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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 9 au 15 février 2002

 

Guerre contre Al Qaida -  Une opération soigneusement
préparée pendant un an
Le réseau francophone
qui a tué Massoud

L’assassinat d’Ahmed Shah Massoud, le chef de l’Alliance du Nord, le 9 septembre 2001, à Kwadja Baoudine, dans un village du nord-est de l’Afghanistan, a été planifié pendant une année.

L’opération kamikaze qui a permis aux fidèles d’Oussama ben Laden d’éliminer le principal opposant au régime taliban, deux jours avant les attentats du 11 septembre, a mobilisé environ trente combattants d’Al Qaida.

Le « réseau Massoud » est constitué d’islamistes de nationalités française, belge, algérienne, marocaine ou tunisienne. Tous les exécutants sont francophones.

Instrumentalisés par l’entourage direct de Ben Laden en Afghanistan, les assassins de Massoud ignoraient tout des attentats qui se préparaient aux Etats-Unis. Ils avaient simplement ordre d’« agir vite » dès le début du mois d’août.

Pour éviter les bavardages et les fuites, les commanditaires de l’opération Massoud ont pris soin de ne pas informer leurs troupes de ce qui se tramait aux Etats-Unis.

« Une cloison très étanche séparait les commandos américains et ceux qui étaient chargés de tuer Ahmad Shah Massoud. Ils s’ignoraient l’un l’autre », note un enquêteur. « Mais sur le plan de la logistique, les attentats ont été montés avec le même professionnalisme. »

L’enquête sur l’assassinat de Massoud, menée en parallèle à Londres, Paris et Bruxelles, a déjà permis de reconstituer le puzzle du crime afghan.

A la suite de plusieurs rafles, dix suspects ont été arrêtés et écroués dans les trois capitales. Deux d’entre eux, arrêtés à Paris, sont détenteurs de passeports français. D’origine maghrébine pour neuf d’entre eux, ils se montrent assez bavards depuis le début de leur détention.

Dans cette affaire, Scotland Yard a également interpellé Yasser al-Sirri, un Egyptien connu des journalistes, qui jouait un rôle fédérateur dans le paysage complexe du «Londonistan».

Son organisation, l’Islamic Observation Center (IOC), a servi de couverture officielle aux assassins pour approcher leur cible.

L’opération a été commanditée depuis Kaboul par un certain « Abou Djaffar » ou « Abou Omar », identifié comme Djaffar Omar Chabani, un proche de Ben Laden dont les enquêteurs n’ont plus aucune trace.

« Abou Djaffar » est considéré comme le jeune successeur d’Abou Zubaida, l’un des chefs militaires d’Al Qaida.

Les deux kamikazes qui ont fait exploser une caméra piégée au visage du commandant Massoud sont des Tunisiens, du Groupe combattant tunisien (GCT), un mouvement salafiste basé à Londres.

Leurs complices algériens appartiennent au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), une dissidence dure des GIA (Groupes islamistes armés).

Grâce à une filière efficace de faux papiers, ils possédaient des passeports belges, et se prétendaient d’origine marocaine. Le premier document, « un faux insoupçonnable », était établi au nom de Karim Touzani, né en 1967 à Oujda, au Maroc ; le second au nom de Kacem Bakkali, né en 1973, à Tanger.

Partis de Londres début août avec un visa pakistanais à entrées multiples, les tueurs se sont rendus à Islamabad, où ils ont obtenu un visa afghan délivré par le régime taliban. Munis d’appareils photo et de caméras, les kamikazes, qui parlaient parfaitement français, sont passés par Kandahar et Kaboul.

Ils se sont présentés à l’entourage de Massoud avec un document de l’OIC rédigé en anglais, assurant qu’ils réalisaient un reportage pour une télévision arabe du groupe Arabic News International. Massoud ne s’est pas méfié.

« Il recevait beaucoup de journalistes étrangers. Il estimait important que le monde islamique comprenne qu’il n’était pas anti-arabe », explique le conseiller de l’ambassade afghane à Paris.

D’après les témoignages recoupés par les enquêteurs, les tueurs ont raté trois tentatives d’assassinat avant de réussir leur mission suicide, le 9 septembre.

Ils auraient également bénéficié de complicités afghanes pour franchir les barrages qui menaient au «Lion du Panchir» et rejoindre un village tenu par l’Alliance du Nord, au nord de Kaboul.

Les deux Tunisiens ont tenté leur chance le 20 août, en demandant l’autorisation de faire une photo de groupe à l’occasion d’une réunion au sommet des chefs du Front uni, qui rassemblait notamment Massoud, Qanouni et le président Rabbani.

Les chefs de l’Alliance du Nord ont refusé. Trois jours plus tard, les deux journalistes ont voulu accompagner Rabbani en hélicoptère alors qu’il se rendait à Feyzabad. Nouveau refus. Fin août, ils ont encore insisté pour prendre un hélicoptère avec Massoud et ses gardes du corps dans la vallée du Panchir.

Troisième et dernier échec. Le 9 septembre, ils ont réussi à approcher Massoud, en lui demandant, caméra à l’épaule, ce qu’il pensait d’Oussama ben Laden. Massoud a ri une dernière fois, avant de s’écrouler, sous le choc de la déflagration.

Alexandrine BOUILHET



 

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