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Chercheur à la
Fondation pour la recherche stratégique (FRS), Xavier Pasco a publié
notamment « Espace et puissance » aux Editions Ellipses. Il répond ici
aux questions du Figaro.
LE FIGARO. Quels sont les acquis de la révolution militaire
américaine ?
Xavier PASCO. La priorité militaire n° 1 des Américains est la maîtrise
de la chaîne de l’information. Toutes les données de renseignement
collectées par voie satellitaire, aérienne ou terrestre sont
transformées en informations numériques, digitalisées et traitables par
des systèmes modernes.
Ce volume d’informations explose. Au Kosovo,
par exemple, les Américains ont utilisé 1/10 des forces déployées dans
le Golfe. Et ces forces ont transmis dix fois plus d’informations qu’en
Irak. C’est ce qu’ils appellent la numérisation du champ de bataille.
Cette numérisation ne reste-t-elle pas qu’un moyen qui se
perfectionne, mais au service d’une stratégie inchangée ?
Non, car les Américains estiment que la maîtrise de l’information la
capacité à tout connaître à tout moment est un avantage stratégique
crucial. Il permet de toujours prendre l’initiative. C’est un vrai choix
doctrinal, une manière de combattre très particulière. L’ensemble des
forces armées doit s’organiser autour de ces choix.
Par exemple ?
Leur architecture repose sur l’utilisation de systèmes électroniques
spatiaux et aériens de collecte et de transmission de l’information. Or,
la guerre électronique a tendance à aplatir la chaîne de commandement,
puisque l’information passe directement du capteur jusqu’au soldat.
C’est leur concept « from sensor to shooter ». Les Français se méfient
de cela.
Trop d’information ne tue-t-elle pas l’information ?
Il y a forcément des risques de surcharge, mais les technologies
avançant, les Américains trouvent les moyens de trier cette information.
C’est un problème majeur car ils défendent
l’idée que toute l’information doit arriver « à tous les utilisateurs le
plus rapidement possible ». Les Européens les Français notamment
préfèrent parler d’« information pertinente qui arrive en temps utile à
l’utilisateur qui en a besoin ».
Un alibi ?
C’est vrai qu’il y a de la part des Européens un aspect défensif dans ce
langage, puisqu’ils n’ont pas les moyens de faire autrement. Cela dit,
on peut aussi estimer que, militairement, des solutions à base de moyens
humains sont plus adaptées que la guerre électronique. Et nous sommes
très bons dans certains de ces domaines.
L’Europe est-elle une fois de plus en retard d’au moins une guerre ?
Le vrai danger, c’est le fossé qui se creuse entre Américains et
Européens en matière d’acquisition de compétences, de savoir-faire. Nous
avons certaines technologies mais on ne les a jamais mises en œuvre.
Les Américains, eux, n’hésitent pas à tester
des systèmes d’armes qui ne sont pas encore en service dans des conflits
comme l’Afghanistan. Ils accumulent des années d’expérience
d’utilisateurs. Ce fossé est insidieux mais très inquiétant.
Propos recueillis par Arnaud de LA GRANGE
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