C'est une première jurisprudence importante
qui vient de s'écrire sur la diffusion de contrefaçons
par l'Internet. La cour d'appel de Paris a confirmé un
jugement de première instance condamnant Google à
des dommages et intérêts en faveur de Louis Vuitton
pour " concurrence et publicités déloyales,
et contrefaçon de marques ".
À ces titres, le moteur de recherche devra payer 300.000
euros de réparation du préjudice au maroquinier,
une sanction augmentée de 50 % par rapport au premier
jugement du tribunal de grande instance, en février 2005.
Une victoire saluée par la filiale du groupe LVMH, en
pointe dans la lutte contre les faux. " L'Internet est
un nouveau front de la lutte contre la contrefaçon, difficile
dans la définition des techniques juridiques à
utiliser. Or, c'était démoralisant pour nos équipes
de mener des actions ponctuelles contre des lieux physiques
tandis que les juristes nous disaient qu'on ne pouvait pas faire
grand-chose sur l'Internet ", réagit-on dans le
groupe.
Le site est un multirécidiviste en la matière.
Il a déjà été condamné plusieurs
fois pour contrefaçon dans le domaine du tourisme. Notamment
face aux hôtels Méridien en mars dernier.
Dans l'affaire Vuitton, le site Web était incriminé
à deux titres. D'abord, pour avoir commercialisé
ce qu'il appelle des " liens sponsorisés "
vers des sites de contrefacteurs lorsque des internautes tapaient
" Louis Vuitton " dans son moteur de recherche. Ici,
Google a été condamné pour son activité
de régie publicitaire, puisqu'il vendait ces liens en
rapport avec la marque.
La pratique a cessé depuis le procès de première
instance.
Deuxièmement, il est aussi jugé coupable pour
faire apparaître ces sites de faux (cette fois sans lien
commercial) dans les résultats d'une recherche concernant
les sacs de la marque.
Dans ce cas-là, la cour d'appel a estimé que le
moteur avait la responsabilité de filtrer les sites vers
lesquels il renvoyait les internautes. Citant à l'appui
le fait que Google avait été capable, à
la demande du gouvernement chinois, de " blacklister certains
termes jugés non politiquement corrects " pour être
autorisé à s'installer dans le pays. Autrement
dit, si la censure politique est techniquement possible, la
vigilance économique devrait l'être aussi.
Ebay dans la ligne de mire
D'autres marques de luxe se sont engouffrées dans la
brèche juridique ouverte par Vuitton. Car le secteur
est vent debout contre la prolifération des faux sur
l'Internet. Le chiffre d'affaires de l'activité y est
évalué à 25 milliards de dollars par an.
Après Google, le site d'enchères en ligne eBay
est lui aussi dans la ligne de mire. Aux États-Unis,
le joaillier Tiffany lui a intenté un procès après
y avoir acheté des centaines de faux bijoux portant son
nom.
Valérie COLLET et Florentin COLLOMP
LE FIGARO ®