont pensé à tout à l’avance, même à conforter leur propagande grâce à la chaîne de télévision Al Jezira du Qatar qui a pris CNN et tous les médias occidentaux à contre-pied. Les penseurs des attentats du 11 septembre pourraient bien gagner leur pari, fondé sur la combinaison de la peur occidentale et du soulèvement des foules musulmanes, d’une déstabilisation des régimes arabes « modérés » et leur remplacement par des régimes islamistes. Il s’agirait, en fin de compte, d’expulser les « infidèles » des Lieux saints et plus généralement de la terre musulmane. L’histoire du XXe siècle fut jalonnée par l’écroulement des empires, notamment l’Empire ottoman avec la Première Guerre mondiale, les empires coloniaux européens dans le troisième quart du siècle, enfin l’empire russe. Sur leurs décombres ont émergé un grand nombre d’Etats fragiles, mal à l’aise dans des frontières artificielles, frustrés par leurs échecs économiques, dont les populations sont tentées d’imputer tous leurs maux aux anciens occupants ou au pays dans lequel s’incarne aujourd’hui le symbole de la puissance sinon de l’arrogance occidentale : les Etats-Unis. Le 11 septembre 2001, la courte parenthèse pendant laquelle, après la chute de l’URSS, on a pu rêver de la fin de l’histoire se serait refermée ; un nouveau conflit, bien plus terrifiant que la guerre froide, aurait commencé, la guerre des civilisations, comme si le drame de Sarajevo de la décennie précédente devait s’étendre à la planète tout entière. Face à des circonstances difficiles, l’homme oscille naturellement entre l’optimisme et le pessimisme. Le souci de se rassurer l’emporte à certains moments sur l’attirance morbide vers le pire ; à d’autres moments, c’est l’inverse. Les experts échappent d’autant moins à ce mouvement de bascule qu’ils ont eux-mêmes leurs propres préjugés, leur propre idéologie. Nul ne peut se soustraire complètement à l’ethnocentrisme. Le simple bon sens suggère que les deux scénarios qui précèdent ont peu de chances de se réaliser, parce qu’ils sont extrêmes. Les événements du 11 septembre mettront sûrement un terme à la notion angélique d’une mondialisation complètement permissive. Le problème de la sécurité, qui est à la base de la notion même de l’Etat, doit être repensé à l’échelle de nouvelles unités politiques mieux adaptées aux réalités de la science et de la technologie contemporaines. Pour faire face aux nouvelles menaces, il faudra d’autant plus de temps que de grands intérêts, notamment économiques et financiers, sont en jeu (à propos du secret bancaire, par exemple). A court et moyen terme, tout dépendra, d’une part, de l’efficacité de l’action policière et militaire en cours, d’autre part, de la capacité des gouvernements des pays musulmans à neutraliser les activités terroristes sur leurs territoires sans que leur population s’enflamme et les renverse. La tournure prise par les bombardements de l’Afghanistan, les propos ambigus de l’administration de Washington dont on connaît les divisions sur une éventuelle action contre l’Irak ou d’autres pays font craindre un début d’escalade et donc un déchaînement des passions. Jusqu’ici, les gouvernements européens ont bien fait de faire front occidental commun et on ne saurait leur reprocher d’avoir choisi de demander aux Etats-Unis ce qu’ils attendaient d’eux. Mais une réponse du genre « tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous » n’est pas appropriée. L’Europe, qui n’a cessé depuis plus de vingt ans d’exprimer trop timidement ses désaccords sur la politique au Moyen-Orient, doit mieux faire entendre sa voix. Les Américains doivent comprendre qu’ils doivent en finir avec l’unilatéralisme. C’est aussi le message des jurés du prix Nobel de la paix. En distinguant la grande institution, dont le siège est à New York, la ville mutilée, et son très estimable secrétaire général, ils ont voulu à la fois dire leur sympathie à la grande puissance en état de choc et lui conseiller de mieux regarder et écouter les autres. Par Thierry de MONTBRIAL * * Président de l’Institut
de France ; directeur de l’Ifri. Derniers ouvrages collectifs parus :
Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000, Ramsès 2002, Dunod.
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