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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 8 au 14 decembre 2001

 

L’effondrement des tours a fait trembler la terre à plus
de 400 km à la ronde
World Trade Center : sous l’œil des sismographes

Des sismologues de l’université Columbia ont publié l’analyse détaillée des signaux enregistrés lors de la chute des tours jumelles après l’attentat. Mais les mini-tremblements de terre provoqués ne seraient pas responsables de l’effondrement de plusieurs bâtiments voisins.

Les terribles attentats du 11 septembre contre le World Trade Center n’ont pas échappé à la vigilance des sismographes du Lamont-Doherty Earth Observatory de l’université Columbia, à New York.

Peu après le drame, les responsables de ce prestigieux laboratoire ont révélé au monde, encore sous le choc, que la terre avait tremblé, au sens propre, à plusieurs reprises sous les coups de boutoir des avions kamikazes et surtout de l’effondrement des tours qui en a résulté.

Les scientifiques sont revenus sur ces événements tragiques en publiant une étude détaillée dans la revue Eos (1).

On y apprend notamment que les ondes sismiques générées par l’impact des avions et l’écroulement des « Twin Towers » ont été perçues dans cinq États de l’Union, notamment dans le New Hampshire, à 428 kilomètres du lieu du drame !

La secousse la plus forte a été provoquée par l’écroulement de la tour nord, à 10 h 28, heure locale, avec une magnitude de 2,3 sur l’échelle de Richter (voir infographie).

La collision des avions proprement dite a eu un impact beaucoup plus faible qui a néanmoins été détecté par les sismographes de l’université Columbia.

Le choc contre la tour nord a engendré une onde de magnitude 0,9 ; contre 0,7 pour la tour sud. Comparé à un séisme naturel, qui ne dure généralement qu’une fraction de seconde, les signaux ont été perçus pendant un temps très long, compris entre 6 et 18 secondes.

Les sismologues de l’université Columbia estiment que, vu leur faible intensité, il est peu probable que ces secousses aient fragilisé les structures ou les fondations des immeubles situées à proximité des « Twin Towers » ni qu’elles aient joué un rôle quelconque dans l’effondrement de plusieurs d’entre eux.

« Dans l’est des États-Unis, le seuil à partir duquel des dégâts sont à craindre se situe à des magnitudes comprises entre 4 et 4,5 », estiment les auteurs de l’étude. Soit quasiment deux fois plus que la valeur maximale enregistrée par les sismographes.

En fait, selon ces spécialistes, les principaux dommages infligés aux constructions voisines ont été plus probablement causés par l’énergie cinétique des débris (certains ont chuté sur plusieurs centaines de mètres !) et par la pression exercée par les masses d’air chargées de poussières qui ont déferlé lors de l’effondrement des tours.

Il faut rappeler que les deux tours de 110 étages mesuraient 410 mètres de haut. Ce sont 950 000 tonnes de béton et 200 000 tonnes d’acier qui se sont écrasées.

Exception faite de la température, l’effet est comparable à celui des coulées de cendres qui dévalent les pentes d’un volcan en éruption.

Malheureusement, les auteurs déplorent qu’aucun enregistrement n’ait pu être réalisé à proximité du World Trade Center, dans la mesure où le sismographe le plus proche se trouve à Palisades, à 34 kilomètres au nord de Manhattan, siège du laboratoire (le campus principal de l’université Columbia se situe dans Manhattan même).

Il leur est donc impossible de formuler la moindre hypothèse de diagnostic sur les mouvements précis du sol qui ont pu se produire dans la zone sinistrée.

« Les événements du 11 septembre montrent que l’installation d’appareils de mesures sismiques en milieu urbain peut servir des objectifs qui, parfois, transcendent la stricte surveillance des tremblements de terre », écrivent-ils.

Un point de vue que partage leur collègue français, Pascal Bernard, de l’Institut de physique du globe, à Paris : « L’intérêt de se doter de sismographes dans les villes est évident, même pour de petits séismes.

A quelques centaines de mètres de distance, l’amplitude des mouvements terrestres peut varier d’un facteur dix !

Or l’analyse géotechnique ne permet pas toujours de les détecter et, par conséquent, de signaler d’éventuels dommages sur les fondations ou la structure d’immeubles situés dans le périmètre. »

Marc MENNESSIER

(1) L’étude est publiée dans Eos, la revue de l’AGU, l’American Geophysical Union, très importante société savante américaine.





 

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