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INFOS - DOSSIER |
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L'actualite
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Lutte antiterroriste
- La stratégie américaine depuis le 11 septembre |
Une logique de
guerre |
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Après la chute des talibans en Afghanistan, s’est achevée, pour l’essentiel, la première phase de la riposte conduite par les Etats-Unis à la suite des attentats du 11 septembre. Il est d’ores et déjà possible de tirer quelques enseignements de la campagne d’Afghanistan cependant que se dessinent déjà les phases suivantes du conflit. Tout d’abord, les Etats-Unis ont su opérer un « démarrage à froid » impressionnant : entre les attentats, qui n’avaient été précédés d’aucun préavis d’alerte stratégique, et la chute de Kaboul, il s’est écoulé à peine deux mois, alors qu’il n’y a pratiquement aucun théâtre d’opérations qui soit aussi éloigné des Etats-Unis ni aussi difficile d’accès que l’Afghanistan. L’investissement effectué par les Etats-Unis pendant les années 90 en matière de disponibilité, d’entraînement et d’entretien de forces a été des plus rentables : l’exemple mérite d’être médité par les Européens. Ensuite, force est de constater l’importance des outils de la « révolution dans les affaires militaires ». Pratiquement toutes les munitions employées étaient « intelligentes », d’où la combinaison impressionnante de l’effet de choc des vieux bombardiers B 52 avec la précision des frappes assurée par le guidage des bombes et missiles. En même temps, « l’espace de la bataille » était mis en réseau par les moyens américains de renseignement, de communications et de commandement. Ici, les coûts sont élevés et les barrières technologiques aussi. Or les Européens dépensent quatre fois moins que les Américains en termes de recherche et de développement militaires : dans la durée, un tel décalage se traduira par la dégradation de la capacité des Européens à peser militairement par rapport aux Etats-Unis dans les affaires du monde. Enfin, on notera l’importance des moyens de soutien avions de ravitaillement en vol, transport à long rayon d’action dans la conduite de la guerre d’Afghanistan. Ici, les Européens savent ce qui leur reste à faire, avec dix fois moins d’avions de ravitaillement en vol que les Etats-Unis et un « Airbus militaire », l’A 400M, qui peine à se désembourber des processus allemands de prise de décision que l’on ne peut que qualifier de folkloriques. La campagne d’Afghanistan fut par ailleurs une opération de relativement faible envergure : les frappes aériennes y étaient environ dix fois moins nombreuses, et les forces terrestres près de cent fois moins nombreuses que pendant la guerre du Golfe. Cette disparité tenait tout à la fois à l’emploi généralisé des armes intelligentes, à la nature de l’adversaire (qui offrait relativement peu de cibles intéressantes à l’aviation) et à la synergie avec les forces de l’Alliance du Nord. Aussi, les Etats-Unis n’eurent-ils guère à recourir à des bases aériennes installées dans la région pour conduire des opérations menées surtout à partir de points d’appui lointains (l’île de Diego Garcia, voire les Etats-Unis) pour les bombardiers intercontinentaux, et de porte-avions pour les avions de frappe F 18. En cela, la campagne fut très spécifique, et ne saurait préjuger d’opérations dans le Golfe ou en Irak. Dans l’immédiat, les Etats-Unis ont commencé à conduire ce que l’on peut appeler la « phase 1? ». Il s’agit ici de frapper militairement des groupes affiliés à Al Qaida dans deux catégories de pays : d’une part, ceux qui tentent de s’attaquer à Al Qaida et n’y parviennent pas, d’autre part, ceux qui n’ont ni la volonté ni la capacité d’agir (telle la Somalie). L’aide militaire américaine aux Philippines correspond à la première catégorie, et il est fortement question à Washington d’apporter une assistance similaire au Yémen. Ces actions de relativement faible ampleur, jointes aux opérations de nettoyage en Afghanistan, tiendront le devant de la scène dans les mois qui viennent. Cependant, les Etats-Unis et ici le discours sur l’état de l’Union du 29 janvier est emblématique s’inscrivent dans un conflit de longue durée. Ils n’attendront pas pour agir que des groupes terroristes disposent d’armes de destruction massive, menace vis-à-vis de laquelle la dissuasion serait inopérante. Aussi devient primordiale la lutte contre l’acquisition d’armes de destruction massive par des Etats ou des entités susceptibles de les partager avec des organisations terroristes.
Cette lecture de la menace et de la priorité
qui en découle en matière de contre-prolifération est au demeurant
rationnelle, les événements du 11 septembre ayant démontré que
l’hyperterrorisme— la volonté et la capacité de destruction massive par
des groupes non étatiques — était bel et bien à l’ordre du jour. Or la guerre multiforme contre l’hyperterrorisme ne saurait être efficace sans l’existence de coalitions au sens plein du terme. Il reste que les Etats-Unis n’hésiteront pas le moment venu à porter le fer contre tel ou tel Etat de l’« axe du Mal », l’Irak étant ici dans la ligne de mire. Le renversement du régime de Saddam Hussein passera par des opérations plus proches de la guerre du Golfe que de la campagne d’Afghanistan. Cette nécessité d’agir de façon décisive est destinée à contrer le risque qu’un Saddam Hussein aux abois n’utilise ses armes chimiques et biologiques contre Israël et les forces alliées. Il ne règne plus guère d’illusion dans les milieux militaires américains quant à la possibilité de négocier un « scénario afghan » d’une guerre terrestre conduite par l’opposition du cru. Autrement dit, ce sont de l’ordre de 200 000 soldats, voire davantage, qui seraient mis en oeuvre, notamment à partir du Koweït ; et une guerre aérienne d’un rythme très supérieur à la campagne du Kosovo ferait appel aux bases aériennes turques, koweïtiennes et chypriotes. La logique qui prévaut depuis le 11 septembre est bien celle de la guerre. Pour les Etats-Unis, les attaques d’Al Qaida n’ont pas été une aberration ou un cauchemar qui pourrait être mis entre parenthèses après la chute des talibans et le démantèlement d’Al Qaida. Il y a ici un risque de divergence de lecture stratégique entre les Etats-Unis et l’Europe, tant est forte sur notre continent la tendance à vouloir tourner la page par rapport aux événements du 11 septembre. Mais il y a de fortes chances pour que la lecture pessimiste des Américains soit aussi la plus réaliste. Les Européens ne sont pas encore organisés pour peser dans un monde où les Etats-Unis opèrent de plus en plus de manière unilatérale.
Pour faire face, il faudrait d’abord
commencer par admettre que le temps des « dividendes de la paix » et du
cocon otanien est terminé, que notre sécurité ne sera plus assurée au
moindre coût à l’abri des dépenses militaires américaines.
Par Pierre ROUSSELIN
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