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L'actualite
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Lutte antiterroriste -
Entretien avec l’ancien ministre français de la Justice |
Robert Badinter :«
Les détenus de |
Guantanamo sont des prisonniers de guerre »
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Ancien ministre
français de la Justice, Robert Badinter explique au Figaro que les
détenus de Guantanamo — parmi lesquels la présence de deux Français a
été confirmée — doivent être considérés comme « des prisonniers de
guerre » tant que la justice ne s’est pas prononcée sur leur statut. Dès lors, ils bénéficient de la protection de la convention de Genève et doivent être considérés comme des prisonniers de guerre.
S’il existe un doute sur le statut de
certains d’entre eux, la convention est précise : c’est aux juges
compétents, en l’occurrence américains, de décider, au cas par cas, si
l’on se trouve en présence d’un prisonnier de guerre ou d’un criminel de
droit commun. Jusqu’à cette décision de justice, le captif doit
bénéficier du statut de prisonnier de guerre. Si le Pentagone accordait à ces détenus le statut de prisonnier de guerre, ils ne pourraient être interrogés que sur leur identité, leur grade et leur unité militaire.
De même, si les autorités américaines les
considéraient comme des terroristes présumés, parce qu’ils auraient été
arrêtés dans des camps d’entraînement d’Al Qaida, ces détenus ne
seraient pas dépourvus de droits. Ils bénéficieraient de toutes les
garanties que les Etats démocratiques reconnaissent aux criminels de
droit commun. Et l’on voit mal comment les Etats-Unis se soustrairaient à cette procédure sans encourir de graves reproches chez eux et sur le plan international. Une autre considération très importante va jouer dans ce sens : le risque pour les Etats-Unis, et les forces spéciales en particulier, de se voir dénier les protections de la convention de Genève, si des militaires se trouvaient capturés par leurs ennemis.
Un tel risque serait très mal ressenti aux
Etats-Unis. Il est remarquable de noter que, lorsqu’il s’agit d’un «
taliban américain », il bénéficie immédiatement des garanties de la
procédure pénale américaine... Ils peuvent être jugés par des juridictions françaises. Toutefois, si ces détenus étaient mêlés aux attentats du 11 septembre, la justice américaine serait naturellement compétente.
Mais s’il s’agit de simples membres d’une
organisation à laquelle on ne peut imputer des crimes visant les
Etats-Unis, la justice française est compétente, ce qui résoudrait,
comme pour tous les Etats européens, la question brûlante de la peine de
mort. Les Français détenus à Guantanamo bénéficient de la protection consulaire prévue par la convention de Vienne. S’ils n’en veulent pas, c’est leur affaire, mais ils y ont droit. Cette protection doit leur être proposée.
Ensuite, quel que soit le comportement
éventuel de celui qui fait l’objet de poursuites judiciaires, les
principes fondamentaux du procès équitable n’en doivent pas moins leur
être reconnus. C’est le fondement même de l’Etat de droit dans nos
démocraties.
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