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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 24 au 30 novembre 2001

 

La riposte à Al Qaida a modifié le rôle de l’Otan
L’Alliance atlantique, deux mois après les attentats
 

Les commentaires sur l’après-11 septembre ont porté par priorité sur ses conséquences internationales au Proche-Orient et en Asie, et sur les équilibres mondiaux. On s’est moins interrogé sur ses conséquences possibles que sur la relation transatlantique.

Ceci n’est guère surprenant : il est encore tôt pour évaluer dans le détail les conséquences de ce traumatisme sur l’état des relations euro-américaines.

En revanche, certaines lignes de force commencent à apparaître, qu’il n’est pas interdit d’analyser dès à présent, car elles détermineront au moins en partie la configuration future de la relation transatlantique.

On a beaucoup glosé sur le retour de la « relation spéciale » entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, et sur le rôle joué par Tony Blair en tant que propagandiste de la coalition internationale auprès d’États tels que la Syrie ou l’Iran, que leur importance dans le monde arabo-musulman rendent incontournables, mais dont les préventions des États-Unis à leur égard ne permettaient pas l’approche directe par l’Administration Bush.

Il est incontestable que les Britanniques sont les premiers Européens sur le terrain, et que la réorganisation de leurs forces armées leur donne une longueur d’avance sur leurs partenaires européens.

Leur rôle est d’ailleurs très utile, car il peut renforcer aux États-Unis les tendances favorables à la concertation internationale.

Il n’est cependant pas certain que l’avenir de la relation spéciale soit assuré, hors le secteur spécifique du renseignement.

Les Américains, s’ils savent jouer sur les différences à l’intérieur de l’Union européenne, n’ont aucun intérêt à les attiser à l’excès, et trouveront commode, une fois les circonstances redevenues plus calmes, de s’adresser à l’Union européenne, et aux pays qui en constituent le centre sur la plupart des dossiers, plutôt que de s’appuyer exclusivement sur un pays que sa singularité dans le domaine monétaire condamne à une certaine marginalité.

En outre, les Américains savent compter, et voient en l’Allemagne et dans le bloc continental de l’Union le partenaire le plus intéressant sur le plan économique, ainsi qu’en matière de reconstruction et de ce que les Américains qualifient de « nation-building » dans les situations d’après-conflit.

En outre, les autres alliés des États-Unis peuvent remplir des rôles importants, tel celui que le président Chirac vient d’entreprendre auprès de son homologue égyptien et des monarchies pétrolières du Golfe, avec lesquelles la France entretient des relations solides et anciennes.

Enfin, maintenant que les pays européens se bousculent pour annoncer des contributions militaires nationales à l’effort de la coalition, la contribution britannique devient moins singulière, en particulier pour les milieux politiques américains, même si certaines annonces chiffrées de contribution en hommes en provenance d’Allemagne ou d’Italie laissent quelque peu rêveur quand on connaît les capacités réelles de projection de ces pays.

Au-delà de ces questions de préséance au sein de l’Union européenne, les événements qui se sont produits depuis le 11 septembre ont d’ores et déjà modifié le rôle de l’Otan.

L’article 5 du traité de l’Atlantique Nord a été invoqué pour la première fois de l’histoire de l’Alliance, mais ce n’a pas été à la demande de la partie attaquée, c’est-à-dire les États-Unis, comme le traité le laissait supposer. Ceux-ci n’avaient rien demandé de tel à leurs alliés.

Les États-Unis, tout en appréciant le geste politique ainsi fait par leurs alliés, se sont gardés d’y donner suite.

En montant une opération nationale avec le soutien de quelques alliés sélectionnés, ils ont fait le choix d’une coalition ad hoc, alors que l’option otanienne leur était ouverte.

Ils ont préféré contourner l’organisation atlantique, dont ils n’avaient pourtant, depuis la fin de la guerre froide, cessé de vanter le caractère central en matière de sécurité, et au maintien de laquelle ils avaient consacré tant d’énergie diplomatique et militaire.

Depuis la guerre du Kosovo, les militaires américains, mais aussi leurs maîtres politiques, sont convaincus que l’Otan représente un obstacle à la conduite d’une opération militaire efficace : le président Chirac avait ainsi affirmé après le conflit que la liste des cibles, résultat d’une planification militaire en fait purement américaine, était remontée systématiquement jusqu’à lui, et qu’il avait pu s’opposer avec succès à certaines frappes.

L’Otan avait ainsi fait la preuve qu’elle était trop dominée pour être pleinement légitime politiquement du point de vue des Européens, mais trop multilatérale pour être efficace militairement du point de vue des Américains.

C’est la raison pour laquelle les États-Unis ont décidé d’en faire abstraction dans les circonstances actuelles.

Il leur sera donc difficile à l’avenir d’en célébrer le caractère central en matière de sécurité européenne et transatlantique.

L’avenir politique de l’Otan est donc fortement compromis, puisqu’elle ne jouira plus de l’appui systématique du pays qui fut jusqu’ici son principal soutien.

La donne est également changée dans un autre domaine : celui des relations de l’Otan avec la Russie. L’Administration Bush est en effet déterminée à obtenir un nouvel élargissement, lors du prochain sommet de l’Otan, à Prague à l’automne 2002.

Les seuls pays candidats qui jouissent d’un soutien politique au Congrès des États-Unis sont les pays Baltes, comme on en a vu l’illustration lors du vote le 7 novembre d’une proposition de loi en ce sens par la Chambre des représentants (HR 3167).

Or il sera difficile, voire impossible, pour l’Alliance de décider de s’élargir jusqu’à la frontière russe, alors que la Russie est devenue l’un des principaux soutiens des États-Unis et de leurs alliés dans une opération présentée par ceux-ci comme devant mettre fin à la principale menace du monde d’aujourd’hui. Comment et surtout pourquoi isoler la Russie quand elle se rapproche de l’Occident ?

Couplées à son soutien à la coalition internationale contre les talibans, les positions plus ouvertes du président Poutine à l’égard d’un éventuel élargissement de l’Otan, telles qu’elles ont été affirmées depuis le 11 septembre, compliquent paradoxalement la tâche des Américains.

Elles rendent politiquement difficile de prendre des décisions qui renforceraient en Russie le camp anti-occidental et slavophile.

Il ne s’agit plus de tenir bon face à un veto russe face à l’élargissement de l’Otan, mais d’assurer le renforcement de la sécurité de l’Europe par l’intégration progressive de la Russie dans le concert européen, objectif partagé par les alliés européens des États-Unis.

La solution consistera donc presque certainement à adopter une liste de pays candidats incluant un ou plusieurs pays Baltes, mais dans le même temps à affirmer solennellement la disposition des pays de l’Otan à ouvrir à terme la porte de l’adhésion à la Russie.

Clairement, cette perspective changerait radicalement le rôle de l’organisation.

Toute la question est de savoir si cela lui laissera un espace suffisant pour en faire autre chose qu’une Belle au bois dormant, dont le rôle consisterait à produire des documents de moins en moins lus parce que de moins en moins en prise sur la réalité.

Pour éviter une telle évolution, qui pourrait avoir pour conséquence d’écarter les États-Unis de la sécurité européenne, il convient de s’engager clairement dans la seule voie qui permette à l’Alliance atlantique de conserver une place incontestable.

Nous aurons besoin à l’avenir d’un réservoir international de capacités, apte à être utilisé par ses membres dans diverses formations.

L’Otan jouit en ce domaine d’un monopole : elle dispose du seul langage de communication internationale en matière militaire, des seules procédures multinationales, et d’un réel, même s’il est encore modeste, réservoir de potentialités militaires.

Pouvoir utiliser ces instruments demeure l’espoir des promoteurs de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD), qui doit pouvoir s’appuyer sur des moyens internationaux de l’Otan ou nationaux affectés à l’Otan.

Ce doit être le cas aussi pour d’autres groupements ad hoc de pays, susceptibles de mettre fin à des conflits ou de porter remède à des crises en Europe ou à sa périphérie, ou en ce qui concerne des problèmes plus lointains qui pourraient porter atteinte à la sécurité européenne.

Contrairement à ce qui est souvent dit et écrit, l’avenir de l’Otan, si avenir il y a, ne va nullement dans la direction d’un renforcement de son rôle politique, c’est-à-dire de son influence sur la configuration de l’Europe.

C’est au contraire dans l’amélioration de son rôle militaire, mais au service de chacun de ses membres, que l’Otan reste irremplaçable, et qu’elle peut se doter pour les années qui viennent d’un rôle incontestable parmi les autres institutions en Europe.

Par Guillaume PARMENTIER*

* Chef du Centre français sur les États-Unis à l’Ifri, professeur associé à l’Université Paris-II.

 








 




 

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