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Les Etats-Unis en guerre

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Semaine du 16 AU 23 février 2002

 

New York - Au-delà de l’amitié, il s’agit d’améliorer les capacités de réponse à une attaque terroriste
Jumelage de pompiers entre
Paris et New York

Dans la plus grande discrétion, les sapeurs-pompiers de Paris viennent de signer un jumelage tout à fait inédit avec leurs 16 000 collègues du Fire Department of New York (FDNY), endeuillés il y a cinq mois à peine par la tragédie du 11 septembre ayant frappé les tours jumelles du World Trade Center.

Plus qu’un geste symbolique, cet accord va se traduire par une série d’actions spectaculaires, menées sous l’égide d’un tout nouveau Comité de soutien dont les statuts seront publiés dès demain au Journal officiel.

Autant sur un plan opérationnel qu’humanitaire, le quart d’heure américain des soldats du feu devrait atteindre son apogée entre le 4 juillet (Independance Day) et la fête nationale du 14 juillet. Avec un traditionnel défilé sur les Champs-Élysées qui pourrait, cette année, prendre un tour assez particulier.

« Les liens très forts qui nous lient avec nos collègues américains ne datent pas d’hier », rappelle en préambule le commandant Jacques Kerdoncuff, porte-parole du Comité.

Le premier signal fort remonte à décembre 1998 : Thomas von Essen, Fire Commissioner de New York, se rend dans la capitale.

Mission : évaluer les techniques du «plan rouge», une invention des pompiers parisiens qui, en situation de crise du genre attentat, organise le ramassage des nombreuses victimes, effectue leur tri et les évacue sous un commandement unique, en liaison avec le Samu.

Ce qui permet d’éviter un engorgement de blessés aux portes des hôpitaux, comme l’ont déploré les secouristes new-yorkais dans l’après-midi du 11 septembre.

Par ailleurs, le « patron » des pompiers américains en a profité pour se pencher sur la tactique d’intervention de la Brigade de sapeurs pompiers de Paris (BSPP) dans les immeubles de grande hauteur.

« A la différence de ce qui se fait à New York, les tours de la région parisienne, conçues sur nos conseils, sont découpés en compartiments étanches afin de faciliter l’intervention de nos hommes en cas de sinistre, note un officier. Ce qui nous permet d’isoler l’étage sinistré et d’attaquer le feu sans évacuer l’intégralité de la tour. »

« En France, on a une culture du béton, précise le lieutenant-colonel Jean-Claude Coutou, officier du bureau prévention de la BSPP qui a inspecté en juin dernier la tour nord du World Trade Center, soit trois mois avant l’effondrement.

En toute humilité, on peut penser que nos tours, toutes proportions gardées, ne seraient pas tombées aussi vite que celles de New York. Ces dernières se fondent sur des structures métalliques qui se déforment et cèdent sous la masse du bâtiment en cas de sinistre. »

Les Américains seraient donc en train de revoir leur copie en matière de construction, tandis qu’en France de nouveaux exercices d’évacuation totale sont organisés dans des immeubles de grande hauteur (IGH) installés à la Défense, qui regroupe 90 % des IGH français.

Les derniers essais ont démontré qu’il faut exactement trente-deux minutes pour vider un bâtiment abritant 6.000 personnes.

Côté uniforme, l’esprit d’échange semble aussi de mise. Si le FDNY s’est déclaré intéressé par le fameux casque français à cimier, dessiné en 1985 par les bureaux d’études de la brigade parisienne et déjà adopté dans soixante-dix pays, son adoption a temporairement été abandonnée en raison de la médiatisation planétaire du modèle actuel, devenu un symbole depuis qu’il a été filmé sur « ground zero ».

De leur côté, les sapeurs parisiens, dès le mois prochain, abandonneront leurs fameuses vareuses de cuir noir à bandes rétro-réfléchissantes pour enfiler une nouvelle tenue en tissu bleu nuit de type US, ignifugée et marquée de bandes jaunes comme à Big Apple.

Soucieux d’aller plus avant, la Brigade a jeté dès octobre les bases du Comité de soutien aux sapeurs-pompiers new-yorkais.

« Au départ, on voulait offrir un monument, un objet, mais rapidement on s’est orienté sur l’idée d’un jumelage entre nos deux corps, afin d’accueillir des familles de victimes cet été », note un membre du Comité.

Par l’entremise du Lion’s Club et de l’Association France-États-Unis, présidée par le chef d’État Jacques Chirac, une cinquantaine de familles et d’enfants de pompiers décédés sont donc attendus en juillet prochain.

Par ailleurs, des négociations sont en cours avec Air France afin d’affréter un avion cargo embarquant dans ses soutes deux énormes camions d’incendie qui pourraient clore le défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées, comme l’a annoncé aventureusement la Mairie.

Entre-temps, la brigade de sapeurs-pompiers aura imprimé pas moins de 10 000 T-shirt ainsi qu’une palanquée d’autocollants laissant apparaître les casques emblématiques de deux corps ainsi que la statue de la Liberté frappée d’une simple mention : « New York Firefighters together Pompiers de Paris ». Comme un devoir de mémoire.

Christophe CORNEVIN

 

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