France-Amérique figaro2.gif (11063 bytes)
INFOS - INTERNATIONAL

L'actualite

- International
- Politique
- Economie
- Actualité
- Sports
- Culture
- Magazine
- Sciences
- Multimedia

Le courrier français des Etats-Unis

Dossiers

 

Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 5 au 11 janvier 2002

 

 
De Corbeil-Essonnes à Kandahar

La route de l’Afghanistan n’est pas évidente. Pas forcément directe non plus. Elle peut passer par Londres, Sarajevo ou Alger. Cet itinéraire de la guerre sainte planétaire a été, pour nombre de jeunes Européens, la nouvelle « grande route » des années 90. Une quête initiatique pour trouver « un sens à sa vie », selon les termes d’un de ces routards du djihad.

Si Kamel Daoudi a quitté son travail d’animateur du cybercafé d’Athis-Mons pour crapahuter dans les montagnes afghanes, c’est en effet parce qu’il « n’était pas bien psychologiquement ».

« Rejoindre le djihad en Afghanistan donnait un sens à ma vie et allait me permettre de retrouver des bases », a-t-il confessé aux enquêteurs français.

Le jeune homme de 27 ans d’origine algérienne a été arrêté au mois de septembre, peu après un autre internationaliste français de l’islam activiste, Djamel Beghal.

Franco-algérien lui aussi, Djamel Beghal est tombé dans les rets de la justice en juillet, sur les rives du golfe Arabo-Persique. De sa prison de Dubaï, avant d’être extradé en France, le petit gars de Corbeil-Essonnes a fait d’étonnants aveux.

Dans l’esprit de la folie meurtrière de New York, il devait faire sauter l’ambassade des Etats-Unis à Paris. Il en avait reçu l’ordre d’un proche lieutenant de Ben Laden.

Depuis, il s’est rétracté. Mais il ne fait guère de doute que l’islamiste de 36 ans était rattaché à la mouvance extrémiste. Tout comme Zacarias Moussaoui, un Franco-Marocain, kamikaze potentiel de l’avion qui s’est écrasé sur le Pentagone, arrêté dans le Minnesota un mois avant le 11 septembre et inculpé la semaine dernière de « conspiration » par les Etats-Unis.

Les chemins de Djamel, Kamel, Zacarias et les autres se croisent tous sur les pistes poussiéreuses d’Afghanistan. Dans les camps d’Al Qaida, à Jalalabad ou Ghost, ils ont reçu une formation militaire, étrange synthèse des techniques de guérilla dans le désert théorisées par Lawrence d’Arabie et des préceptes terroristes des années 80.

Auparavant, la formation doctrinale a souvent été dispensée à Londres, épicentre européen de la subversion islamiste. Selon le taliban présumé français arrêté au Pakistan, « de 80 à 100 autres Français » se seraient enrôlés dans les rangs talibans.

Des chiffres impossibles à vérifier. Par contre, on sait que plus de 10.000 volontaires ont fait le coup de feu aux côtés des moudjahidin afghans contre les Soviétiques.

Et que des milliers d’autres ont rejoint la milice de Kaboul après son accession au pouvoir en 1994.

D’autres encore se sont formés dans des camps islamistes hors d’Afghanistan, au Yémen notamment. L’ambassade de France à Sanaa doit régulièrement s’occuper du rapatriement de jeunes beurs expulsés par les autorités yéménites après un séjour un peu trop voyant dans les camps du nord du pays.

Quel est le profil de ces mercenaires français de la guerre sainte ? Il y a bien sûr quelques « Gaulois » convertis. C’est le cas de Lionel Dumont, lié au gang de Roubaix, responsable d’attaques sanglantes dans la région lilloise en 1996, qui s’est égaré en Bosnie.

Ceux-là sont souvent des petites frappes, zonant à la frontière du droit commun et du militantisme. La flamme révolutionnaire a transformé leur médiocre destin. En d’autres temps, ils se seraient enrôlés sous une bannière rouge. Les « talibans » américains, australiens ou d’autres pays du « premier Monde » doivent leur ressembler.

Mais la majorité des volontaires hexagonaux d’Afghanistan ont la double nationalité, française et algérienne, tunisienne ou marocaine. « Ce ne sont pas forcément des voyous, explique un spécialiste, ils sont aussi rarement issus de familles au tropisme islamiste.

Au contraire, ils ont souvent été réislamisés récemment, souvent de manière superficielle ou caricaturale. » Parce que l’ascenseur social est tombé en panne. Ou parce que leur fameuse quête de sens s’est heurtée à la pâleur de leur quotidien, ils ont rejoint la grande famille des Afghans.

La grande peur des services occidentaux est désormais de voir la mauvaise partition de 1990 se rejouer autour de l’Afghanistan. A l’époque, le retrait soviétique avait donné le signal de l’éparpillement pour les « moudjahidin » étrangers, désormais désœuvrés.

On les avait retrouvés derrière les meurtres sanglants d’Alger ou les lâches attentats de Paris.
Aujourd’hui, les Américains viennent de donner un grand coup de pied dans la fourmilière afghane.

Sans parvenir à piéger tous les soldats de la « Légion étrangère » de Ben Laden. D’où le risque de voir les « Afghans » d’Occident revenir exercer de sinistres talents sur leur terre natale.

Arnaud de LA GRANGE


 

IMPRIMER
Copyright (c) FA. 2000.