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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 26 janvier au 2 février 2002

 

Les Américains voulaient le mettre « hors d’état de nuire » en Algérie
Comment les juges ont récupéré Djamel Beghal

Jusqu’où Djamel Beghal, ce Français interpellé le 28 juillet 2001 à Dubaï (Emirats arabes unis) et incarcéré depuis à Paris, est-il lié à l’entreprise funeste de Ben Laden?

Alors que le juge Jean-Louis Bruguière poursuit son enquête sur le rôle présumé de ce personnage dans un projet d’attentat visant, cet été, l’ambassade des Etats-Unis à Paris, on commence à en savoir un peu plus sur les conditions de son arrestation.

Contrairement à ce qui a pu être dit au départ de l’affaire, Beghal n’aurait pas été arrêté à l’aéroport de Dubaï parce qu’il se trouvait en possession d’un faux passeport français.

Certes son document d’identité était falsifié. Mais le motif réel de son interpellation était plus sérieux : il faisait depuis longtemps l’objet d’une surveillance des services de renseignement américains.

Apparemment placé sur table d’écoutes, il était signalé comme susceptible d’animer un réseau terroriste et de vouloir s’en prendre à des intérêts américains à Paris.

En France, la DST (service de contre-espionnage) s’intéressait à lui depuis le milieu des années 90. Ses fréquents déplacements en zone pakistano-afghane le désignaient comme un probable islamiste radical, mais rien de plus.

Aussitôt, à Dubaï, l’activiste présumé est interrogé par les autorités de police. Les services américains sont, bien sûr, à l’affût. Tout comme la DST, alertée. Pour amener Beghal aux premières confidences, un astucieux stratagème va être employé : des oulémas, docteurs de la foi, vont le convaincre que son engagement au côté des radicaux est une trahison de l’islam.

Mais le cas Beghal aurait également été l’enjeu d’un discret bras de fer entre la France et les Etats-Unis.

Allait-il, comme les Américains le souhaitaient, dit-on, être expulsé vers l’Algérie pour être mis « hors d’état de nuire » ?

Allait-on, au contraire, traiter son cas sur un plan essentiellement judiciaire? S’agissant d’un ressortissant Français, la DST et la structure centralisée antiterroriste à Paris auraient pesé de tout leur poids pour arracher l’intéressé à un sort des plus incertains.

Jean-Louis Bruguière aurait alors décroché son téléphone et proposé la seule solution valable à ses yeux : d’abord, il délivre une commission rogatoire internationale pour faire entendre officiellement Beghal ; ensuite, sur la base de ces déclarations, il déclenche une procédure visant à faire revenir le suspect en France. Le scénario a séduit.

Sur place, à Dubaï, le juge Bruguière va se faire transmettre en temps réel les aveux de Beghal obtenus par la police des Emirats.

« A ce moment, les Américains ne sont plus dans le coup », affirme un connaisseur du dossier. Le magistrat français reviendra avec la copie de tous les procès-verbaux d’audition, dont les originaux lui parviendront à Paris trois jours plus tard.

Djamel Beghal, entendu depuis dans le bureau du juge Bruguière, est revenu sur certains de ses aveux. « A Kandahar (au sud de l’Afghanistan), j’ai été convoqué au foyer de Ben Laden par Abou Zoubeida, l’un de ses lieutenants.

Il m’a dit que l’heure était venue, qu’il fallait faire sauter l’ambassade des Etats-Unis à Paris. » De cette première version des faits qui aurait été recueillie à Dubaï par les policiers locaux, il ne reste plus grand-chose.

Aujourd’hui, Djamel Beghal conteste avoir suivi un entraînement militaire en Afghanistan. Il nie aussi avoir été missionné par Ben Laden pour organiser des attentats. Mais il ne nierait pas avoir fréquenté les camps les plus durs d’Al Qaida.

Il aurait même reconnu devant le magistrat français connaître l’état-major de Ben Laden et avoir été personnellement en contact avec l’idéologue d’Al Qaida, l’Egyptien Ayman el-Zahwiri. Une précision qui manquait dans les aveux de Dubaï.

Surtout, c’est sur la foi de ses premières déclarations que la justice en Europe a pu mettre la main sur le reste de son réseau aux Pays-Bas, mais aussi en Belgique, où des explosifs ont été saisis, ainsi que des formules chimiques pour fabriquer du gaz sarin.

Et pourtant, Beghal affirme avoir été victime de pressions policières à Dubaï. Sa défense ne manquera sans doute pas d’exploiter un constat médical qui figurerait à son dossier.

Document dans lequel il est fait mention de cicatrices sur le corps. Malmené Djamel Beghal ?

« Tout ceci est faux !, proteste un fonctionnaire proche de l’enquête. Lorsqu’il a été arrêté, il revenait des camps en Afghanistan où l’entraînement est rude.

Evidemment, ce sera parole contre parole. C’est le jeu.»

J.-M. L.
 

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