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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 9 au 15 février 2002

 

Selon les familles de cinq prisonniers talibans,
leur vie aurait basculé l’été dernier
Six mois sans nouvelles des détenus français

Par une troublante concordance des temps, le sort des « talibans français» capturés en Afghanistan par les troupes américaines s’est noué au cœur de l’été 2001. C’est du moins ce que laissent entendre les familles de cinq personnes dont l’identité a été divulguée la semaine dernière.

Chellali Benchellali, imam de la mosquée de Vénissieux, explique ainsi dans le Journal du dimanche daté d’hier que son fils Mourad a quitté la France en juin dernier. Soit peu de temps avant que Brahim Yadel, âgé de 30 ans et originaire de Seine-Saint-Denis, ne fasse part à sa mère d’une intention similaire. Les deux hommes sont aujourd’hui détenus à Guantanamo.

Trois autres Français figurant sur une liste de la CIA (voir nos éditions du 30 janvier) auraient également fait leurs adieux à leurs proches entre juin et septembre.

Il s’agit de Ridouane Khalid, âgé de 34 ans, et de Khaled ben Moustapha (29 ans), tous deux originaires de la région parisienne, ainsi que de Nizar Sassi (22 ans), qui vivait dans la banlieue de Lyon. Depuis leur départ « en vacances », les trois individus semblent n’avoir donné aucune nouvelle à leur entourage.

Et tout laisse à penser qu’ils se trouvent quelque part entre l’Afghanistan, le Pakistan et Guantanamo.

Autre point commun, certains de ces noms figurent apparemment sur les fichiers de « veille » qu’entretiennent les trois services de renseignements et de contre-espionnage français (DGSE, DST et RG).

En outre, Brahim Yadel et Ridouane Khalid avaient tous deux été interpellés au printemps 1998 dans le cadre d’un vaste coup de filet visant des islamistes présumés radicaux.

Les autorités françaises craignaient alors que les membres d’un « réseau dormant » proche des Groupes islamiques armés (GIA algérien) préparent un attentat à l’occasion de la Coupe du monde.

Comme bon nombre des 47 personnes placées en garde à vue, Brahim et Ridouane avaient été écroués et mis en examen pour « association de malfaiteurs » avant de bénéficier d’un non-lieu.

Aux 3 000, la cité d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) où Ridouane Khalid a grandi, on garde le souvenir d’un jeune homme « très gentil et plutôt solitaire, calme malgré son physique imposant ».

« On s’est connu au collège Jules-Ferry et je peux vous assurer que ce n’était pas un fanatique, confirme Thomas (1). Je sais que certaines personnes dans son entourage étaient pleines d’admiration pour les moudjahidin. Mais lui n’était pas comme ça. »

Agent de sécurité, boucher, employé dans une entreprise de nettoyage ou serveur dans des restaurants parisiens : les Français signalés par la CIA exerçaient tous une profession avant de disparaître. Se connaissaient-ils ?

L’un d’eux au moins, Brahim Yadel avait, selon le Journal du dimanche, des relations de longue date avec Hervé Djamel Loiseau, le Français retrouvé mort fin décembre à Tora Bora. Une coïncidence qui devrait inciter les enquêteurs à se pencher sur les similitudes entre les parcours de ces cinq hommes.

Cyrille LOUIS


(1) Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.






 

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