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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 24 février au 1er mars 2002

 

Défense - Un expert français juge le secret
de la supériorité américaine
« La maîtrise de l’information,
un avantage crucial »

Chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), Xavier Pasco a publié notamment « Espace et puissance » aux Editions Ellipses. Il répond ici aux questions du Figaro.

LE FIGARO. Quels sont les acquis de la révolution militaire américaine ?
Xavier PASCO. La priorité militaire n° 1 des Américains est la maîtrise de la chaîne de l’information. Toutes les données de renseignement collectées par voie satellitaire, aérienne ou terrestre sont transformées en informations numériques, digitalisées et traitables par des systèmes modernes.

Ce volume d’informations explose. Au Kosovo, par exemple, les Américains ont utilisé 1/10 des forces déployées dans le Golfe. Et ces forces ont transmis dix fois plus d’informations qu’en Irak. C’est ce qu’ils appellent la numérisation du champ de bataille.

Cette numérisation ne reste-t-elle pas qu’un moyen qui se perfectionne, mais au service d’une stratégie inchangée ?
Non, car les Américains estiment que la maîtrise de l’information la capacité à tout connaître à tout moment est un avantage stratégique crucial. Il permet de toujours prendre l’initiative. C’est un vrai choix doctrinal, une manière de combattre très particulière. L’ensemble des forces armées doit s’organiser autour de ces choix.

Par exemple ?
Leur architecture repose sur l’utilisation de systèmes électroniques spatiaux et aériens de collecte et de transmission de l’information. Or, la guerre électronique a tendance à aplatir la chaîne de commandement, puisque l’information passe directement du capteur jusqu’au soldat. C’est leur concept « from sensor to shooter ». Les Français se méfient de cela.

Trop d’information ne tue-t-elle pas l’information ?
Il y a forcément des risques de surcharge, mais les technologies avançant, les Américains trouvent les moyens de trier cette information.
 

C’est un problème majeur car ils défendent l’idée que toute l’information doit arriver « à tous les utilisateurs le plus rapidement possible ». Les Européens les Français notamment préfèrent parler d’« information pertinente qui arrive en temps utile à l’utilisateur qui en a besoin ».

Un alibi ?
C’est vrai qu’il y a de la part des Européens un aspect défensif dans ce langage, puisqu’ils n’ont pas les moyens de faire autrement. Cela dit, on peut aussi estimer que, militairement, des solutions à base de moyens humains sont plus adaptées que la guerre électronique. Et nous sommes très bons dans certains de ces domaines.

L’Europe est-elle une fois de plus en retard d’au moins une guerre ?
Le vrai danger, c’est le fossé qui se creuse entre Américains et Européens en matière d’acquisition de compétences, de savoir-faire. Nous avons certaines technologies mais on ne les a jamais mises en œuvre.

Les Américains, eux, n’hésitent pas à tester des systèmes d’armes qui ne sont pas encore en service dans des conflits comme l’Afghanistan. Ils accumulent des années d’expérience d’utilisateurs. Ce fossé est insidieux mais très inquiétant.

Propos recueillis par Arnaud de LA GRANGE




 

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