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Grâce à
Kofi Annan, l’ONU a retrouvé le moral. Réélu en juin pour un deuxième
mandat de secrétaire général, ce fonctionnaire international né au Ghana
en 1938, a vu ses efforts pour réformer les Nations unies récompensés
par le prix Nobel de la paix, qui lui a été décerné le 12 octobre. Avec
la guerre en Afghanistan et le combat mondial contre le terrorisme,
l’ONU se retrouve en première ligne.
Dans
l’immédiat, les Nations unies jouent surtout un rôle humanitaire : elles
livrent à l’Afghanistan de la nourriture et des médicaments.
L’ONU
poursuit aussi son effort pour convaincre les multiples factions
afghanes de s’entendre sur la création d’un gouvernement intérimaire.
Mais,
souligne Kofi Annan, « le nouveau problème que représente Ben Laden ne
doit pas faire oublier les vieux problèmes qui constituent les racines
du terrorisme ».
C’est-à-dire la pauvreté, l’ignorance et les conflits non résolus, comme
celui qui continue d’opposer Israéliens et Palestiniens.
LE FIGARO. L’ONU est une organisation de paix puisque, selon le
préambule de sa charte, elle est supposée « préserver les générations
futures du fléau de la guerre ». Alors, dans la guerre contre le
terrorisme, à quoi peut bien servir l’ONU ?
Kofi
ANNAN. L’ONU est en première ligne. Le Conseil de sécurité vient de
voter deux résolutions qui fixent le cadre de la coopération des 189
Etats membres dans le combat contre le terrorisme. Selon ces textes, les
gouvernements doivent refuser l’asile politique aux terroristes et
interdire l’installation chez eux de camps d’entraînement ou de bases
logistiques. Ce n’est pas un vœu pieux. Les gouvernements qui
désobéiront s’exposeront à des sanctions internationales.
Tandis que l’aviation américaine bombarde l’Afghanistan, quel est le
rôle pratique des Nations unies ?
Dans l’immédiat, il s’agit de secourir les populations. Notre action
humanitaire est ancienne puisque, depuis vingt ans, l’Afghanistan n’a
connu que la violence. La guerre aérienne gêne évidemment nos efforts.
Il faudrait que nous puissions fournir 50 à 60 000 tonnes de nourriture
par mois. Or nous ne livrons que la moitié. Mais j’espère que, bientôt,
nous ferons beaucoup mieux : grâce à l’appui des pays voisins où nous
sommes en train d’installer des bases arrière. Notamment l’Ouzbékistan.
Mais votre mandat ne s’arrête pas là ?
Nous travaillons à préparer la paix. Là aussi nous bénéficions d’une
longue expérience : il y a des années que nous essayons de convaincre
les factions afghanes de se partager le pouvoir. Depuis les attaques
terroristes du 11 septembre, cet objectif est évidemment encore plus
urgent. Les divers groupes ethniques doivent cesser de se sauter à la
gorge et organiser une vaste coalition politique. Il faut également que
les pays voisins de l’Afghanistan jouent le jeu en acceptant la
constitution d’un gouvernement afghan qui soit effectivement pro-afghan.
Donc loyal au seul peuple afghan.
L’objectif politique de l’ONU n’est-il pas contredit par l’objectif
militaire des Etats-Unis ? Tandis que vous parlez de mettre sur pied un
gouvernement qui pourrait même comprendre des talibans modérés,
Washington affiche comme but de guerre la destruction du régime taliban.
Secrétaire général de l’ONU, je dois suivre les instructions du Conseil
de sécurité dont les résolutions exigent que les responsables des
attaques du 11 septembre soient traduits en justice. Mais que des
talibans dissidents puissent ou non participer à une future coalition
relève de la seule décision des Afghans.
Pour maintenir l’ordre après la guerre, il faudra aussi une police.
L’ONU prévoit-elle d’envoyer des Casques bleus ?
Comment assurer la sécurité de la population afghane, lorsque les
opérations militaires seront terminées, reste aujourd’hui une question
sans réponse. Mais il est certain que, pour continuer à nourrir le pays
et pour commencer à le reconstruire, il faudra le calme. Trois options
sont à l’étude.
Premièrement, des Casques bleus : c’est-à-dire une force des Nations
unies. Deuxième scénario : une force multinationale qui rassemblerait un
certain nombre de pays volontaires. Cette force pourrait être
exclusivement islamique ou bien associer des troupes musulmanes et non
musulmanes.
La
troisième solution serait nationale. La coalition au pouvoir à Kaboul
organiserait une force proprement afghane qui, synthèse de toutes les
milices actuelles, pourrait se révéler le meilleur garant de la
stabilité du pays.
Ne
serait-il pas plus simple de charger l’ONU de gouverner l’Afghanistan ?
Il n’est pas question de faire de l’Afghanistan un protectorat de l’ONU.
Les Nations unies sont prêtes à fournir une assistance technique pour
administrer le pays mais elles ne se substitueront pas aux autorités
afghanes.
Shlomo Ben Ami, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Barak,
se dit maintenant persuadé que le seul moyen d’en finir avec le conflit
israélo-palestinien est d’imposer une solution de l’extérieur. Puisque
les Afghans n’ont pas cessé de se disputer depuis le départ de l’Armée
rouge en 1989, ne serait-ce pas la meilleure formule pour l’Afghanistan
?
Ça ne
marchera jamais. L’Histoire montre que chaque tentative étrangère pour
dominer ou contrôler l’Afghanistan a toujours fini en échec.
Les bombardements ont une efficacité limitée et les Américains
semblent résignés à se lancer dans des opérations terrestres. Mais ne
risquent-ils pas de se retrouver enlisés dans un bourbier à la
vietnamienne ?
Parce que je ne connais pas les détails de la situation militaire, je ne
peux pas porter un jugement sur la stratégie de Washington. Mais, si je
m’en tiens aux déclarations officielles des Américains, ils se
montreront très prudents quant à l’utilisation de leurs troupes sur le
terrain. Je ne crois donc pas qu’on puisse déjà parler d’une répétition
du Vietnam.
Si les Américains continuent de bombarder, il y a un autre risque :
celui d’une explosion générale du monde musulman. Que peut faire l’ONU
pour calmer le jeu ?
Chaque fois que des civils sont tués ou blessés, le mécontentement
grandit forcément. Une explosion de colère dans le monde musulman est un
vrai danger. Pour ma part j’ai déjà lancé plusieurs appels en faveur des
populations civiles d’Afghanistan. Il ne faut pas que des innocents
paient pour les coupables.
Croyez-vous que les Etats-Unis pourraient aller frapper ailleurs ? Et
d’abord en Irak.
J’ai déjà insisté sur le fait qu’il n’y a aucune preuve de la complicité
de Bagdad dans les évènements du 11 septembre. Attaquer l’Irak serait
une faute. Le seul résultat serait d’accroître les tensions dans la
région. Mais je crois que le gouvernement américain est très conscient
de ces réalités.
Richard Perle, l’un des responsables du Pentagone, a souligné l’autre
jour que les Etats-Unis se battaient tout seuls contre le terrorisme.
Avec amertume il a remarqué : « La coalition c’est l’ONU moins l’Irak. »
Je ne sais pas combien de pays les Etats-Unis ont approché pour leur
demander de se joindre à la coalition.
J’ignore
combien de troupes ils ont demandé, ni combien de gouvernements ont
accepté. Mais j’ai le sentiment que l’Amérique n’a pas la même politique
qu’à l’époque de la guerre du Golfe.
Elle ne
cherche pas forcément des alliés militaires car alors il faudrait faire
le décompte de ceux qui ont refusé. L’important, c’est de participer,
d’une façon ou d’une autre, à la coalition contre le terrorisme.
Justement, en quoi consiste cette coalition ?
Le seul moyen de gagner contre le terrorisme c’est d’organiser une
action internationale commune.
Peu
importe que vous parliez de coopération ou de coalition, l’essentiel est
que ce combat soit mené dans le cadre des Nations unies : sur la base
des deux résolutions du Conseil de sécurité et des résolutions de
l’assemblée générale.
La
bataille contre les talibans et contre Al Qaida est un objectif à court
terme. Mais, contre le terrorisme, on ne peut vaincre que sur le long
terme : donc avec la coalition.
Pour
certains pays cet engagement dans la coalition se traduit par des
opérations aériennes en Afghanistan ; d’autres pays se limitent à un
soutien politique ou matériel.
Pour que l’Occident finisse par gagner la guerre froide, il a fallu
cinquante ans de « containment » de l’URSS.
Face au terrorisme, faudra-t-il aussi longtemps ?
Avec Ben Laden nous sommes confrontés à un problème nouveau. Mais cela
ne signifie pas que les vieux problèmes ont disparu.
Plus que
jamais nous devons être déterminés à arracher les racines d’un
terrorisme qui, lui, ne date pas d’hier. Nous devons continuer à
combattre la pauvreté et l’ignorance.
De même,
il ne faut pas que nous renoncions à régler les conflits restés sans
solution. Si on en a la volonté politique, si on est prêt à investir
l’argent nécessaire au développement économique, nous pourrons contenir
le terrorisme. Je crois même que nous réussirons bien plus tôt qu’on ne
le pense.
L’échec du processus de paix entre les Israéliens et les Palestiniens
est le principal alibi de Ben Laden pour déclarer la guerre à l’Amérique.
Les Etats-Unis ont-ils compris qu’il est urgent de relancer la
négociation ?
Après un temps d’hésitation, les Américains se sont de nouveau engagés.
Le gouvernement de Washington met la pression autant sur les Israéliens
que sur les Palestiniens car il se rend bien compte que l’escalade au
Proche-Orient complique le combat contre le terrorisme et déstabilise la
coalition dont les Etats-Unis ont besoin.
Votre représentant sur place, le Norvégien Roed Larsen, s’efforce de
relancer l’application du rapport Mitchell, un ancien sénateur américain,
en suggérant un mécanisme de contrôle sous la responsabilité d’une
autorité extérieure. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Alors que l’intifada se poursuit depuis plus d’un an, les deux parties
ont accepté les recommandations du rapport Mitchell. Les Israéliens et
les Palestiniens ont aussi signé un cessez-le-feu après la médiation de
Tenet, le directeur de la CIA. Mais rien n’a changé.
Conclusion logique: laissées à elles-mêmes, les deux parties seront
incapables de sortir de l’impasse. Elles ont besoin de l’aide d’un tiers
qui, selon moi, devrait être un groupe d’acteurs internationaux qui
ferait collectivement une proposition aux Israéliens et aux Palestiniens.
C’est
dans cette perspective que, ces derniers temps, l’ONU travaille beaucoup
avec les Européens, les Russes et les Américains.
On en revient à la théorie de Schlomo Ben Ami qui suggère une
solution imposée de l’étranger.
Il ne s’agit pas d’imposer une solution. Mais plutôt de mettre sur la
table une proposition qui se révèle si raisonnable et si rationnelle que
ni les Israéliens ni les Palestiniens ne trouveraient facile de la
rejeter. En effet, cela signifierait qu’ils refusent de coopérer avec la
communauté internationale.
Pourquoi avez-vous été récompensé par le prix Nobel ? Pour ce que
vous avez fait dans le passé alors que, de votre propre aveu, la plupart
des opérations de maintien de la paix, dont vous étiez le responsable
direct jusqu’à votre élection comme secrétaire général, se soldèrent par
des échecs.
C’est vrai, nous avons connu de grands échecs. Mais nous avons aussi
réussi plusieurs opérations : la transition en Namibie, les élections au
Cambodge, le sauvetage de Timor.
Evidemment la presse a tendance à négliger ce genre de réussites : il
n’y a que les mauvaises nouvelles qui sont de bonnes nouvelles. De plus
le comité du prix Nobel a voulu reconnaître nos efforts dans le domaine
économique et social.
A propos
de la pauvreté dans le tiers-monde, les droits de la femme,
l’environnement, l’ONU a toujours été à l’avant-garde. Mais là aussi ce
ne sont pas des sujets couverts par la presse.
Les réformes que vous réclamez pour les opérations de paix ont été
saluées par tout le monde. Mais les Etats membres vous accorderont-ils
les remèdes que vous réclamez ? Plus d’argent et plus de soldats bien
entraînés.
Les Etats membres ont compris le message. Je pense que d’ici à décembre
ils approuveront la plupart de mes recommandations. Alors, nous pourrons
organiser des opérations beaucoup plus efficaces parce que nous pourrons
compter tout à la fois sur le soutien politique et sur les ressources
nécessaires. Notamment en Afghanistan.
Les Etats
membres ne peuvent plus donner des responsabilités à l’ONU tout en lui
refusant les moyens de les assumer. Quand nos opérations de paix
tournaient mal, les journaux criaient à l’échec mais pas un des 189
Etats membres ne s’est jamais levé pour défendre l’ONU. Pourtant l’ONU
c’est eux.
Le prix Nobel n’est-il pas aussi un encouragement à lutter contre
l’unilatéralisme de Washington ?
Entre l’ONU et l’Amérique, une nouvelle relation est en train de naître.
Aujourd’hui les Américains travaillent avec nous dans la confiance. Les
Etats-Unis ont payé leurs arriérés de cotisations et, du coup, l’ONU se
trouve dans une situation financière qui n’a jamais été aussi favorable.
Il a fallu les attaques du 11 septembre pour que les Etats-Unis
découvrent qu’ils ont besoin des autres pays.
Les problèmes du monde sont si nombreux et si complexes qu’un pays seul,
même s’il est le plus puissant, ne peut pas tous les résoudre. Et, face
au terrorisme, c’est encore plus vrai : les Etats-Unis ont découvert que
l’intérêt collectif est le même que leur intérêt national.
Dans votre discours du millénaire vous avez fait de la morale le
fondement des Nations unies. Pour vous, l’ingérence est un devoir et non
plus seulement un droit. Mais cette doctrine de l’intervention peut-elle
l’emporter sur la souveraineté nationale, notamment dans le tiers-monde
?
Nous vivons tous dans le même village mondial et nous sommes tous
responsables de notre prochain. Lorsqu’une horreur se produit dans un
coin éloigné du monde, nous ne pouvons plus prétendre que nous ne savons
pas.
Quant aux
dirigeants qui oppriment les droits de leurs populations, ils doivent
comprendre qu’ils s’exposent désormais à des interventions
internationales. Non pas que ces interventions doivent être forcément
militaires.
Elles
peuvent prendre la forme de sanctions commerciales ou d’une campagne
d’opinion qui peut se révéler très néfaste. Prenez l’exemple de
l’apartheid : si j’avais fait mon discours à cette époque le régime de
Pretoria l’aurait sûrement rejeté avec mépris.
Mais
quelle aurait été la réaction des Sud-Africains eux-mêmes et des autres
peuples du monde ? J’ai déclenché un débat qui n’est pas terminé.
L’essentiel est que mon discours aura contribué à protéger des individus.
Autre obstacle : celui du veto au Conseil de sécurité. Comment le
droit d’ingérence pourrait-il résister à l’opposition des membres
permanents ?
On a beaucoup parlé de réformer le Conseil de sécurité, mais je doute
que les grandes puissances acceptent une restriction de leur pouvoir.
Tout le monde est d’accord sur la nécessité de revoir la composition du
Conseil de sécurité dont la structure reflète le monde de 1945.
Mais il
ne faut pas se faire d’illusions : les grands refuseront une limitation
de leur droit de veto. Heureusement, ces dernières années, le veto a été
beaucoup moins utilisé et j’espère qu’il continuera d’en être ainsi.
La démocratie et les droits de l’homme sont-ils des valeurs
universelles ou bien Ben Laden a-t-il raison quand il affirme que ces
grands principes servent seulement à camoufler l’égoïsme du riche
Occident ?
Ben Laden a tort. La Déclaration universelle des Droits de l’homme a été
rédigée par des penseurs venus de tous les coins du monde et non pas
seulement de l’Occident. Cinquante ans plus tard, je pense que chaque
société peut s’identifier à cette déclaration.
Alors,
quand Ben Laden soutient que la démocratie et les droits de l’homme ne
sont que des produits occidentaux, je trouve cela insultant pour les
peuples du tiers-monde qu’il prétend défendre.
Quand un
père découvre que son fils a été torturé, quand une femme découvre que
son mari a été jeté en prison sans raison, leur réaction est la même, où
qu’ils soient. En Occident ou dans le tiers-monde, ils crient la même
colère, ils pleurent les mêmes larmes.
Vous êtes un Africain, et sur votre continent de nombreux
gouvernements disent que la liberté est un luxe de pays riche. Comment
les persuader du contraire ?
Il n’y a que les dirigeants bien installés au pouvoir qui font ce genre
de réflexions. Parce qu’ils ne veulent pas perdre leur fauteuil. Mais
allez donc demander à l’homme de la rue, dont l’enfant a été torturé,
s’il est d’accord avec ce genre de chef.
En
Afrique ou ailleurs dans le tiers-monde, on ne peut plus mentir aux
peuples. Ils savent très bien ce qu’est la démocratie. Ils posent des
questions à leurs leaders et ils exigent des réponses.
Les
rapports de l’ONU sur l’échec tragique des opérations de maintien de la
paix au Rwanda et en Bosnie vous ont personnellement attaqué, mettant en
cause votre « prudence excessive ». Avez-vous mauvaise conscience ?
L’ONU aurait pu faire plus, j’aurais pu faire plus, les Etats membres
auraient pu fournir plus de moyens. Mais est-ce que nous aurions pu
arrêter l’anarchie, arrêter les massacres ?
Je n’en
suis pas sûr. Je regrette que nous n’ayons pas fait mieux, que nous
n’ayons pas sauvé plus de vies humaines.
En
proposant des réformes, je veux faire en sorte que l’on retienne les
leçons de ces événements tragiques et que l’on ne recommence pas les
mêmes fautes.
Cela dit,
la question reste posée : aujourd’hui le monde réagirait-il différemment,
aurions-nous le courage d’agir avec tous les moyens matériels
nécessaires ? On en revient toujours au problème de la volonté politique.
Lorsque Madeleine Albright, le ministre des Affaires étrangères de
Clinton, s’est opposée à la réélection de Boutros-Ghali et a fait
campagne pour vous, elle a dit :
«
L’ONU a besoin d’un secrétaire général qui soit plus secrétaire et moins
général. » Mais, après votre réélection triomphale et le prix Nobel,
n’êtes-vous pas de moins en moins secrétaire et de plus en plus général
?
Dans mon métier, il faut remplir les deux fonctions. Celle de général
est la plus facile. Vous fixez des objectifs, vous donnez des ordres et,
parce que vous êtes au sommet de la hiérarchie, les gens vous obéissent.
Mais le secrétaire, lui, doit faire bouger les gens sans pour autant
leur donner d’ordres.
Il doit
les convaincre de faire ce que, dans un premier temps, ils n’avaient pas
voulu faire. De plus, le secrétaire doit compter avec son conseil
d’administration : les 189 Etats membres de l’ONU. Chacun d’entre eux a
sa propre opinion quant à la façon dont les Nations unies doivent être
organisées et dont tel ou tel problème doit être résolu.
En somme, dans le binôme secrétaire général, le secrétaire doit créer
le consensus et le général fournir le leadership.
Exactement. Mais le bon chef c’est aussi celui qui, dans certains cas,
accepte de suivre.
Le secret de votre réussite serait donc bien ce proverbe du Ghana,
votre pays natal, dont vous avez fait votre devise personnelle : « Une
tête toute seule ne peut pas résoudre tous les problèmes. »
Je suis en effet convaincu que les recettes du village africain peuvent
aussi d’appliquer à notre village mondialiste. Il peut être sage de
demander l’avis d’autres têtes sages. Consulter, discuter, négocier,
voilà le vrai secret de la réussite.
On vous a qualifié de concurrent de Jean-Paul II, de « pape civil ».
Je parle à beaucoup de gens, j’écoute beaucoup de gens, je vois beaucoup
de gens. Il se peut que je donne parfois l’impression de faire le même
métier que le Pape.
J’ai
d’ailleurs confié à Jean-Paul II que nous sommes souvent dans le même
camp lorsqu’il faut défendre le bien-être du monde. Je lui ai dit : «
Vous agissez à travers la prière.
Moi
j’agis à travers la négociation. » Si je mérite ce titre de « pape civil
», c’est parce que j’élève la voix au nom des gens qui n’ont pas de voix,
parce que je plaide pour les pauvres et pour les faibles.
Etes-vous croyant ?
Je crois en quelque chose de plus grand qui dépasse chaque individu. Oui,
je suis croyant. Mais je ne suis pas dévot.
Propos recueillis par Charles LAMBROSCHINI
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