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Le courrier français des Etats-Unis

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Les Etats-Unis en guerre

Les archives de France-Amérique
Semaine du 24 février au 1er mars 2002

 

Guerre contre Al Qaida - Plusieurs ministres européens
critiquent les méthodes américaines
La France, en particulier,
irrite Washington

Des deux côtés de l’Atlantique, les piques assassines fleurissent. Le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, a été le premier, il y a deux semaines, à ouvrir le feu, dénonçant le « simplisme » américain en matière de politique étrangère. M. Védrine « a des vapeurs», a rétorqué le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, cité le 15 février par le quotidien britannique The Financial Times.

Piqués au vif, les Etats-Unis ont convoqué, le même jour, l’ambassadeur français à Washington, pour lui réclamer des explications, selon un responsable du département d’Etat.

L’ambassadeur, François Bujon de l’Estang, a été « appelé » pour s’entretenir de cette affaire avec la secrétaire d’Etat adjointe chargée des Affaires européennes, Elizabeth Jones, a affirmé ce responsable. Il a ajouté que Washington trouvait les propos d’Hubert Védrine « inutiles », et « n’était pas content des commentaires ».

Pas du tout, a démenti le diplomate français, interrogé à sa sortie du département d’Etat. Les propos d’Hubert Védrine ont bien été abordés dans la discussion, mais « Mme Jones ne m’a pas convoqué pour protester contre les propos du ministre », a-t-il affirmé.

M. Bujon de l’Estang a effectué au département d’Etat une visite de travail normale, a commenté le ministère français des Affaires étrangères. Le Quai d’Orsay a d’ailleurs souligné que le chargé d’affaires américain était, lui, « reçu presque quotidiennement ».

C’est à chaque fois, précise le ministère, « l’occasion d’échanger les points de vue et d’expliquer les déclarations faites de part et d’autre ».

Une séance d’explication supplémentaire aura sans doute bientôt lieu : un autre ministre français vient de formuler de nouvelles critiques à l’encontre de Washington.
Si on veut « assurer notre stabilité dans le futur, il faut évidemment augmenter l’aide au développement », a déclaré, samedi 16 février, le ministre de l’Economie et des Finances, Laurent Fabius.

Or, selon lui, cet aspect de la politique internationale « n’est pas encore complètement partagé au niveau américain ». Pour Laurent Fabius, il existe « une difficulté de compréhension » avec l’Administration américaine actuelle.

La France n’est pas la seule, en Europe, à critiquer l’unilatéralisme des Etats-Unis. Le commissaire européen chargé des relations extérieures, le Britannique Chris Patten, a réitéré, le 14 février dans le Financial Times, sa diatribe contre le « simplisme » et l’« absolutisme » des Etats-Unis.

Dans le quotidien Die Welt, le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, a fait écho aux critiques : « La coalition internationale contre la terreur ne constitue pas une base pour faire n’importe quoi contre n’importe qui, et surtout pas de sa propre initiative», a-t-il lancé, ridiculisant au passage l’expression « axe du mal », constitué, selon George Bush, par l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord. « Les partenaires d’une alliance ne sont pas des satellites. Tous les ministres européens sont d’accord sur ce point. »

Stéphane KOVACS



 

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