|
|
![]() |
![]() |
|
|
INFOS - DOSSIER |
|
L'actualite
|
Bilan des enquêtes
anti-terroristes menées à Paris |
depuis le 11 septembre
Les réseaux
français d’Al Qaida |
sont intacts
|
"Ne restons pas prisonniers des sigles : au-delà d’Al Qaida, c’est l’islamisme radical qui transpire des dossiers. Et il ne va pas disparaître avec Ben Laden". Cette mise en garde émane de l’un des piliers de la structure centralisée antiterroriste parisienne. Quatre mois après les attentats du 11 septembre, et alors qu’un nouveau suspect a été placé en garde à vue dans les locaux de la DST, le 14 janvier au matin, dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du commandant Massoud, les magistrats français veulent faire entendre leur différence. «Les enjeux ne sauraient se limiter à un duel médiatico-militaire entre l’Amérique et les fous d’Allah», affirme un connaisseur du dossier. La France aurait sur la question islamiste un savoir-faire qui lui est propre, une « French touch » dont elle n’entend pas se départir. Ce qui n’empêche nullement une coopération loyale avec les Etats-Unis. Pour preuve de sa bonne volonté, la justice française a ainsi ouvert une information judiciaire spécifique sur les attentats du 11 septembre. Un cadre juridique qui lui permet, entre autres, de répondre plus rapidement aux demandes d’actes formulées par les autorités américaines. Qu’a-t-on appris de neuf à Paris sur les réseaux ? Depuis l’été dernier, près d’une dizaine d’informations judiciaires ont été ouvertes sur la mouvance islamiste : elles concernent principalement des filières de recrutement de moudjahidin ou de fourniture de faux papiers, ainsi que des actes terroristes en préparation. « La haine de la France chez certains n’a pas disparu depuis les attentats de 1995, s’inquiète un magistrat. On note la présence de nombreux rescapés de cette période dans les filières démantelées. » Parmi eux : Fouad Sabour, l’un des activistes du groupe de Francfort suspecté de préparer avec plusieurs complices un attentat à Strasbourg en décembre 2000. Autre constat des enquêteurs : « Les islamistes se lancent désormais dans des opérations visant conjointement la France et les Etats-Unis. » L’affaire Djamel Beghal concernant un projet d’attentat l’été dernier contre l’ambassade américaine à Paris en serait l’exemple flagrant. « Le fait que l’islamiste Richard Reid ait choisi un vol Paris-Miami pour passer à l’action, le 22 décembre dernier, en tentant de faire exploser une bombe cachée dans sa chaussure, n’est pas un hasard, renchérit un policier. Là aussi, la volonté de frapper tant la France que les Etats-Unis est manifeste.» Né à Saint-Jean-de-Luz, Zacharia Moussaoui, un Français, est le premier à avoir été inculpé par la justice des Etats-Unis pour son rôle présumé dans la préparation des attentats du 11 septembre. Combien sont-ils tapis dans l’ombre, à Paris, à Londres ou ailleurs, à avoir embrassé la cause de l’islam radical ? Au début du mois, le juge Jean-Louis Bruguière, premier vice-président chargé de coordination antiterroriste à Paris, était à Bruxelles dans le cadre de l’instruction ouverte à Paris sur Richard Reid. Le magistrat s’intéressait à un cybercafé où serait passé l’intéressé avant son équipée du 22 décembre. « De toutes ces investigations, il ressort très nettement qu’une nouvelle génération d’activistes islamistes a pris pied en Europe », confie un proche de l’enquête. Et ce spécialiste de l’antiterrorisme de conclure : « On voit des noms nouveaux apparaître, de nouvelles filières qui nous laissent penser que les groupes fondamentalistes sont désormais atomisés et autonomes. » Dans un livre à paraître (La guerre ne fait que commencer, chez J.-C. Lattès), Xavier Raufer et Alain Bauer, spécialistes des affaires de sécurité, décrivent le vrai visage du nouveau djihad : « Al Qaida (la base) est tout, sauf le sommet d’une pyramide. »
Jean-Marc LECLERC
|