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INFOS - DOSSIER |
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L'actualite
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La politique étrangère de la
France dans l’opinion américaine |
Allié fidèle… ou
déloyal ? |
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Habitués aux coups de gueule de José Bové comme aux grèves des transports parisiens, les Américains sont partagés dans leur appréciation de la politique étrangère de la France. Etudiants, universitaires, journalistes, perçoivent différemment les positions françaises dans la crise actuelle. Si l’actualité « overseas » n’intéresse qu’un public restreint, les rapports passionnels entre la France et les Etats-Unis laissent rarement indifférents ceux qui s’intéressent aux relations internationales ; la participation de la France à l’effort de guerre américain ne fait pas exception à la règle. Pour preuve, une conférence tenue la semaine dernière par le ministre des affaires étrangères français, Hubert Védrine, à l’Université Columbia (New York), devant un public majoritairement français, mais qui avait néanmoins attiré universitaires et étudiants américains. Un intérêt compréhensible pour « celui qui dirige la diplomatie de l’un de nos plus proches alliés », commente Thomas Bishop, directeur des études françaises à la New York University, et promoteur des échanges franco-américains. Sans surprise, il fut notamment question des relations entre Paris et Washington. « On voit bien depuis le 11 septembre, que lorsque nos grands principes sont engagés, la France est un allié de granite des Etats-Unis », a ainsi déclaré Hubert Védrine, concédant au passage « que nous avons aussi nos petites crises périodiques, car la France tient beaucoup à son indépendance d’esprit et à son autonomie de décision ». Allusion faite aux hésitations françaises quant à une éventuelle participation aux opérations militaires — que les Etats-Unis n’ont finalement pas demandée.
Parallèlement, l’exécutif
français a mis en garde contre des frappes prolongées — condamnant
notamment les bavures américaines contre deux positions de la
Croix-Rouge — et revendiqué la nécessité d’intensifier l’aide
humanitaire en direction de la population et des réfugiés. Pour Lisa Vontrapp, étudiante en Master d’affaires internationales à Columbia, le ministre aurait dû évoquer le poids de l’importante population musulmane en France. « C’est un peu ‘Je t’aime moi non plus’ », estime en français Ana Escrogima, qui suit le même programme à Columbia et a passé un an à Sciences Po pendant sa formation. Ce qui ne fait pas moins de la France, selon elle, un « allié fidèle » dans la guerre contre le terrorisme. « L’opinion de la plupart des Américains, relayée par les médias, est que le monde entier est derrière les Etats-Unis, poursuit Ana. Pas moins la France que la Grande-Bretagne ou le reste des pays européens ». A l’en croire, les chaînes de télévision américaines renverraient une vision aseptisée et simplifiée des forces en présence dans la coalition, assimilant la France à ses voisins européens. Pour Thomas Bishop, pas question de nier la singularité de la France, qui « a pris ses distances à l’égard de la rhétorique de George Bush ». « Les alliés sont aussi là pour ça, poursuit-il. Le fait que la France agace si souvent les Américains, c’est le signe d’une vitalité ». « Au moins, les positions de la France créent un débat, renchérit Lisa. Je ne pense pas que tous les pays doivent être à 100% derrière les Etats-Unis ». Pourtant, l’image de la France et la cohérence de son discours semblent sérieusement pâtir ces jours-ci de ce besoin permanent de « débat ». « La France veut contribuer à la lutte contre le terrorisme, sans pour autant s’aliéner le soutien du monde arabe, en raison de l’importante population musulmane qu’elle abrite, estime Richard Bernstein, journaliste au New York Times, ancien correspondant du journal à Paris de 1984 à 1988. Elle ne veut pas non plus faire de geste fort qui l’associerait à l’action américaine…. C’est dans la droite ligne de sa politique étrangère passée. Cela donne de la France l’image d’un allié peu fiable », conclut le journaliste. Comme souvent en période de tensions entre les deux pays, les souvenirs du Débarquement, qui font partie de l’histoire collective des Américains, ne sont jamais loin. « A deux reprises le siècle dernier, des milliers d’Américains ont combattu pour sauver la France, ajoute Richard Bernstein. Lorsqu’on a besoin d’elle, la France a un pied dedans et un pied dehors ». Et le journaliste d’évoquer le « chic » de cet « anti-américanisme sartrien » qui existe en France et consiste à « condamner le mal produit par la puissance politique américaine dans le monde». Le discours politique français provoque ainsi des réactions animées, lorsque ce n’est pas l’indifférence. Allant parfois jusqu’à susciter les commentaires amers d’éditorialistes américains, comme ce fut le cas le mois dernier dans le New York Times. « Mes chers compatriotes, écrivait Thomas Friedman le 26 octobre, cela m’est pénible à dire, mais à part ces bons vieux Brits [Britanniques], nous sommes tout seuls », passant sous le silence le soutien des Européens. Pourtant, à l’époque, des officiers de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et de la direction du renseignement militaire (DRM), envoyés dès le début de la crise pour effectuer des interceptions de transmissions de toutes origines, sont présents dans la région. Le gouvernement français a, en effet, choisi de privilégier un soutien logistique ainsi qu’en matière de renseignement aux côtés des Américains. Une participation qui n’a que peu de poids, dans les médias américains, face au soutien militaire des Anglais, pourtant plus verbal et symbolique que réel. Il a fallu attendre la semaine dernière pour que les agences de presse américaines évoquent sur le même plan le déploiement de troupes britanniques et françaises en Afghanistan, dans le cadre de l’action humanitaire d’urgence mise en place sous l’égide de l’ONU. En outre, dans les prochaines semaines, une dizaine de Mirage 2000 arriveront dans la région. Avec pour objectif : attaquer les refuges des membres d’Al-Qaida. A l’heure où la France semble intensifier son engagement en Afghanistan, le gouvernement peine-t-il dans ses efforts de communication avec les Etats-Unis? Le médiatique Tony Blair s’y prend-il mieux que ses collègues français ? La faute plutôt à quarante ans d’une politique d’indépendance héritée du gaullisme ?
Soucieuse de témoigner sa
solidarité à l’égard des Etats-Unis sans toutefois jouer les premiers
rôles, la France, pour nombre d’Américains, semble finalement assurer
ses propres intérêts.
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