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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 24 au 30 novembre 2001

 

La réunion ministérielle était organisée par les Nations unies
Interdiction des essais nucléaires : Washington boycotte

Depuis les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis tendent à se montrer plus pragmatiques avec les autres pays. Mais ils n’ont certes pas renoncé à leur manière unilatérale de conduire les affaires du monde, comme l’atteste leur boycottage d’une conférence sur le désarmement nucléaire la semaine dernière à New York.

La réunion ministérielle a été organisée par l’ONU pour faciliter l’entrée en vigueur du traité d’interdiction des essais nucléaires (CTBT). Cinq ans après sa conclusion, le traité est toujours lettre morte.

Pendant trois jours, les orateurs ont défilé au siège de l’ONU pour appeler les Etats-Unis et les autres pays qui ne l’ont pas encore fait à ratifier le protocole. En vain. Le siège américain est resté vide.

Les Etats-Unis, qui disposent du plus grand arsenal nucléaire au monde, ont signé le traité en 1996. Leur président d’alors, Bill Clinton, en fut même l’un des principaux promoteurs. Mais le Sénat a refusé de le ratifier.

Les républicains craignent que le renoncement aux tests nucléaires compromette, à terme, la qualité des armes atomiques américaines. George W. Bush est fidèle à cette ligne, même s’il n’a pas remis en cause le moratoire sur les essais, décrété en 1992 par son président de père.

Le refus du CTBT s’explique, plus largement, par la grande méfiance nourrie par les Américains envers les instruments juridiques multilatéraux de contrôle des armements.

Les Etats-Unis préservent jalousement leur souveraineté. C’est pour une raison similaire qu’ils remettent en cause le traité antimissile balistique ABM signé en 1972 avec la Russie. Ils veulent pouvoir développer des systèmes de défense antibalistiques.

Dans le même ordre d’idées, ils ont refusé avant le 11 septembre de souscrire au protocole de vérification et de contrôle de la convention internationale bannissant les armes bactériologiques, dont ils ont depuis fait l’expérience en essuyant des attaques au bacille du charbon.

Le nouveau climat qui règne depuis le 11 septembre dans les relations internationales et la crainte que des armes nucléaires ne tombent aux mains de terroristes auraient pu inciter Washington à reconsidérer sa position vis-à-vis du CTBT. Il n’en fut rien.

Les attentats contre New York et Washington « ont clairement montré que nous ne pouvons permettre une nouvelle prolifération des armes nucléaires», a affirmé le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, en ouvrant la conférence de New York. « Nous devons tout faire pour réduire le risque que de telles armes tombent dans les mains de terroristes », a-t-il plaidé.

Le CTBT est un instrument essentiel de la lutte contre la prolifération nucléaire. Conclu en 1996, il couronne 40 années de travaux tendant à interdire, à l’échelle mondiale, les explosions nucléaires.

Un traité de 1963 interdit déjà les essais dans l’atmosphère et un autre, de 1974, fixe des limitations aux explosions souterraines.

La France, la Grande-Bretagne et la Russie ont été les premiers Etats dotés d’armes nucléaires à ratifier le CTBT.

Avec aujourd’hui 161 Etats signataires, le traité requiert la ratification de 44 Etats désignés comme possédant des capacités nucléaires, militaires ou civiles, avant d’entrer en application.

Seuls 31 s’y sont conformés. L’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord n’ont ni signé ni ratifié. La Chine, Israël et l’Iran ont signé, mais se sont abstenus de ratifier. Il est douteux qu’ils le fassent tant que les Etats-Unis s’y refusent.

Le ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, a pressé les Etats-Unis et les autres pays retardataires de permettre l’entrée en vigueur du traité.

« La France renouvelle instamment son appel à signer et ratifier le traité à tous les Etats qui ne l’ont pas encore fait, et en particulier aux pays dont la ratification est nécessaire pour que le traité puisse s’appliquer », a-t-il dit.

Au nom de l’Union européenne, le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, a souligné que « l’Union européenne en appelle au gouvernement des États-Unis et lui demande instamment de revoir sa position ».

Pour tenter d’amadouer Washington, la Russie a offert des mesures de vérification des essais nucléaires « allant bien au-delà » des obligations internationales.

Le chef de la délégation russe, Igor Sergueïev, a précisé qu’il pourrait s’agir de fournir des données géologiques et les résultats de certains tests, ainsi que de l’installation de nouveaux capteurs. « La communauté internationale doit éviter toute possibilité de chantage nucléaire et unir ses efforts pour renforcer la non-prolifération », a-t-il dit.

Le traité interdit toute explosion expérimentale d’arme nucléaire ou toute autre explosion nucléaire.

Il prévoit la mise en place d’un système international fiable de surveillance et de vérification à travers le monde.

Une fois en place, ce dernier comprendra 321 postes de contrôle et 16 laboratoires installés dans 90 pays, capables de détecter des explosions nucléaires de plus d’un kilotonne n’importe où à la surface de la Terre. Ce sont des décennies d’efforts que le refus des Etats-Unis remet maintenant en cause.

Luc de BAROCHEZ
 

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